mercredi 19 septembre 2018

Michel Aoun, Gebrane Bassil et Chamel Roukoz : des manoeuvres politiques en famille (Art.559)


A peine la circulation sur la route de Baabda était rétablie, en octobre 2016, l'axe est déjà bien encombré deux ans plus tard. C'est l'une des raisons du blocage politique actuel.

Le président de la République libanaise, Michel Aoun, et ses deux gendres, Gebrane Bassil et Chamel Roukoz, deux présidentiables qui y pensent pas uniquement en se rasant le matin 

Dimanche dernier, le jour du Seigneur, l'ex-général, gendre du président-général, député général de la nation, Chamel Roukoz, a choisi de passer la journée dans la montagne, à Zeitoun. Pas pour assister à la messe incognito, ni pour participer à un barbecue amical, encore moins pour faire la cueillette de khébbaïzéh en famille. Il est allé célébrer Aachoura avec la communauté chiite de cette contrée dominée par la communauté maronite.

Dans ce petit village de 550 électeurs perdu au fin fond du Kesrouane, situé entre Nahr Ibrahim et Yahchouch, Chamel Roukouz a longuement parlé de cet événement à double portée historique et religieuse. Voici l'essentiel de ce qu'il a dit en 14 tweets.

إنَّ قيم عاشوراء لا تَنحصر بِالمسلمين فقط ولا بِالشّيعة بِالأخصّ، فإنَّ الثّورة الحسينيّة خالدةً، عابرةً لكلِّ الأديان والطّوائفِ والشّعوب والأعراق، عابرةً لكلِّ الأزمان والأماكن
بلغ عدد أصحاب الحسين في أحداث معركة كربلاء العشرات، يُقابِله عشرات آلاف الجنود ومن خبرتي العسكرية أؤكد لكم انه لا يمكن خوض معركة في هذه الطريقة ولكن من منطلق المَنطِق والإيمان والكرامة والشرف والثبات، فهذهِ هي أسمى ثورات التاريخ
...
نحن بِحاجة اليوم أكثر من أيّ وقت مضى إلى هذا المنطقِ وهذا النّهجِ، نهجُ الثّبات على الموقفِ مع الحقِّ حتّى ولو أدّى هذا الثّبات إلى الموت والتّضحية بالحياة
...
وما أحوَجُنا اليومَ إلى ثوراتٍ كتلك، في لبنان وسوريا والعراق واليمن وفلسطين المحتلة
...
نُواجه اليومَ خطراً عربياً داهماً يتمثّل بِصفقةِ القرن
...
دورُكم أيها العربُ اليومَ قبل فواتِ الأوانِ، أن تتصدّوا لِهذهِ القراراتِ المُجحفةِ بِحقِّ القضيةِ الفلسطينيةِ والأرضِ المقدّسةِ، فإن لم نُطالبُ نحنُ بِأرضِنا، فمَن سيفعل؟

Une révolution husseinienne, au Liban et même, en Syrie, hein! Toujours est-il que ces propos suscitent diverses interprétations. J'en vois trois.

Par ce geste désintéressé et ces paroles sincères, Chamel Roukoz a voulu positiver un événement tragique qui n'en finit pas de diviser les communautés musulmanes, renforcer la cohabitation fraternelle islamo-chrétienne et fédérer tous les Libanais autour de certaines valeurs. C'est l'angle de vue de l'authenticité. Je crois réellement que cette triple volonté était présente dans la tête de Chamel Roukoz. Le problème c'est qu'on y trouvait aussi des arrière-pensées.

Puisqu'il avait fêté Aachoura 2017 à Zeitoun justement, s'il était désintéressé et sincère, Chamel Roukoz aurait dû passer Aachoura 2018 avec la communauté sunnite, afin de renforcer la cohabitation fraternelle islamo-chrétienne au sens large du terme, et ne pas la limiter au volet chiito-maronite uniquement. C'est une triste réalité qui ternit un peu le tableau de l'authenticité.

