Suite à la parution d’une note sur le dénommé Joseph Saadé à l’occasion de son décès, dans le quotidien L’Orient-Le Jour, qui met la lumière sur
les activités professionnelles de l’homme sans rentrer dans les détails de son
implication dans la guerre civile libanaise, j’avais décidé le 2 avril d’effectuer
la démarche inverse. Mal m’a pris de m’aventurer sur ce terrain miné ! La
boite de Pandore étant ouverte, une discussion passionnée et passionnante s’ensuivit.
A l’occasion du 41e anniversaire du déclenchement des guerres du
Liban, toujours en cours, je vous propose dans ce long article d’en faire la
synthèse. Je renvoie ceux qui veulent en savoir plus, à mon article sur le sujet et au livre-confession de Joseph Saadé, ainsi qu’à l’interview qu’il a
accordée à Bernard Pivot dans l’émission Apostrophes en 1990. Je dédie cet
article à tous les innocents tués au cours de la guerre civile libanaise, comme ça,
parce qu’ils passaient au mauvais endroit au mauvais moment, et ils avaient le malheur d'avoir dans leur poche, une pièce d'identité.
I. POURQUOI LE SAMEDI
NOIR PRÉCISÉMENT ET POURQUOI MAINTENANT ?
Au paradis des adeptes des théories du
complot, le monde arabe, tout est suspect. Même un article. « Pourquoi
ne pas lui avoir fait le reproche de ses crimes quand il était vivant? Il
aurait su répondre. Maintenant, le procès est trop facile... » (Malou
Nasr), oubliant que tout a été dit dans le livre de Joseph Saadé et son passage à la télé française. « Ce qui m'interpelle dans
l'article c'est le timing... Pourquoi n'a-t-il pas choisi d'attaquer ammo de
son vivant? N'aurait-il pas été plus noble et plus honnête de le faire
avant? » (Pascale Choueiri Saad). Eh bien, si j’ai décidé d’écrire cet
article sur Joseph Saadé, alors que c’est une histoire ancienne dont personne
ne veut garder le souvenir et le personnage était tombé dans l’oubli il y a
belle lurette, c’est pour diverses raisons.
Primo, parce qu’il vient de mourir, cela va de soi, et la note de l’OLJ laisse croire qu’on a affaire à un homme sympathique. Je n’étais pas le seul à relever la fausse note. « Je trouve l'article de L'Orient-Le jour scandaleux » (Viken Hannessian). « L'article est d'autant plus scandaleux que son auteur semble tout empli de fierté en balançant des poncifs » (Pascale FC). Ce à quoi un journaliste de l’OLJ a répondu, « Scandaleux? Le "pauvre type" avait collaboré à L'Orient et au Jour, c’est normal qu'ils lui rendent hommage! » (Bechara Maroun). Secundo, parce que la majorité des Libanais ne le connaisse pas étant donné que l’événement date de 1975, j’étais sûr qu’il y aurait beaucoup de gens pour le défendre, ce massacre m’avait profondément choqué quand j’étais petit. Tertio, parce que si j’avais la capacité de changer un seul événement dans cette sale guerre, personnellement, j’aurais choisi celui-là ! Comme je l’ai dit dans l’article du 2 avril, le Samedi noir a basculé les « événements » du Liban, comme on disait à l’époque, dans une autre dimension, l’horreur absolue, les tueries de masse à la carte d’identité, selon la religion et la nationalité. Il faut une première à tout. Ce fut celle-là. J’aurais très bien pu m’arrêter sur un autre événement odieux où les bourreaux sont sunnites, druzes, chiites ou juifs, Libanais, Palestiniens, Syriens ou Israéliens, et les victimes chrétiennes. On a l’embarras du choix en 41 ans de guerre. Mais, les conditions citées plus haut n’étaient pas réunies. Raison supplémentaire, c'était pour moi une grande occasion de parler de la guerre du Liban, de ses atrocités, de ses blessures et de la réconciliation nationale, au 41e anniversaire de son déclenchement, qui devait tomber onze jours plus tard.
Primo, parce qu’il vient de mourir, cela va de soi, et la note de l’OLJ laisse croire qu’on a affaire à un homme sympathique. Je n’étais pas le seul à relever la fausse note. « Je trouve l'article de L'Orient-Le jour scandaleux » (Viken Hannessian). « L'article est d'autant plus scandaleux que son auteur semble tout empli de fierté en balançant des poncifs » (Pascale FC). Ce à quoi un journaliste de l’OLJ a répondu, « Scandaleux? Le "pauvre type" avait collaboré à L'Orient et au Jour, c’est normal qu'ils lui rendent hommage! » (Bechara Maroun). Secundo, parce que la majorité des Libanais ne le connaisse pas étant donné que l’événement date de 1975, j’étais sûr qu’il y aurait beaucoup de gens pour le défendre, ce massacre m’avait profondément choqué quand j’étais petit. Tertio, parce que si j’avais la capacité de changer un seul événement dans cette sale guerre, personnellement, j’aurais choisi celui-là ! Comme je l’ai dit dans l’article du 2 avril, le Samedi noir a basculé les « événements » du Liban, comme on disait à l’époque, dans une autre dimension, l’horreur absolue, les tueries de masse à la carte d’identité, selon la religion et la nationalité. Il faut une première à tout. Ce fut celle-là. J’aurais très bien pu m’arrêter sur un autre événement odieux où les bourreaux sont sunnites, druzes, chiites ou juifs, Libanais, Palestiniens, Syriens ou Israéliens, et les victimes chrétiennes. On a l’embarras du choix en 41 ans de guerre. Mais, les conditions citées plus haut n’étaient pas réunies. Raison supplémentaire, c'était pour moi une grande occasion de parler de la guerre du Liban, de ses atrocités, de ses blessures et de la réconciliation nationale, au 41e anniversaire de son déclenchement, qui devait tomber onze jours plus tard.
II. CE QUI FRAPPE DANS LE DÉBAT SUR CET EVENEMENT TRAGIQUE DE LA GUERRE
D’abord, le grand succès de l’article. Les milliers de visiteurs que j’ai
reçus sur mon blog l’attestent. Comme quoi, et contrairement à ce que l’on
pense, le sujet de la guerre du Liban passionne encore et toujours. D’ailleurs,
la page qui lui est dédié, connait un franc succès.
Ensuite, l’adhésion importante des Libanais au contenu de mon article, qui
est accablant pour le sinistre personnage, Joseph Saadé, qu’on a surnommé
« al-saffa7 ». Les centaines de likes et de partages, sur le blog et
sur Facebook, le prouvent. Ceci révèle la maturité de la majorité des Libanais
au sujet des tragédies de la guerre.
Enfin, la
sympathie d’une frange des communautés chrétiennes pour « ammo Joseph »,
comme on peut le lire dans les nombreux commentaires laissés sur mon mur.
La haine, le parasitage et l’arrogance
n’ayant pas leur place sur mon agora, au total, je n’ai eu à bloquer que trois
personnes, l’une islamophobe, les autres imbues d’elles-mêmes. Globalement, le
débat s’est donc bien déroulé. Même si certains propos font froid dans le dos,
j’ai décidé de ne rien effacer et de tout reporter. Pour l’histoire et par
respect à la liberté d’expression, mais surtout, pour permettre à tout un
chacun de juger par lui-même.
III. LA SYMPATHIE POUR JOSEPH SAADÉ MALGRÉ SON IMPLICATION DANS
LE SAMEDI NOIR
Nul n’a contesté l’abominable crime des deux fils
de Joseph Saadé, à trois mois d’intervalle, tués sauvagement, l’un parce qu’il
était chrétien, et de trois autres compagnons du parti des Kataeb, l’élément
déclencheur de la tuerie du Samedi noir, le 6 décembre 1975 à Beyrouth. Ce qui
a posé problème, d’interprétation surtout, c’est la suite des événements.
Certains ont jugé nécessaire de rappeler une évidence humaniste, « On ne lave pas le sang par le
sang » (Fadi Karam), très vite balayée par un grand nombre de
personnes qui n’ont pas caché leur sympathie
pour Joseph Saadé, voire une certaine admiration, jusqu’à l’identification
totale et la pleine adoption de ses actes. « On
s’appelle tous ammo Joseph » (Frédéric el-Hajj). « Faute avouée, à moitié pardonnée (ou entièrement)... Pour moi,
qui ai lu son livre des dizaines de fois, il est (ou il était) et il restera un grand homme "Ammo Joseph" » (Flavia Dib). « Beaucoup de commentaires sont
effrayants ! Y en a qui approuvent toujours ce que M. Saadé a fait »
(Antoine Dammous). Comme par exemple, « A l'époque, chaque jour il y a une dizaine d'ammo Joseph qui perdaient leurs
filles et fils tués par les Palestiniens. Bonne réaction a été faite » (Joe
Salloum), un commentaire posté juste en dessous, ou un peu plus tard, « Vu les circonstances des évènements, à
sa place "je le ferai encore si j’avais à le faire". »
(Pascale Karam Tarazi). C’était plus fort que moi : « Chacun ses valeurs! Mais de grâce, ne le faites pas au nom du
Liban, des Libanais et des chrétiens libanais. Faites-le au nom de la barbarie,
ça sera plus juste ». Et quand on a souhaité au "saffa7" « qu’il brule en enfer »
(Houaida Ghanem), quelqu'un a rétorqué : « Votre souhait à sang froid est
pire que tous ceux qui ont été tués le Samedi noir par Joseph Saadé, à chaud en
voyant ses fils et tous les chrétiens massacrés par des sauvages » (Carmina
Tyan). Une autre personne est intervenue pour interpeller HG : « J’aimerai savoir si vous étiez dans sa
position, quelle aurait été votre réaction ? C’est injuste de votre part de
jouer à Dieu » (Issam Abiaad). Elle est fascinante cette incapacité totale à se mettre à la
place des victimes musulmanes de Joseph Saadé et du Samedi noir. En tout cas,
HG a répondu, ce que tout être humain est censé répondre : « Pour sûr, je ne me lancerai pas dans le massacre d’autres
personnes. Le pire, c’est qu’il n’a montré aucun remord après toutes ces années
et qu’il a dit qu’il recommencerait ».
IV. LES EXPLICATIONS SUR LES MASSACRES DU SAMEDI NOIR
Nombreux compatriotes libanais, chrétiens a
priori (comme l’attestent leurs commentaires, photos de profil ou
publications), ont doublé d’ingéniosités pour
expliquer les crimes du Samedi noir, qui a couté la vie à plusieurs centaines
de compatriotes musulmans.
Tout a commencé avec un grand délire, qui a eu beaucoup de
succès. « Le mec il n'a fait que
riposter ! Les Palestiniens avaient un plan d’éradiquer les chrétiens du Liban...
Bien sûr Daech ne représente pas les musulmans pour les bobos de salon, mais
allons-y pour diaboliser les fachos chrétiens qui ont eu le malheur de
survivre dans cet Orient si ouvert et tolérant » (Nadine Dupuis),
dissipé quelques jours plus tard par ce réquisitoire sans appel, « Ah si les gens qui ont considéré Joseph Saadé comme un héros qui
se battait pour la cause chrétienne connaissaient les dégâts que des gens comme
lui ont fait aux chrétiens du Liban » (Allen Seif).
Dans les explications, qui s’apparentent à
des justifications franches, il y avait évidemment le contexte de la guerre et du principe action-réaction. « Commencez
par les crimes des Palestiniens armés... C’est ce qui a poussé les autres à
prendre les armes pour se défendre. » (Joseph Azzam). « En l'absence de lois et de justice, on ne peut s’attendre à autre
chose que la vengeance personnelle » (Ziad E. Abdallah). « L'absence de l'armée a laissée place
à la folie des Libanais. N'oublions pas que les Palestiniens avaient
kidnappé... Enfin c'était le cauchemar » (Sara Riachy). « Qu’il ait réagi violemment?
Atrocement? Que sa vengeance ait été sanguinaire? Tout le monde l’était à cette
période, il est impossible de designer les "bons" et les " méchants"
à cette époque de folie meurtrière. C’était juste le cœur d’un père ivre de
douleur dans une ambiance apocalyptique. » (Pia Maria Chaaraoui). « Avant le Samedi noir, la grande
noirceur était à Fanar » (Pascale Karam Tarazi). « Vous n'avez pas vécu les circonstances de cet homme et ce n'est
pas lui qui a commencé » (Ma Bou Raad). « Vous
voulez que Joseph Saadé agisse intelligemment, qu’il pardonne, alors que son
enfant est en morceaux devant lui et que la guerre fait rage... C’était une
sale période, difficile, et à la guerre il n’y a pas de lois, rien. Juste des
réactions impulsives et l’instinct de tuer » (Fouad Tarazi). « Au cours de la guerre, et même en temps de paix, les
événements sont en général une sorte de réactions... Je n’ai jamais entendu
quelqu’un demander une enquête sérieuse sur l’assassinat des quatre jeunes
élites des Kataeb »
(Fadel Tayyar). On a beau expliquer à certains, « qu’Ahmad, Moustafa ou Ali, qui passaient dans la région de Saïfi ce
Samedi noir, n’avaient rien avoir ni de près ni de loin avec la bande de
Palestiniens qui ont tué les fils de Joseph Saadé » (Allen Seif), rien à
faire.
En sous-catégorie, on a eu droit à un delirium nationaliste inouï. « Où étaient au moment de la guerre
ceux qui critiquent aujourd’hui ?... Ils oublient que Joseph Saadé
résistait aux occupants palestiniens... Combattre l’occupation est héroïque,
tuer l’ennemi est un devoir. Pendant la guerre, le sang coule... C’est un
incident qui a imposé une réaction naturelle chez ceux qui avaient un sens de
la dignité » (Pascale Karam Tarazi). Que répondre à de tels propos abjects à
part, « Mais oui, réaction naturelle
et spontanée, what else? Pas en mon nom, pas au nom du Liban, pas aux noms des
Libanais, pas aux noms des chrétiens libanais. Pour le reste, faites ce que
vous voulez! » (Bakhos Baalbaki). Je n’étais pas seul à relever
l’infamie. « Réaction naturelle,
celle de tuer des dizaines de personnes innocentes, par qu’elles n’étaient tout
simplement pas chrétiennes ? Les atrocités des uns ne justifient en rien
celles des autres » (Elias Ghosn).
Il était question aussi d’héroïsme et de christianisme. « Comme
les autres l’ont dit, vous n’avez jamais compris la guerre et vous ne la
comprendrez jamais... Vous ne pouvez pas juger les atrocités de la guerre,
parce que dans leur contexte, ces atrocités étaient de l'héroïsme, légitimé
pour ceux qui les ont fait ... Voilà pourquoi je l'ai dit que Dieu pardonne à
tout le monde » (Fouad Tarazi). Plus loin, FT rajoute, « En tant que chrétiens, nous ne
souhaitons jamais l’enfer pour une personne morte. C’est contraire à l'éthique ».