Mais bon, peut être que l'Aachoura-sunnite n'intéresse pas cet ancien militaire. Il faut dire qu'elle commémore la libération divine de Moïse et de son peuple des griffes du Pharaon vers 1 400 av. JC. En plus, il faut jeûner avant ou après la commémoration! Ce qui semble plus intéresser Roukoz c'est l'Aachoura-chiite, qui commémore la mort du petit-fils du prophète de l'islam, Mahomet, le dernier des prophètes pour les musulmans, au cours de la bataille qui s'est déroulée à Kerbala en Irak le 10 octobre 680, où 72 fidèles de Hussein ibn Ali ont affronté près de 30 000 hommes de Yazid ibn Mu'awiya, le deuxième calife omeyyade, l'événement qui a officialisé et pérennisé le schisme musulman. Le problème c'est que derrière ce choix, il y a une volonté à peine camouflée d'exploiter l'événement à des fins personnelles.

Chamel Roukoz à l'occasion des célébrations d'Aachoura à Zeitoun au Kesrouane, en septembre 2017 déjà 

Ce qui frappe quand on lit et relit Chamel Roukoz c'est cet excès de zèle qu'il manifeste devant la communauté chiite, sur l'Aachoura, Hussein et la Palestine. Est-ce que c'était vraiment opportun? Beaucoup de Libanais se le demandent. Déjà qu'on murmure ici et là, aux quatre coins du Liban, que le Hezbollah en fait trop pendant l'Aachoura, de plus en plus au fil des années, surtout en ce temps où une juridiction internationale, le Tribunal Spécial pour le Liban, doit rendre son verdict dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri, le plus grand dirigeant sunnite de l'histoire de la communauté sunnite libanaise, par cinq membres de confession chiite appartenant au parti chiite libanais, le Hezbollah. Etait-il nécessaire dans ce contexte chargé, qu'un chrétien maronite y vienne pour mettre son grain de sel et donner un coup de main au parti-milicien chiite pour transformer Aachoura, un événement historique censé être religieux, en une démonstration essentiellement politique et d'actualité? Non évidemment, à moins que l'homme en question n'ait des visées politiciennes à peine voilées.

A court-terme, Chamel Roukoz voudrait court-circuiter son rival, le gendre-prodige, le multi-pluri-totipotent Gebrane Bassil, l'homme qui se croit capable comme les cellules souches, de se transformer en n'importe quel ministre de la République libanaise. Dans la ligne de mire de Roukoz, tant qu'Aoun est président, le ministère de la Défense.

A long-terme, le gendre-général vise à augmenter ses chances de succéder à Michel Aoun, comme président de la République, à terme en 2022 ou lors d'élections présidentielles anticipées.

Voici le tweet le plus énigmatique de cet ex-général de l'armée libanaise, aujourd'hui député de la nation libanaise et parmi les principaux prétendants à la présidence de la République libanaise, qui à lui seul, soulève beaucoup de questions. Qui sont ces "ennemis" d'aujourd'hui qui, plus de 1 000 ans après la mort de Hussein, sont tombés? Qui sont ces "vainqueurs"? De quelle "victoire éternelle" il parle? 

Dans les deux cas, il est clair que Chamel Roukoz voudrait se démarquer de Gebrane Bassil pour booster sa propre carrière politique, afin de ne pas passer le reste de sa retraite dans l'ombre du chef du Courant patriotique libre. S'ils sont dans la même tranchée pour l'essentiel, la rivalité entre les deux hommes n'est qu'un secret de Polichinelle. Ce n'est pas par hasard si l'ex-militaire ne fait toujours pas partie officiellement du CPL. Cette rivalité s'est manifestée au grand jour au cours des dernières élections législatives. N'ayant pas réussi à obtenir un bon score au Kesrouane (il était quatrième), Roukoz tente de mettre à profit les relations conflictuelles de son rival avec la communauté chiite. Bassil a osé critiquer dans le passé les deux leaders chiites, Hassan Nasrallah et Nabih Berri, et les choix milicien et politique des deux partis chiites, le Hezbollah et le mouvement Amal. Ce n'est absolument pas le cas de Chamel Roukoz, qui ne rate pas une occasion pour bien se faire voir par la communauté chiite, comme le montre le pèlerinage annuel de Zeinoun. Pour être juste, disons que Chamel Roukoz tente tant bien que mal, d'avoir de bonnes relations avec tout le monde.

Cela nous conduit vers une question fondamentale: que veut au juste le « pater familias » Michel Aoun, président de la République, et comment envisage-t-il l'avenir ?

Dans un premier temps, il faut parer à l'urgence. Michel Aoun voudrait qu'un gouvernement voit le jour rapidement. Pas à n'importe quel prix cela va sans dire. Or actuellement, il est dans une situation peu enviable. Il doit se contenter d'un gouvernement expédiant les affaires courantes pour le cinquième mois. Il a tenté de fixer une date butoir au Premier ministre désigné, mais s'est vite rétracté.

Le blocage dans la formation d'un nouveau gouvernement au Liban s'explique par plusieurs éléments.

. Primo, le désaccord profond sur le partage du fromage par les « fromagistes » de l'échiquier politique libanais, comme disait l'ancien et dernier président bâtisseur de la République libanaise, le général Fouad Chehab, toutes tendances politiques confondues.

. Secundo, les conséquences particulièrement gênantes du verdict du Tribunal Spécial pour le Liban concernant l'attentat terroriste du 14 février 2005 où le Hezbollah se trouve de facto, quoiqu'en disent et fassent désespérément ses partisans, sur le banc des accusés, et des coupables en conséquence. Impossible d'avancer sans trouver une sortie de secours pour et avec le parti-milicien chiite, afin qu'il soit fréquentable sur le plan politique et intégrable dans un gouvernement présidé de surcroit par le fils de l'ex-Premier ministre assassiné, Saad Rafic Hariri. Pour cela rien ne vaut la solution à la libanaise, à travers une honorable amnésie, à défaut d'une honteuse amnistie.

. Tertio, l'issue de la longue bataille d'Idlib qui doit clore un chapitre important de la guerre en Syrie. Le camp pro-syrien et pro-hezb au Liban, qui comprend le Courant patriotique libre, voudrait tirer profit de la victoire définitive de Bachar el-Assad dans ce premier round, pour tenter d'obtenir une plus grande part de fromage.

Ainsi, les tiraillements sont clairs. L'ex-camp du 14-Mars veut profiter du verdict du TSL pour dégonfler le Hezbollah au maximum, tandis que l'ex-camp du 8-Mars souhaite profiter de la victoire du régime syrien pour gonfler le Hezbollah à bloc. La solution là aussi sera à la libanaise. Elle passera par l'hérésie de « la ghalib wou la maghloub », pas de vainqueurs ni de vaincus, qui sera agrémentée par des proses hypnotisantes sur la cohabitation, la réconciliation et l'union nationales. On alléchera les plus récalcitrants par les 400 milliards de dollars de perspective pour la reconstruction de la Syrie et le retour des deux millions de déplacés syriens réfugiés au Liban dans leur pays.

Mais il n'y a pas que cela qui préoccupe le président de la République et qui bloque la formation du nouveau gouvernement. Michel Aoun pense déjà à son successeur. Cela fait près de deux ans qu'il est au pouvoir. Il lui reste quatre. A 83 ans, il pourra ne pas les terminer pour diverses raisons. Longue vie au « père de tous », sauf qu'un bon dirigeant est censé tout prévoir, n'est-ce pas mon général? Le prochain gouvernement pourrait être amené à exercer les prérogatives présidentielles en cas de vacance du pouvoir, à la fin du mandat, mais aussi en cas de maladie grave ou de décès de Michel Aoun. Il y a trois noms qui trottent dans la tête du locataire de Baabda : d'une part, ceux avec qui il est lié par un lien familial, Chamel Roukoz et Gebrane Bassil, et d'autre part, celui avec qui il a établi un accord politique, Samir Geagea.