Bon Dieu, يا يسوع داخيل اسمك Ah bon, parce que la première partie du commentaire est éthique et conforme à
l’enseignement du christianisme ? « Jésus
avait pardonné et c'est ça le Christianisme. Jésus avait comme message
d'arrêter les actes de vengeance qui avaient entraîné les peuples dans un
cercle vicieux de violence. Malheureusement, il y a peu de Chrétiens et trop de déviation »
(Nadine al-Ayoubi). Avis aux amateurs. «
C'est fou comment certaines personnes voient le tueur de leur camp comme un
héros et le tueur de l'autre camp comme un monstre » (Allen Seif).
Et comme le diable se glisse dans les détails, il parait que « le feu Joseph... a parlé en son
propre nom et au nom de son Liban comme il l'a vu, quand le diable l'a tenté...
Que Dieu ne nous soumet pas à de telles tentations » (Edward Bahout). A
ce propos, Daech était
forcément mêlé au débat. « Ces
combattants au nom d’Allah, sont les mêmes que ceux qui ont tué le fils de Joseph »
(Spiro N. Az). J’ai expliqué à ce monsieur que « c'est un point de vue et qu’il y en avait d'autres. Par exemple,
Joseph Saadé est tout simplement une espèce de daechiste qui voulait se faire
passer pour un chrétien qui se battait pour la cause chrétienne ».
Ah comme c’est commode de se réfugier
derrière la « jungle » de
la guerre, comme l’a répété à plusieurs reprises Joseph Saadé lui-même devant
Bernard Pivot, pour justifier l'injustifiable. C'est très simple, la guerre du
Liban a fait près de 150 000 morts. Il n'est pas abusif de dire que ces 150 000
familles, sans doute moins, jugent que leurs proches sont morts prématurément, injustement
et sauvagement. Alors, si chaque famille avait décidé comme Joseph Saadé et ses
amis, de tuer 100 personnes pour se venger de la mort injuste d’un proche, on
aurait eu 15 000 000 de morts et il n'y aurait plus de Libanais dans le monde. Même pas un seul pour écrire cet article et quelques uns pour le lire ! Eh
oui, désolé, tout le monde ne s'est pas comporté avec cette sauvagerie durant
la guerre. Heureusement.
Alors que certains ont déclaré que « c’était le plus malheureux jour...
Samedi noir inoubliable » (Sonia Karam), beaucoup ont tenu à rappeler
qu’il y a eu d’autres massacres, d’autres
criminels et d’autres montres. « J’aimerai
rappeler Damour!!!! » (Nizar Labaki). « Ne nous battons pas pour savoir qui a été plus assassin que
l’autre, l’Oscar revient à plusieurs... N’oublions pas Damour, la Montagne,
Qaa, Qnat » (Ghada Kallas). « Ne
pas oublier Sabra Shatila et Nabaa (massacre de centaines de Palestiniens
musulmans) » (Nouhadabed Kadri). « Et
surtout Damour (massacre de centaines de Libanais chrétiens) » (Tony
Araman). « Il n’est pas le seul, la
guerre c’est la guerre. Pourquoi vous vous emportez seulement contre lui, à Tall
el-zaatar la crème de nos jeunes gens sont morts, soyez un plus juste »
(Nadine Abdallah). « N’oublions pas
qu’il y en a eu avant lui des sanguinaires qui ont forcé d’honnêtes gens à
devenir sanguinaires » (Serge Gelalian). « Il est le seul qui a eu du sang sur les mains ? »
(Amale Ghafary) Tout ce beau monde ne se rend pas compte que cela revient à blanchir Joseph Saadé et à déclarer qu'il n’était ni un monstre ni un assassin parce qu'il n'était pas le seul monstre et assassin au Liban ! Dans tous les cas, tous les massacres de masse au Liban sont survenus après le Samedi noir. Quelqu’un
est allé jusqu’à nous expliquer que « A
la guerre comme à la guerre... Qu'est ce qui différencie feu Joseph Saadé
d'un... lanceur d'orgues de Staline sur une ville, un chef religieux qui
proclame haut et fort que les forces armées de Yasser Arafat sont l'armée de sa
secte (certains leaders libanais musulmans) et d’un ministre-parlementaire qui
a massacré les habitants de plusieurs villages et pire encore (Walid Joumblatt)... »
(Edward Bahout), avant de conclure quand même, « il faut purger le passer ».
V. L’ARGUMENT CHOC POUR EXPLIQUER LE SAMEDI NOIR: L’ASSASSINAT
DE DEUX FILS ET DE TROIS COMBATTANTS CHRÉTIENS
Même si quelqu’un a fait remarquer « qu'on ne peut pas ressusciter un
innocent en tuant d'autres innocents! C'est absurde » (Nabil Jabbour), un
argument est revenu très souvent pour justifier l’injustifiable, celui des fils assassinés et mutilés à trois mois
d’intervalle. « Je crois qu’aucun
d'entre nous n'aimerait recevoir son fils mort et mutilé à 25 ans! Mettez-vous
à sa place! Ammo Joseph!!! » (Paulette Maalouf). « C'est surement
inhumain ce qu'il a fait... Mais demander a un père d'oublier que son enfant a été
atrocement tué, et de lui dicter ce qu'il doit faire ou ne pas faire, ou pire,
le juger pour ce qu'il a fait, je pense que c'est très exagéré » (Rita
Bassil). « Un fils assassiné et son
corps mutilé... Sa vengeance avait eu lieu "à chaud"... Le contrôle
de soi et la maîtrise ne sont pas l'attribut de tout le monde; quant au
pardon... » (Olivier Calamy). «
3amo Joseph venait de perdre son second fils. Face à sa douleur, des jeunes ont
pris la décision de réagir » (Aida Haddad). « Savons-nous ce que nous aurions fait si nous avions été à sa place? »
(Malou Nasr). « Joseph Saadé était papa
Joseph pour ses deux fils. Point à la ligne! » (Edward Bahout). « Ammo Joseph,
la douleur aveugle » (Doris Sawaya Dagher).
Certains ont tenté de souligner le côté primitif
d’une telle argumentation. « Je
crois que vous ne serez pas contente si on vous tue pour venger la mort de
quelqu’un d’autre! » (Ges Hte). « S'il
avait cherché à se venger de ceux qui ont tué son fils, on pourrait à la
rigueur accepter une sorte de justice personnelle, mais il s'est déchaîné contre
des innocents et c'est inadmissible » (Najwa Asmar). En vain. « On le blâme en oubliant ses deux fils et
deux autres victimes de cet horrible guerre » (Maguy Karam Melki). « Est ce qu'on peut blâmer un homme qui
a perdu deux enfants à cause des Palestiniens, sa réaction est mauvaise mais
surtout humaine » (Thebest Hunter). Humaine peut-être, mais pas
commune ou banale! « C'est un acte
criminel aux conséquences désastreuses. Si la famille de chaque victime de la
guerre civile libanaise, s'était vengée en tuant des dizaines de personnes
innocentes pour apaiser sa colère, nous serions à plusieurs millions de morts
aujourd'hui » (Bakhos Baalbaki).
Et ça continuait. « Il est très facile de condamner les réactions des autres face à
la violence qui les touche dans ce qu’ils ont de plus cher: leurs enfants.
Quand il y a la guerre monsieur, on se défend comme on peut. Ceci est loin d'être
acceptable mais compréhensible vu ce qui se passait. » (Joelle Fadel).
Heureusement, qu’il se trouvait toujours quelqu’un pour remettre les points sur
les i. « Je suis d’accord sauf ce
n’était pas une action de défense mais un kidnapping suivie d’un génocide de
centaines de personnes civiles non armées... une vengeance comme ammo joseph l’a décrit... Cessons de défendre x, y ou z parce qu'il est de notre communauté.