A ce propos, le deal politique conclu entre Aoun, Bassil et Geagea, avait un volet secret manuscrit sur le partage des pouvoirs ministériel et administratif entre les deux partis chrétiens, le Courant patriotique libre (CPL) et les Forces libanaises (FL). L'accord comprenait surement un volet secret oral, voire tacite, sur le partage du pouvoir présidentiel également : Michel Aoun d'abord, Samir Geagea ensuite. Un ordre d'arrivée dicté par les circonstances politiques et l'âge des prétendants. Un vœu pieux sachant que les promesses n'engagent que ceux qui les croient. Avec le recul, il est de plus en plus clair que Michel Aoun a fait d'autres calculs. En donnant quelques ministères aux FL dans le premier gouvernement de son mandat et quelques miettes au niveau des nominations administratives, le général considère qu'il a soldé ses comptes avec le hakim. En tout cas, soyez-en sûr, c'est comme ça que Bassil voit les choses. Aoun et Bassil savaient que les élections législatives de mai 2018 allaient remettre les compteurs à zéro et les affranchir d'un accord encombrant et stérile, par rapport à leur ancienne alliance avec le Hezbollah et leur nouvelle alliance avec le Futur. Depuis, ils se répartissent les rôles. Bassil joue au turbulent qui voudrait rapetisser les parts de Geagea et Joumblatt, Geagea fait bonne figure sans céder sur la juste représentation des FL comme l'impose son score électoral et Aoun assure le rôle du conciliateur entre les uns et les autres.

Toujours est-il que a mascarade n'a que trop duré. Il faut être sacrément naïf en politique pour croire que Gebrane Bassil a la capacité de bloquer la formation du gouvernement de Saad Hariri sans le feu vert de son beau-père à qui il doit tout sur le plan politique. Le blocage est « général », dans tous les sens du terme, toutes les parties, Michel Aoun compris. Le président de la République s'est fixé comme objectif principal, d'obtenir la part du lion, plus d'un tiers des ministres. Pour y parvenir, il voudrait mettre en œuvre cette hérésie contemporaine qui ne trouve aucun justification ni dans le Pacte national ni dans la Constitution ni dans la logique politique, qui consiste à attribuer une part du fromage gouvernemental au président de la République. Ah, s'il se contentait que de cela. Il voudrait donner à son ex-parti, le CPL, une double part, afin de parvenir en cumulant ses propres ministres et les ministres du CPL, à franchir le cap des 10 ministres, sur 30, afin de pouvoir bloquer n'importe quelle décision du Conseil des ministres qui ne lui convient pas.

Il a fallu l'arrivée du mois septembre enfin, pour en finir avec la langue de bois et les surenchères grotesques autour de cet accord mort-né. Résumé de la revue de presse des derniers jours : « Geagea presse Aoun de sauver son mandat », pendant que « Aoun laisse entendre que Geagea combat son mandat ». Ce qui se passe en réalité, c'est que Michel Aoun et Gebrane Bassil jouaient dès le départ au « good cop, bad cop ». Leurs actions étaient cordonnées, cela va sans dire.

Il est évident qu'à long terme, Michel Aoun voudrait faire parvenir ses gendres à la magistrature suprême. Mais contrairement à ce que beaucoup pensent, c'est Roukoz d'abord, Bassil ensuite. Voilà pourquoi le président de la République n'a pas hésité à se mouiller dans la bataille législative au Kesrouane et taper sur la table pour faire taire les voix dissonantes des partisans de Bassil qui protestaient contre le choix d'hommes d'affaires par Roukoz pour figurer sur la liste du CPL, au détriment des membres du parti : « ana chamel wou chamel ana ». Un ordre d'arrivée dicté là aussi ironiquement, par les circonstances politiques et l'âge des prétendants. On n'en a certainement pas fini avec la République des généraux. Déjà quatre sur treize. Pendant que Bassil est concentré à doubler Geagea, Roukoz est en train de doubler tout le monde, Bassil en tête. Dans tous les cas de figure, qu'importe qui de Bassil ou de Roukoz voudra passer en premier, cela prouve que leur beau-père Michel Aoun ne peut toujours pas être dissocié du Courant patriotique libre. Par conséquent, sa part du fromage gouvernemental doit être confondue avec celle du CPL, et ne pourra en aucun représenter le tiers de blocage.

mercredi 29 août 2018

Faut-il voter une loi qui interdit à Gebrane Bassil tout ministère public et d'inscrire dans la Constitution l'impossibilité de l'élire comme présidence de la République? (Art.555)


Enfin, quelqu'un dit tout haut, ce que beaucoup pensent tout bas. Et puisque la question est posée, essayons d'apporter une réponse sérieuse et argumentée. 