Soyons tous libanais avant d’appartenir à tel ou tel communauté religieuse. Là
et là seulement, on peut dire que la page de la guerre est tourné définitivement »
(Ges Hte).
Face à certains propos absurdes comme « Et vous qu’auriez-vous fait si on
vous rendait votre fils mutilé....? » (Mireille Abi-Nader), certains
ont tenté l’humour noir, « Tuez le
premier qui lui tombe sous la main .... Au hasard Madame Mireille »
(Maher al-Naboulsi).
Et ça continuait encore. « Vous
n'avez pas connu l'horreur de voir vos 2 fils assassinés à 3 mois d'intervalles
par des hordes se réclamant de l'appui des musulmans. Je n'ai pas entendu un
seul musulman à ce moment-là stigmatiser l'assassinat des 4 jeunes sportifs
dont le fils Saadé... Alors comment juger et stigmatiser Mr Saadé quand on lui
ramène le cadavre mutilé de son 2nd fils? » (Sami Raphael). Là, je me suis dit, il faut tenter une autre approche. « Oublions
le passé. Nous sommes le 2 avril 2016, à 21h30, la morgue de l'AUB vous appelle
et vous dit que votre fils a été tué, lors d'une rixe entre deux bandes
mafieuses, comme ça par hasard, parce qu'il s'appelle Bob, il est bouddhiste, et
il se trouvait dans le taxi qui passait par là. Alors dites-nous Sami, quelle
sera votre réaction? » Aucune. « Le
pire ce n’est pas ce que le ‘bon papa’ a fait, mais c’est de trouver 41 ans plus
tard des gens qui acceptent, défendent et essayent de trouver des excuses !! Comment
vous pouvez expliquer que vous avez le droit de massacrer des centaines d’innocents
civils dans les rues de Beyrouth qui ne vous ont rien fait pour venger vos
enfants??!! La vérité est là! Malheureusement, ammo joseph a laissé beaucoup d’orphelins »
(Ges Hte). Ce à quoi, une intervenante n’a rien trouvé à dire à part, « Quand une femme perd son époux, on
dit qu'elle est "veuve", quand un homme perd son épouse, on dit qu'il
est "veuf", quand un enfant perd son père et/ou sa mère (ou les deux),
on dit qu'il est "orphelin"... Mais quand un père et/ou une mère perd
ses enfants, on dit quoi? » (Flavia Dib), la dernière phrase était en
majuscules svp, avec 18 points d’exclamation. Affligeant.
Pour me coincer, et me déshumaniser surtout, des
naïfs ont cru trouvé la parade. « Comme
c’est facile d’ériger des théories et de critiquer. J’espère que ça ne vous
arrivera jamais de perdre deux enfants d’une façon atroce » (Pia Maria
Chaaraoui). « Que savez-vous du désarroi
de la perte d’un enfant ?... Quelle serait votre réaction si vous... le
découvrez coupé en morceaux... » (Myrna Baroudi Makhlouf). « J’aurais voulu savoir si vous avez
perdu deux enfants, morts de la sorte, qu’auriez-vous faits ? »
(Amale Ghafary). « Paix à son âme.
J'aimerais savoir M. Baalbaki ce que vous auriez fait si on vous avait rendu
vos enfants mutiles! Que Dieu lui pardonne » (Joelle Fadel). Excédé
par ce que je lisais, je n’ai pas pu m’empêcher de répondre à cette dame :
« Mais voyons, j'aurais tué toutes celles qui se prénomment Joelle, comme
ça au hasard! » On n’a jamais su ce que tout ce beau monde ferait en apprenant
un jour que leurs enfants ont été torturés et tués, comme ça, parce qu'ils s’appelaient Pierre, Paul ou Marie. «
Certains commentaires m'ont horrifié, m'ont fait froid dans le dos ! N'importe
quel juriste de base à travers le monde aurait condamné M. Joseph Saadé pour
crimes de guerre et crimes contre l'humanité pendant que certains de nos
compatriotes l'ont jugé sous l'angle abject du communautarisme et du
confessionnalisme faisant de cet homme un héros » (Ziyad Omaïs).
Le record de l'horreur a été battu par une femme que j’appellerai Mira, vous saurez plus loin pourquoi j'ai remplacé son nom. « J'aurais fait la même chose. Mettez-vous deux secondes dans ses baskets et ressentez ce qu'il a ressenti ». Rien d'extraordinaire pour l'instant, j'avais déjà eu cette argumentation primitive. Calmement, je lui ai dit, « D'accord, c'est affreux! Maintenant, mettez-vous Mira dans les baskets de la mère de l'une des 200 personnes tuées ce jour-là, uniquement parce qu'elles étaient musulmanes. Alors, que ressentirez-vous quand la morgue vous appellera et vous dira que votre fils a été tué, comme ça, par hasard, pour venger un autre? ». La dame, qui peut très bien être votre voisine à Beyrouth, m'explique « qu'ils ont commencé... C'est une réaction et j'insiste une réaction, à un acte horrible, c'est un père... Pour moi, c'est normal, ça aurait été bizarre autrement. Et quand je pense à mes enfants, je pourrais tuer et faire pire ». Lecteurs, vous ferez bien de déménager ! Elle a tenu à me préciser aussi qu'elle avait connu les massacres de Maasser el-Chouf (des dizaines de chrétiens ont été massacrés par des druzes en 1983). « A l'époque, j'avais des rêves de vengeances mais grave ». Se souvenant qu'elle n'avait pas répondu à ma question, elle est revenue trois minutes plus tard pour me balancer : « Au moins les mamans des 200 autres ont su pourquoi, la vengeance, mais les 4, c'était pourquoi? Après tant d'années, pourquoi? ». Que voulez-vous répondre à ces propos déshumanisés ? « Eh bien Mira, relisez-vous et vous saurez pourquoi vous vivez dans un pays primitif et sauvage, et surtout, pourquoi vous le méritez ! » Peu de tant après, Mira disparaitra dans les ténèbres de la toile, emportant avec elle, son nom, ses rêves et ses effroyables commentaires.
Le record de l'horreur a été battu par une femme que j’appellerai Mira, vous saurez plus loin pourquoi j'ai remplacé son nom. « J'aurais fait la même chose. Mettez-vous deux secondes dans ses baskets et ressentez ce qu'il a ressenti ». Rien d'extraordinaire pour l'instant, j'avais déjà eu cette argumentation primitive. Calmement, je lui ai dit, « D'accord, c'est affreux! Maintenant, mettez-vous Mira dans les baskets de la mère de l'une des 200 personnes tuées ce jour-là, uniquement parce qu'elles étaient musulmanes. Alors, que ressentirez-vous quand la morgue vous appellera et vous dira que votre fils a été tué, comme ça, par hasard, pour venger un autre? ». La dame, qui peut très bien être votre voisine à Beyrouth, m'explique « qu'ils ont commencé... C'est une réaction et j'insiste une réaction, à un acte horrible, c'est un père... Pour moi, c'est normal, ça aurait été bizarre autrement. Et quand je pense à mes enfants, je pourrais tuer et faire pire ». Lecteurs, vous ferez bien de déménager ! Elle a tenu à me préciser aussi qu'elle avait connu les massacres de Maasser el-Chouf (des dizaines de chrétiens ont été massacrés par des druzes en 1983). « A l'époque, j'avais des rêves de vengeances mais grave ». Se souvenant qu'elle n'avait pas répondu à ma question, elle est revenue trois minutes plus tard pour me balancer : « Au moins les mamans des 200 autres ont su pourquoi, la vengeance, mais les 4, c'était pourquoi? Après tant d'années, pourquoi? ». Que voulez-vous répondre à ces propos déshumanisés ? « Eh bien Mira, relisez-vous et vous saurez pourquoi vous vivez dans un pays primitif et sauvage, et surtout, pourquoi vous le méritez ! » Peu de tant après, Mira disparaitra dans les ténèbres de la toile, emportant avec elle, son nom, ses rêves et ses effroyables commentaires.
A la fin de la bataille, un monsieur se
pointe, très sûr de lui, il me balance : « M.
Baalbaki, en toute modestie, vous n’avez rien compris à la guerre du Liban.
Vous réveillez vous mêmes les démons. Est-ce que vous avez des enfants? »
(Nizar Labaki). Tiens donc ! « Alors, il
parait que "je n'ai rien compris à la guerre du Liban" et c'est dit
"en toute modestie"! Lol. Manifestement, pas autant que beaucoup de
monde sur ce mur, vous compris. Alors, en plus, comme ça "je réveille les
démons"? Mais mon pauvre, je n'ai pas besoin de les réveiller, ils
somnolaient et s'ennuyaient et ne demandaient qu'à venir se déchainer sur ce
mur et qu'à déverser leur haine primitive. Et vous venez de les rejoindre
d'ailleurs. Les démons sont toutes celles et tous ceux qui ne sont même pas
fichus de comprendre après 15 ans de guerre et 150 000 morts, et plus de 40 ans
de recul, que tuer des innocents est un crime odieux, lâche et barbare, quel
que soit le contexte du crime et quelle que soit la religion de la victime et
du sanguinaire qui le commet, et qui oublient aussi, que c'est contraire à la
base du christianisme dont ces gens se réclament! » (Bakhos
Baalbaki).
VI. L’HOMME EST BON. DONC, IL NE PEUT PAS ÊTRE CRIMINEL
Une autre remarque est revenue plus d’une
fois dans le débat, la bonté de l’homme.
« Si vous l'aviez connu, vous n'auriez
pas surnommé ce bon papa, al-saffah » (Aida Haddad). « Je connaissais ammo, c'était l'être
le plus humain que je connaisse avec toute la tendresse au monde dans son
regard où trainait souvent une larme de tristesse » (Pascale Choueiri
Saad). « Joseph était un homme
simple et profondément bon. Même si ses colères étaient parfois homériques.
Quand ses enfants ont été tués, la douleur l'a perdu et il a commis un
abominable crime dans un moment de folie » (Malou Nasr). « Oui ammo Joseph était un être rempli
de bonté et de douceur que la vie a fracassé » (Pia Maria Chaaraoui). « Cet homme comme je l’ai connu était
généreux, aimable, charitable, élégant... jusqu’au bout ! »
(Myrna Baroudi Makhlouf). Et lorsque un intervenant a glissé que Joseph Saadé
était « le boucher sanguinaire...
une horrible personne. Il n'a aucun remord et recommencerait »
(François de Saint-Martin), on lui a répondu, « Phrase cliché, très facile à dire de la part d’un étranger à la
guerre » (Pia Maria Chaaraoui). J’ai regardé comme ça par hasard,
cette personne était née en 1989, soit 14 ans après les faits. « Une gentille, pieuse et humble
personne est capable d'être un grand assassin. C'est toute la complexité de
l'être humain » (Allen Seif)
VII. L’ARGUMENTATION ÉNIGMATIQUE : ON NE PEUT PAS JUGER CET
HOMME !
Kello
méché, ella chaglé we7dé,
c’est cet argument récurrent et énigmatique, qu’on ne peut pas juger cet homme ! Il y avait les explications
rationnelles : « « Joseph Saadé
est une malheureuse victime et un bien triste acteur de la folie meurtrière
qu'a été notre guerre du Liban... Il n’arrive pas lui-même à se définir en
victime ou bourreau, la société non plus » (Joseph Otayek). Mais surtout, les
irrationnelles. « Je ne veux pas
juger ce pauvre type » (Viken Hannessian). « Nous condamnons fortement ses actions qui sont inadmissibles
mais nous ne pouvons pas le juger » (Joseph Otayek ». « Personne n'a le droit de juger celui
qui a perdus deux jeunes gens de 20 ans! A un an d'intervalle et tous deux tues
par les palestiniens! » (Tony Araman). « Il y a eu pas mal
d'actes de vengeance au Liban durant la guerre. Je ne défends pas ce qu'il a
fait, mais qu'est-ce qu'on ne fait pas sous l'emprise de la colère? Je ne peux
pas me permettre de le juger » (Thebest Hunter). « Quand ses enfants ont été tués, la douleur l'a perdu et il a
commis un abominable crime dans un moment de folie... Qui sommes-nous pour le
juger? » (Malou Nasr) « En tant
que chrétienne croyante j'ai appris à ne jamais juger les autres car la miséricorde
de Dieu est infinie » (Rita Bassil). « Ne jugez pas pour ne pas être jugés » (Ma Bou Raad). « Celui d’entre nous qui n’a jamais péché,
qu’il lui lance la première pierre » (Fadi Victor Medlej). « N'oublions pas nous chrétiens que
c'est l'année de la miséricorde... Ne jugeons point. La miséricorde de Dieu est
très grande... Elle est sublime... Oublions la guerre et ses conséquences
horribles... paix à son âme » (Nada Khayat Nachef). « Avec la mort, seule la miséricorde est autorisée. Et Dieu sait
qu’est-ce qu’il faut faire » (Salma Kik Chedid). « Je l’ai connu personnellement... Quiconque à sa place et dans
les mêmes circonstances, aurait fait la même chose... Moi je ne le juge. Il y a
un Dieu pour cela. Quant aux êtres humains, qu’ils se taisent » (Issam
Abiaad). « Que Dieu leur pardonne tous » (Fouad Tarazi). « Arrêtez de juger M. Bakhos... Ce
n’est pas à nous les humains ici-bas de le faire... Il y a un Dieu qui jugera,
pardonnera ou condamnera... » (Myrna Baroudi Makhlouf). « Ce jour la quinze chrétiens ont eu le même
sort... Que Dieu ait l’âme du héros Joseph Saadé qui a perdu pour un moment les
pédales en perdant son fils. Nul n’a le droit de le juger. Dieu seul
pardonne » (Carmina Tyan). Mais bordel, « c'est une raison de plus pour dire que tuer des innocents,
quelle que soit la religion des victimes et des sanguinaires, est un crime
odieux et lâche qui n'a rien à voir avec l'héroïsme » (Bakhos Baalbaki). « Héros, pas pour ce qu’il a fait le
samedi noir... Héros, parce qu’il était bon combattant quand même »
(CT). « Comme les héros de
Daech ! » (BB), par exemple. « Que
c'est dur de faire l’adieu à une personne de cette façon. Mais logiquement
parlant, chacun récolte ce qu'il a semé durant sa vie » (Georgette
Nader).
Et le pompon. « Cette personne est maintenant devant son créateur et lui seul le jugera... C’est dommage cette haine et cette rancune, qui ne passent pas même 40 ans. Evidemment qu’on a compris que tuer des innocents est un crime » (Marcha Abboud Nasr). C’est c’là oui ! Et à celui qui m’a dit, « Je m'abstiens de juger et de formuler des condamnations péremptoires depuis mon canapé trop mou » (Olivier Calamy), j’ai conseillé de changer de canapé.