 1  Titre provocateur, mais n'est-il pas légitime après tout ce qu'il a fait? 


Comment en est-on arrivé là? Où ça? A se poser ce genre de question farfelue, dans une démocratie pardi! Titre provocateur, j'en conviens, mais légitime après la dislocation de l'accord de Meerab, une aberration originelle dont certains viennent juste d'en faire le constat. Pourquoi la réconciliation entre Michel Aoun et Samir Geagea devait comporter un volet secret? Pourquoi ce volet secret n'a été révélé aux citoyens libanais en général et aux électeurs des deux partis en particulier que deux ans et demi plus tard? Pourquoi le partage du pouvoir qu'il prévoit impliquait un tiers? Trois questions qui nous conduisent au cœur du problème: fallait-il faire confiance à Gebrane Bassil?

Gebrane Bassil a promis la lune aux Libanais. A maintes reprises me diriez-vous. Comme le courant électrique 24h/24 pour la fin de l'année 2014, via la fameuse campagne d'affichage « Leban-on-off » de 2011, réalisée par l'agence de com' de sa femme (la fille de Michel Aoun) et payée par les contribuables svp. Zappons quand même, j'ai déjà consacré un long article sur le sujet, un réquisitoire accablant pour Gebrane Bassil. Je vous propose dans le présent un autre retour spécial vers le futur.


 2  « Rêve d'une nation » : une BD signée Gebrane Bassil


Flash-back. Nous sommes en l'an de grâce 2013. C'est l'année des échéances et de tous les espoirs, une période propice aux promesses et au « charlatanisme » comme disait l'écrivain français Ernest Renan. Des élections législatives doivent avoir lieu avant le 20 juin 2013 et des élections présidentielles avant le 25 mai 2014. Le gendre, Gebrane Bassil, bataille depuis un moment pour être député, après deux échecs successifs (2005 et 2009). Le beau-père, Michel Aoun, guerroie depuis un bail pour devenir président, après une longue histoire marquée par deux guerres successives, un exil, des alliances contre-nature et deux échecs également (1988 et 2007). Il faut frapper les esprits. C'est dans ce contexte que « Le rêve d'une nation » est né. Il est passé complètement inaperçu à l'époque. Et pourtant, il est très intéressant de revenir dessus aujourd'hui en 2018, avec un recul de cinq ans.

 3  Le point en 2018 sur ce que Gebrane Bassil a promis en 2013 pour l'année 2020


Rêves ou promesses, on ne va pas jouer sur les mots, pour l'opération com' de 2013, le ministre de l'Energie et de l'Eau avait opté pour la bande dessinée. C'était sans doute plus adapté que les affiches 4x3, où l'on risque d'être poursuivi pour publicité mensongère. Gebrane Bassil a beau se mettre en scène sous un beau jour et se présenter comme un homme moderne, le résultat global est très kitch. Pour ceux qui ont raté le lancement, « 7elm watan » peut être classée entre la caricature et le roman-photo.

A Nation's Dreamحلم وطن 
Reportage complaisant de la LBCI, datant de 2013. Pas de critique du document ! Le journaliste, Bassam Abou Zaïd, se contente de décrire la BD de Gebrane Bassil, la trouvant au passage "amusante" (moumti3at) et va jusqu'à émettre le souhait de la voir adapter en un "dessin animé" pour que tout le monde puisse en profiter. 

« Le rêve d'une nation » raconte l'histoire fictive d'un Gebrane Bassil lifté par le-la dessinateur-trice, qui montre à son fils le Liban de 2020. Les dessins sont sous-titrés en arabe et en anglais. D'entrée en matière, deux belles erreurs. Dans un pays où plus de la moitié de la population est de sexe féminin, la moindre des choses était d'emmener sa fille Yara en voyage, plutôt que son fils, pour avoir un générique équilibré. Et puis, dans un pays de tradition francophone, la moindre des choses également était d'accompagner l'anglais par le français! Pour le reste, rien ne vaut les détails, pour comprendre à quel point « les promesses n'engagent que ceux qui les croient ». Attachez vos ceintures, pour ne pas être bousculés, et mettez vos lunettes noires, pour éviter l'éblouissement, c'est parti.