Elle est quand même fascinante cette incapacité à
sortir de cette identification sectaire primitive avec la victime-bourreau, qui est de sa propre communauté, et
à s’identifier à la victime-victime, tout simplement parce que celle-ci est de l'autre communauté ! Comme l’a rappelé un intervenant, « Dommage qu’on soit sectaire. J’aimerai
savoir vos jugements et si vous avez des excuses à avancer ou à trouver si ce
sont des membres de votre famille ou de votre communauté qui ont été massacre
de telle sorte » (Ges Hte).
J’avoue que j’ai eu du mal pendant un laps
de temps à comprendre le cheminement psychologique qui peut conduire à ce dogme
absurde. De tout temps, depuis l’homme Neandertal, même les sociétés les plus
primitives, on juge les actes des hommes par les hommes. La notion « les
hommes ne peuvent pas juger, seuls les dieux peuvent le faire » n’a jamais
existé dans l’histoire de l’humanité. Alors pourquoi, il y aurait une
exception libanaise en l'an de grâce 2016 ?
Finalement, je suis parvenu à comprendre ce qui
ce passe. Ce que tout ce monde cherche,
consciemment ou pas, c’est avant tout à ne pas avoir à se prononcer sur un événement
dont ils savent pertinemment au fond d’eux-mêmes, qu’il concerne un crime
sectaire abominable que rien ne peut justifier, et qu’ils sont censés
condamnés sans la moindre réserve. C’est très beau sauf que la haine de
« l’autre » est si forte, qu’elle empêche toute identification avec
« ses victimes ». Mais bordel, « l’autre » n’a aucun droit,
même à la vie, puisqu’il est « l’ennemi ». « Tuer l’autre, au singulier toujours, revient à satisfaire sa haine et
sa vengeance de toute une société. Je tue le musulman puisque je déteste tous
les musulmans, et n’importe lequel de ces musulmans va satisfaire ma haine »
(Maher al-Naboulsi). « L’autre » ne peut donc pas avoir des victimes,
il n’a que des bourreaux. Et voilà, il est là le problème. Beaucoup de gens, notamment les personnes de confession chrétienne dans ce débat, n’ont pas compris que Joseph Saadé est un extraordinaire cas d’étude, un
exemple pour illustrer les horreurs des guerres, du Liban, du Moyen-Orient et
du monde entier.
Les crimes des sanguinaires, de simples bonhommes
souvent, la sympathie et l’indulgence qu’ils peuvent susciter quand même, se
retrouvent à des nuances près dans tous les pays et toutes les communautés, en tous
temps et en tous lieux. Et comment ! Et comment des Syriens alaouites
peuvent encore soutenir Bachar el-Assad, expliquer et justifier ses actes,
malgré l’album de César et le gazage d’al-Ghouta ? Comment des personnes
de confession sunnite, d’Orient ou d’Occident, peuvent-elles encore soutenir
Daech et al-Qaeda, expliquer et justifier leurs actes, malgré les massacres du
11-Septembre, 7-Janvier, 13-Novembre, 22-Mars et toutes ces exactions commises
dans le monde arabo-musulman ? Comment des Libanais chiites, peuvent-ils encore
soutenir le Hezbollah, expliquer et justifier ses actes, alors que cinq membres
du mouvement comparaissent à La Haye pour le meurtre d’un ancien Premier
ministre du Liban et son implication dans la guerre civile syrienne ? Comment
des ressortissants juives, d’Israël et d’ailleurs, peuvent-elles soutenir l’Etat
hébreux, expliquer et justifier ses actes, malgré une politique coloniale,
guerrière et répressive depuis 1948 ? Comment se fait-il que des Libanais
druzes ou des Palestiniens musulmans ne dénoncent pas encore les massacres
commis au cours de la guerre du Liban ? Mais encore, et comment et j’en
passe et des meilleures.
VIII. FAUT-IL PARLER DE LA GUERRE OU FAIRE TABLE RASE DU
PASSE ?
Il y a eu beaucoup de partisans de la stratégie de faire table rase du passé,
exprimée avec sincérité ou mauvaise foi, avec toujours une même incapacité d’évaluer
ce qui s’est passé le Samedi noir, indépendamment du reste. « Oubliez les blessures, oubliez les
haines, les divisions, etc. Concentrez-vous sur ce qui rassemble, apaise et
rapproche... Consacrez vos écrits, à la réconciliation nationale »
(Charbel Youssef). « Laissons la
guerre à la guerre et cherchons les moyens de se débarrasser des princes de la
guerre qui s’unissent encore une fois en submergeant le pays avec les
ordures » (Jean Ghosn). « Je
peux savoir à quoi vous vous attendez en ouvrant les vannes de l'horreur et des
crimes de guerre? » (Denise Freiha). « Essayez
chers Libanais d’oublier le passé et pensez à l’avenir à construire et non à détruire »
(Zeina el-Natour). « Vous ouvrez des
dossiers qui datent de 40 ans. Quelle est votre intention ? Et si vous
voulez parlez d'atrocités alors parlez de ce que les autres ont fait aussi et
non simplement d’un parti comme pour dire que les autres étaient des
saints! Racontez toute l'histoire et non un petit bout » (Ma Bou
Raad). « Ne ranimez pas les cendres
car il y a assez de haine dans le monde » (Amale Ghafary). Chacun son
idée sur la réconciliation nationale, mais une chose est sûre, celle-ci ne
passe surement pas par l'amnésie générale, comme si de rien n'était, comme on a
coutume de faire au Liban depuis la nuit des temps, et par la défense sectaire des
bourreaux de sa communauté et le mépris des victimes des autres communautés. Elle
passe par une analyse distanciée et une approche humaniste événements.
IX. L’ACCUEIL CONTROVERSE DU DÉBAT
Certains
intervenants m’en ont voulu. « Vous ne savez
même pas respecter la mort » (Aida Haddad). « Vous avez votre opinion? Parfait! Mais respectez au moins les
morts » (Pia Maria Chaaraoui). « Laissez-le
rejoindre ses enfants en paix! » (Tony Araman). « Cet article me donne la nausée » (Pascale Choueiri
Saad). « Encore plus noir que ce 6
décembre est votre cœur M. Bakhos » (Myrna Baroudi Makhlouf). « Laissons-le reposer en paix auprès de
ses enfants, au lieu de lui jeter la pierre » (Malou Nasr). « Laissons les morts là où ils
sont » (Amale Ghafary). Il y avait des variantes. « M. Baalbaki vous êtes un naïf et un mauvais historien »
(Georges Zein). « M. Bakhos que
diriez-vous d'écrire sur des choses qui bâtissent et non qui divisent?...
Lorsque les graines de la paix peuvent être plantées, pourquoi mettre en place
des cauchemars? Est-ce que ça vaut le coup? » (Ghada Kallas).
J’ai alors expliqué alors « qu’on ne bâtit rien sur l'amnésie!
Dans un pays normal et mature, ce genre de sujet ne doit pas diviser. Bien au
contraire. Si 41 ans après les faits, quelques Libanais chrétiens, ou
musulmans, Palestiniens ou Syriens d'ailleurs, sont encore incapables de porter
un regard critique sur la guerre, les erreurs et les actions abominables
commises, cela signifie qu’ils sont immatures et que l'histoire tragique peut
se répéter à n'importe quel moment. En tout cas, ce débat prouve magistralement
qu'on n'est pas sorti de l'auberge » (Bakhos Baalbaki). Dans le même
sens, « le Liban avait besoin,
d'ailleurs c’est toujours d'actualité, d’une commission vérité et
réconciliation » (Fadi Karam). Le délire a même poussé une intervenante à péter un câble. Dans un premier temps, cette personne avait tenté de dévier la discussion vers les massacres de Tell el-Zaatar (qui ont visé des Palestiniens musulmans). Et lorsque je lui ai glissé exprès, connaissant son positionnement politique, qu'entre les massacres du Samedi noir et ceux de Tell el-Zaatar, qui ont visé des personnes de confession musulmane, il y a eu ceux de Damour, qui ont visé de personnes de confession chrétienne, elle a alors maudit le « criminel qui a ouvert
cette discussion » (Ghada el-Yafi). لا حول ولا قوة إلا بالله Ah, l'aveuglement
sectaire n'a pas de confession, mais a le pouvoir d'empêcher certains de bien comprendre ce qu’ils lisent : cette personne a
cru que j’avais de la sympathie pour Joseph Saadé !
Heureusement que d’autres personnes ont apprécié
la démarche à sa juste valeur. « Merci
de nous avoir donné cet espace de débat » (Joseph Otayek). « Bravo. J'applaudis des deux
mains » (Bilal Tarabey). « Le
plus étonnant c'est la quantité de haine actuelle que dévoile l'article de Mr
Baalbaki. Vraiment dommage » (Joureir Zwein-Seth). Eh oui, reflet
d'une frange de la société libanaise ! « Encore
merci Bakhos et tous mes respects » (Ges Hte). « Je voudrais te remercier pour cet article et ton analyse... Je
m’incline devant ton humanité et ton patriotisme qui dépasse ‘hal zawarib el
day2a taba3 el twa2ef’ » (Maher al-Naboulsi). « Merci M. Baalbaki d'avoir mis le doigt sur un sujet qui soulevé
tant de passions et de haines » (Ziyad Omaïs). « Merci Bakhos de m'avoir permis de faire un exposé sur ton mur...
Merci pour ton côté positive en général, et surtout, ton bon sens. Que la
force soit avec toi ! » (Allen Seif).
X. CONCLUSIONS DES INTERVENANTS SUR LE SAMEDI NOIR ET LA GUERRE
Même si nous n’avons pas réussi à établir une
vision commune sur le « Samedi noir », on peut dégager toutefois quelques
conclusions de certaines interventions.
-
« Il aurait été plus compréhensible par
vos chers lecteurs, si vous aviez cité, en même temps que M. Joseph Saadé,
d'autres noms de l'autre côté, des personnes qui avaient commis les mêmes actes
et même plus que n'a fait lui-même! Question d'être quand même équitable » (Nabil
Jabbour). Astucieux, mais le sujet est trop grave pour adopter une telle stratégie ! C’est ce que j’appellerai l’option Ziad Rahbani, un fin connaisseur
de نيكات المجتمع اللبناني , les travers de la société libanaise :
إذا بدك تعطي ملاحظة لجوزيف، عطي ملاحظة لعبد دغري وراها
si tu veux faire une remarque à Joseph, fais-en une à Abed juste après (pièce de théâtre « chi féchill »).
إذا بدك تعطي ملاحظة لجوزيف، عطي ملاحظة لعبد دغري وراها
si tu veux faire une remarque à Joseph, fais-en une à Abed juste après (pièce de théâtre « chi féchill »).
-
« Reste quelque questions, chacun doit
essayer d’y répondre. Est-ce bon de tuer? Est ce bon de tuer pour venger? Est
ce bon de tuer des innocents qui ne sont pour rien? Quelle serait votre réponse
et votre réaction si c’est ammo Mahmoud au lieu de ammo Joseph ? Lui
auriez-vous trouvé des excuses?... Je vais apprendre a mes enfants que la
guerre n'est malheureusement pas terminé, ils doivent se méfier des ammo Joseph,
ils sont très nombreux malheureusement comme le témoignent tous les potentiels
assassins virtuels sur cette page... La guerre couve dans la tête de certains
dommage on n’a rien appris ! On doit condamner le mal et ne pas lui trouver des
excuses. Nos citoyens gardent des réflexes primitives ‘soutiens ton frère,
qu’il soit injuste ou maltraité’... Je propose d’ouvrir un blog permanent afin d’avoir
un espace de dialogue de pensée et de pardon » (Ges Hte).
- « Il
me semble que ce thème ne devrait pas écorcher à vif de vieilles passions. Avec
15 années de recul, nous pourrions voir les choses avec plus de raison que de
colère. Tous les partis sans exception ont fait des erreurs. Des causes justes
ont été dénaturées par des réactions inappropriées... Il serait nécessaire que
tous les miliciens et chefs de milice aient le courage de faire la même chose.
Au moins pour la mémoire de cette guerre civile... La vérité est un premier pas
vers le pardon » (Issal Saleh). Absolument vrai, sauf qu’un aveu sans des
regrets sincères, comme ce fut le cas de Joseph Saadé, revient tout simplement
à remuer le couteau dans la plaie.
- « Tourner
la page d’une guerre civile n'est pas une démarche simple... Cela passe par
quatre étapes obligées : la vérité, la justice, le pardon et le projet
(d’avenir)... Au Liban nous n'avons rien fait de cela... Joseph Saadé c'est
chaque libanais qui a vécu cette guerre et qui y a participé qu'il soit
chrétien, musulman ou druze. Nous devons chacun individuellement et
collectivement faire notre mea culpa, regarder notre passé en face, reconnaître
nos crimes et notre folie et se pardonner les uns les autres. C'est là où
commencera l'édification du Liban » (Joseph Otayek).
- « En
regardant les commentaires de tes lecteurs je découvre qu’on est encore loin
mais très loin du Liban dont nous rêvons... De nos jours je suis persuadé que
si une guerre civile éclate au Liban on sera face à des horreurs qui nous font
oublier daech wa akhawteha... Le pays est plein de monstres assoiffés de
haine... De racisme de xénophobies religieuses ethniques... L’autre musulman,
chrétien, palestinien... Pour moi il n’a jamais existé et il n’existera jamais.
Au diable tous ceux qui ont fait partie de cette guerre civile et n’ont pas
regretté » (Maher al-Naboulsi).
- « La
France et l'Allemagne s'affrontèrent de manière féroce... Regardez les
relations entre les deux pays (de nos jours). Pourquoi cela ne pourrait-il pas
se passer entre les communautés libanaises?... Si les Français et les Allemand,
deux peuples différents ayant connus bien pire que ce qui s'est passé au Liban,
ont réussi à se réconcilier, pourquoi pas les libanais qui sont un seul et même
peuple? » (Charbel Youssef). Justement c'est parce que les peuples
européens ont été capables de reconnaitre leurs propres erreurs et les victimes
tombées dans les rangs de leurs ennemis, qu'il y a eu réconciliation. Pourquoi
on n'a pas eu cela au Liban? C'est parce qu'il y a des Libanais, de toutes
tendances et appartenances, qui ne parviennent pas à faire cette démarche de
réconciliation. On n’a qu'à relire certains commentaires.
- « D'accord
avec la nécessité de faire un travail sur la mémoire et à essayer une
réconciliation par la vérité et en admettant ses erreurs. Ce travail n'a pas
été fait » (Najwa Asmar). « Puisse
sa mort fasse un détour permettant à chaque libanais de retrouver son propre
jugement, au-delà du conditionnement politique et religieux » (Zeina
Dani). « Rappeler le passé non pas
pour juger, mais pour étudier le comportement collectif et la mentalité qui ont
conduit à la guerre et travailler pour l'éviter et l'arrêter » (Ghada
Kallas). « On ne grandit que par le
pardon... tout le reste n'est que leurre... la vengeance n'a jamais été une
solution » (Lamice Hokayem). « Je
constate tous les jours que la guerre ravage encore les esprits. Daech a
plusieurs faces. Elle peut être chrétienne comme musulmane » (Nada
Zbib). « Il nous faut retenir les
leçons des erreurs du passé et faire en sorte qu'elles ne se reproduisent plus
jamais » (Kawssar Mabsout)
- « Nous
n'avons pu bâtir Taëf qu'à la condition de laisser ce passé derrière nous...