 4  En 2020, le train sera le meilleur moyen de transport des Libanais


Le rêve de Bassil commence à Batroun, où père et fils prennent « le train qui est devenu le meilleur moyen de transport » des Libanais. Si si, le train, vous savez c'est cet ensemble de wagons tractés par une locomotrice qui circule sur des rails, que les Libanais ne voient plus depuis belle lurette, à part dans les films et à l'étranger. Des trains alors que ce qui reste des 408 km du chemin de fer libanais construit aux époques ottomane et française, est enseveli par le bitume ou volé, pour être vendu, et qu'on est toujours pas foutu en 2018 de bien distinguer les taxis du reste du parc automobile.


 5  En 2020, les plages seront toutes publiques et les infractions impossibles


Dans les rêves de Bassil, toutes « les plages du Liban » ont été nationalisées et « les infractions à la loi du littoral sont devenues impossibles ». Heik khabet lazé2, un littoral rendu au peuple libanais comme on l'a constaté le 25 juin 2018 précisément, avec la pendaison de la crémaillère des hôtes du Lancaster Eden Bay à Ramlet el-Baïda, un complexe hôtelier érigé en un temps record sur une des plus belles plages de la côte orientale de la Méditerranée, malgré une invalidation du permis de construire par le Conseil d'Etat, malgré l'absence de permis d'exploitation, malgré plusieurs demandes judiciaires pour l'arrêt immédiat des travaux et malgré de nombreuses violations.

Non seulement, il n'y a eu ni arrêt des travaux ni démolition de cette laideur environnementale, mais l'inauguration a eu lieu en grande pompe, au nez et à la barbe de tous les hauts responsables et représentants de l'Etat libanais, du gouverneur de Beyrouth Ziad Chbib au ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk, en passant par le ministre chargé de la Lutte contre la corruption, Nicolas Tuéni. Santé à tous.

 6  En 2020, le Liban fournira de l'eau à Chypre


Dans les rêves de Bassil, « le barrage de Jannet est devenu une importante destination touristique, qui fournit de l'eau potable aux Libanais et aux Chypriotes » svp.

C'est c'là Gebrane, de l'eau partout, à tous les étages et toute l'année, que nous exporterons à Chypre et même aux pays arabes, alors qu'il n'y a aucun projet national pour limiter le gaspillage hallucinant de l'or bleu au Liban : fuites, consommation à outrance, population peu regardante, agriculteurs déconnectés de la réalité, caprices (pelouses et piscines en Orient!), obsessions diverses (faire tourner les machines à laver cinq fois par jour, rincer les terrasses tous jours, etc.), et j'en passe et des meilleures. Gebrane Bassil ose balancer le chiffre de « 55 barrages construits » au Liban en 2020. Non seulement, nous sommes très très très loin du compte, mais certains de ces barrages sont construits dans des zones sismiques, ce qui a été fortement déconseillé par les experts.

Dans le secteur de l'eau, tout est fait en dépit du bon sens là aussi. Comment peut-on imaginer subvenir aux besoins de 6,5 millions d'habitants actuellement (réfugiés syriens compris), dans une contrée où il ne pleut pratiquement pas entre mai et septembre, menacée durement par le réchauffement climatique, sans limiter la consommation, le gaspillage et le vol? Impossible. Si on ne le fait pas, ce n'est pas 55 barrages qu'il nous faudra mais 155.

 7  En 2020, la décharge de Borj Hammoud deviendra un parc d'attraction possédant un port de plaisance


En parcourant les rêves du ministre de l'Energie et de l'Eau de l'époque, on découvre qu'en 2020, « les oiseaux » pullulent autour de l'usine électrique de Zouk, alors que c'est le génocide toute l'année comme en témoignent les photos lugubres des chasseurs en herbe publiées régulièrement sur les réseaux sociaux (j'ai cru apercevoir des cigognes nichant en haut des cheminées, qui crachaient de la fumée noire il y a peu de temps!), les habitants de cette région hautement polluée du Kesrouane sont en « meilleure santé maintenant » puisque « les émissions polluantes ont diminué de 90% », un « pipeline de gaz » longe le littoral et « la décharge de Borj Hammoud a été réhabilitée pour devenir un port touristique et un parc d'attraction ». Ya yésou3 el malek dakhil esmak! Peut-être que Gebrane Bassil n'est pas au courant, mais aux dernières nouvelles, trois ans après la crise des déchets, les rois des poubelles, avec la complicité des (ir)responsables libanais, voudraient installer à Beyrouth justement, un incinérateur d'ordures ménagères, pour produire à la fois de l'électricité et de nouveaux cancers.

 8  En 2020, les Beyrouthins posséderont enfin leur métro et Fatmagul Sultan n'y sera plus depuis longtemps


D'après les rêves de Gebrane, Beyrouth, ses alentours et son large, dispose d'une superbe « station d'épuration pour la capitale et le Metn », d'une grande « plateforme gazière », d'une « centrale solaire photovoltaïque de 7 km qui fournit de l'électricité à 10 000 foyers » au-dessus du fleuve de la ville et surtout des lignes de « métro », dont une station installée non loin de l'ancienne décharge. Cerise sur le gâteau, « (la centrale électrique flottante) Fatmagül est partie il y a longtemps, après l'achèvement de sa mission ». La 7awla wala qouwata ella bellah. Non seulement Fatmagul Sultan est toujours au large des côtes libanaises, depuis février 2013, mais pour ne pas la laisser seule, l'ex-conseiller de Gebrane Bassil, Cesar Abi Khalil, ministre de l'Energie et de l'Eau depuis 2016 (CPL), a décidé de louer deux autres navires-générateurs, Orhan Bey et Esra Sultan. Le fioul est facturé à l'Etat libanais à un prix élevé et le contrat court jusqu'en 2021 pour certains navires. Tout ce cirque coûte aux contribuables libanais, enfin à la dette publique de l'Etat libanais, près de 850 millions de dollars par an!


Quant à la construction de centrales électriques sur le sol libanais pour le compte d'EDL, c'est la même chanson depuis la fin de la guerre civile, « work in progress ». Wou ntorr ya kdich ta yénboutt el 7achich. Le 'kdich' est celui ou celle qui croit encore ces partis politiques qui contrôlent ce ministère vache à lait depuis 1990 (CPL, Hezbollah, Tachnag, Amal, Hobeika, etc.), qu'ils lui assureront de son vivant l'électricité 24h/24. Malgré la facture globale exorbitante du secteur électrique au Liban, près de 5 milliards de dollars par an (production libanaise d'EDL, production des centrales flottantes turques vendue à EDL et production des générateurs privés libanais), la situation électrique des Libanais est l'une des plus archaïques au monde. Et cela dure depuis trente ans. Cherchez l'erreur.

Dans le secteur électrique, la chasse-gardée du CPL et de ses alliés depuis 10 ans (où Gebrane Bassil a passé plus de 4 ans), les Libanais doivent se contenter de la location hors de prix de centrales flottantes, de la prochaine installation de compteurs sur l'alimentation électrique privée (après trente ans de pratiques sauvages des rapaces des moteurs), de poulets produits par « Le poulailler d'EDL » et des tours de passe-passe  temporaires ou permanents pour faire croire que tout va très bien Madame la Marquise (ex. donner au Kesrouane au cours de l'été l'électricité qui est destinée à Tyr et à Saïda ou priver la Békaa et le Hermel du courant électrique toute l'année afin de nourrir Beyrouth!).

 9  Des rêves et des promesses en l'air qui n'empêchent pas Gebrane Bassil de continuer sa carrière comme si de rien n'était, cherchez l'erreur


L'ironie de toute cette histoire, c'est que nous n'avions rien de tout cela en 2013, nous n'avons rien de tout cela en 2018 et nous n'aurons rien de tout cela en 2020. Il est là le génie méconnu de cet homme. Il réside dans une faculté extraordinaire de transformer la réalité en chimères, comme lorsqu'il promet en 2011 l'électricité 24h/24 pour 2015, et une capacité inouïe de faire passer les chimères pour la réalité, comme lorsqu'il promet en 2013 un métro à Beyrouth pour 2020. Et comme si de rien n'était, Gebrane Bassil continue sa carrière politique parce que l'amnésie des citoyens libanais est un formidable processus qui permet d'amnistier les politiques au Liban. Que demande le peuple de plus !