Beaucoup seraient prêts à passer l'éponge si on leur donne la vérité. Y compris
dans les assassinats récents. Par exemple de Hariri et des 14 marsistes. »
(Issal Saleh). Justement, comment tourner la page des assassinats politiques commis
entre 2005 et 2016, et édifier ce nouveau Liban apaisé, quand les assassins
courent dans la nature, sont élevés par le Hezbollah au rang de
« saints », dans le cas de Rafic Hariri, et ne regrettent rien ?
Impossible.
- « Il
est temps que notre peuple puisse enfin transcender toutes ses différences pour
arriver à construire le Liban de la coexistence, le Liban de la tolérance. Le
Liban qui doit rester le pays message comme l'a si bien dit le pape Jean Paul
II. Pour cela nous ne pourrons malheureusement pas faire l'économie du travail réalisé
par le grand Nelson Mandela avec la Commission Vérité et Réconciliation en
Afrique du Sud avec la participation de la société civile, des historiens, des
juristes » (Ziyad Omaïs)
- «
Ce débat montre simplement une triste réalité, le peuple du Liban, mais aussi
ceux de Syrie, d'Irak et de la Palestine, ne connaîtront pas la paix et des
jours heureux bientôt. Personnellement, je ne suis pas très surpris de lire
certains des commentaires... Ils montrent l'état primitif de notre société... Beaucoup
de commentaires sur ce mur sont alarmants. Je crois que ça va prendre beaucoup
de temps, de sueur et des larmes avant que nous puissions commencer à espérer un
avenir plus radieux pour cette partie du monde » (Allen Seif)
XI. OU EN EST-ON DE LA RÉCONCILIATION NATIONALE ?
Malgré une guerre civile (libanaise) et des
guerres étrangères (palestinienne, syrienne et israélienne) très meurtrières, il
n'y a eu aucune démarche collective sérieuse et d'envergure de réconciliation
nationale au Liban. Certes, le 14 mars 2005 restera dans les chroniques comme
un grand rendez-vous d’union islamo-chrétienne, mais cette journée historique est
d’une part, imparfaite, puisqu’elle n’a pas résulté d’un rapprochement suite à
une réévaluation profonde des engagements des uns et des autres (entre le 13
avril 1975 et 26 avril 2005), et d’autre part, incomplète, puisqu’elle a été boycottée
massivement par la composante chiite libanaise (à la demande du Hezbollah, et
pour cause !).
Plus de 150 000 morts et des centaines
de milliers de blessés plus tard, pas de justice, pas d’aveux, pas de regret,
pas de pardon. A part quelques rares cas. Dans ces conditions, comment peut-on
imaginer tourner la page de la guerre sereinement et sainement? Impossible. Au
Liban, on compte sur la facilité, comme dans tous les domaines, le temps, dans
le cas des blessures de la guerre. Certes, « l'amnésie sélective », puisqu'elle est sans réconciliation, qui a
accompagné « l’amnistie générale », est un remède qui peut se révéler efficace,
mais seulement à la 4e génération. En attendant, la braise couve sous la
cendre, comme l’a montré ce débat, hélas.
Je comprends qu’on ne puisse pas nous
mettre d’accord pour écrire une seule page de l’histoire des guerres du Liban.
Mais ce qui est étranger c’est de découvrir qu’on est incapable de dégager une
vision commune sur le « Samedi noir », qui est un événement précis, de 90
minutes d’une guerre de 15 ans, dont les contours sont clairs et qui est
survenu il y a 41 ans. Non seulement la réconciliation n’a pas eu lieu, mais
notre malheur c’est que la guerre n’est pas finie. On a le même problème avec
les assassinats politiques commis depuis 2005, où là aussi, il n’y a pas de
vérité, pas de justice, pas de regret et pas de pardon, avec des assassins
élevés par le Hezbollah au rang de « saints ».
Bilan de ce débat passionné, j’ai
l’impression, et je ne suis pas seul, que la guerre n’a rien appris à certains personnes.
Et quand on a rien appris, on peut tout recommencer. Il suffit de réunir
certaines conditions, le processus d’engrenage et quelques étincelles. Une
frange de Libanais, toutes appartenances communautaires et tendances politiques
confondues, et de Moyen-Orientaux, de toutes nationalités (arabes, perse ou
israélienne), sur ce sujet ou sur d'autres, ont une grille d'évaluation des
événements sectaire et primitive. On peut zapper la guerre et ses cauchemars bien
sûr et nous concentrer sur la pluie et le beau temps. Mais nous étions nombreux
de le constater, certains commentaires ne sont pas rassurants pour l'avenir. Ni
pour notre Liban ni pour les autres pays arabes où l'on peut retrouver ce type
de mentalité chez certains Syriens, Irakiens ou Palestiniens. Tout cela est
néfaste à l'ensemble de la société et à la cohabitation fraternelle et confiante
entre toutes les communautés. Nous devons donc doubler d'effort et œuvrer pour
changer les mentalités ou faire en sorte que ce type de dérive communautaire
nuisible, reste minoritaire, afin de pacifier les esprits et de préserver la
coexistence au Liban. Nous continuerons à nous battre, tous ensemble, pour bâtir
un avenir plus prometteur, pour un nouveau Liban où les différends politiques se
règlent en toute démocratie.
XII. QU'EN PENSENT LES RELIGIONS DES MASSACRES D’INNOCENTS ?
La question peut apparaitre surréaliste, mais
à lire certains, on se le demande. Avant de savoir si l'âme des sanguinaires,
d’hier et d’aujourd’hui, brule en enfer ou pas, beaucoup d’intervenants, qui n’ont
pas caché leur croyance religieuse, ont zappé quelques détails. Yahvé l’a dit
dans la Bible via Moïse : « Tu ne tueras point » (Exode
20:13). Allah l’a répété dans le Coran
via Mahomet : « Et, sauf en
droit, ne tuez point la vie qu’Allah a rendu sacrée » (Sourate Al-Isra
17:33). Et à tous ceux qui se réclament du christianisme mais qui ont tenu des
propos qui n’ont rien à voir avec les enseignements du Christ, je voudrais leur
rappelé ce que Dieu leur demande dans les Evangiles
via Jésus, dans le célèbre sermon sur la montagne, il y a 1 986 ans : « Heureux ceux qui pleurent, car ils
seront consolés... Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car
ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la
justice, car le royaume des Cieux est à eux... Vous avez appris qu’il a été dit
aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre,
il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met
en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son
frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il
sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande
à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton
frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton
adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire
ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison... Vous
avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Eh bien ! moi,
je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la
joue droite, tends-lui encore l’autre... Vous avez appris qu’il a été dit : Tu
aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez
vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les
fils de votre Père qui est aux cieux » (Matthieu 5:1-48). Et au-delà
des trois religions monothéistes, nous devons tous nous rappeler la Déclaration universelle des droits de
l’homme : « Tous les êtres
humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de
raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un
esprit de fraternité... Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté
de sa personne » (Art.1-3). Quant au droit international, toute « violation délibérée et ignominieuse des
droits fondamentaux d'un individu ou d'un groupe d'individus inspirée par des
motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux » est considérée comme un « crime
contre l’humanité ». On ne peut pas faire plus clair, plus précis et plus intelligible.