Dans cette BD qui baigne dans le grotesque et le ridicule, on apprend à la fin que le fiston a été « privé de son papa durant ces longues années (2013-2020) », et pour cause, Gebrane Bassil était justement très occupé à mettre en œuvre tous ces projets, avec « de nombreux citoyens » (et non de responsables politiques, nuance, sous-entendant qu'il est le seul dirigeant qui travaille pour le Liban et les Libanais), et « une profonde fierté », afin de « faire du Liban un pays stable et prospère ». Et s'il n'a qu'un conseil à transmettre au petit, c'est de lui rappeler que la vie est basée sur « la foi et les actes ». Mais bordel de quels acte, foi, prospérité et stabilité il parle? Ya 2ard ncha2é wou bla3iné... aw bla3i!

N'allez surtout pas croire que depuis 2013, Gebrane Bassil a mûri et il est maintenant gêné par toutes ses promesses farfelues non tenues. Non, hélas! Il y a quelques mois seulement, il a encore fait des affiches publicitaires mensongères 4x3 sous le slogan bidon « aqwalouna af3al » (« nos dires sont des actes », campagne électorale pour les législatives de mai 2018), et il a encore parlé de « ramener le train et le métro à Beyrouth » (janvier 2018). Le comble, c'est que certains naïfs l'ont cru et l'ont élu, et des militants CPL le défendent bec et ongles!



 10  Gebrane Bassil dans « Rêve d'une nation » ou l'insoutenable légèreté de l'être


Ce qui frappe dans les rêves illustrés et non illustrés de Gebrane Bassil, à part le populisme qu'ils dégagent, ce sont deux éléments : l'absence du moindre chiffrage sur le coût de ces projets pharaoniques et l'absence de toute référence à la dette publique abyssale du Liban! Je vous laisse imaginer le coût d'un métro à Beyrouth, sans parler de sa faisabilité! Quant à la dette publique, Gebrane Bassil a oublié de dire à son fils, qu'en 2020, notre dette aura franchi le cap des 100 milliards de dollars et peut être les 200% de notre PIB. Que faut-il de plus pour prouver ce grand amateurisme dans la gestion des affaires publiques? Un trait partagé par d'autres éminences de la classe politique libanaise, bien évidemment.

Personne n'a jamais su ni pourquoi ni de quel droit Gebrane Bassil avait produit « 7elm watan » en 2013. Dans quelle contrée de ce monde, un ministre d'un gouvernement démissionnaire censé expédier les affaires courantes (après la démission de Najib Mikati en mars 2013), dépense l'argent public pour annoncer aux citoyens ce qu'il a l'intention de faire, ne fait pas ce qu'il a promis (avec cinq ans de recul), est élu en grande pompe et prend part activement depuis quatre mois au blocage dans la formation du gouvernement pour des raisons bassement politiciennes? Nulle part, à l'exception de certains pays sous-développés.

 11  Gebrane Bassil : homme providentiel, ministre prodige ou Don Quichotte de la République libanaise ? 


Cinq ans sont passés. Aucun objectif fixé par Gebrane Bassil en 2013 n'a été réalisé à ce jour. Et pourtant, c'est pour 2020. Pour être juste, il faut avouer qu'il y a bel et bien un objectif qui a été atteint. Il ne figure pas dans la BD, mais dans un tweet passé inaperçu, aimé par une malheureuse personne!, publié quelques jours après la sortie officielle de cette BD éditée au frais de la princesse, l'Etat libanais. « 'Le rêve d'une nation' est une vision positive de notre bien-aimé pays, qui ne se réalisera que lorsque nous déciderons de nous débarrasser de notre négativité. » C'était donc annoncé d'avance qu'il n'allait pas tenir ses promesses et réaliser ce rêve. Objectif atteint! C'est plus qu'une pirouette, c'est de l'illusionnisme, c'est même de la haute voltige. En fait, Gebrane Bassil fait croire que si ça ne tenait qu'à lui, il aurait fait tout cela, pas les autres, mais c'est notre négativité bande d'ingrats qui l'en empêche !


Ainsi, ce qui nous empêche de réaliser tous ces rêves, ce n'est ni la volonté politique ni les pieds sur terre. Non, pas du tout! Pas la hausse vertigineuse de notre dette abyssale, pas le gaspillage de l'argent public, pas la corruption endémique, pas le vol massif du courant électrique, pas la dilapidation effarante de l'or bleu, pas les fromagistes qui se disputent leur part, pas une démocratie bananière, pas le sabotage de la République, et j'en passe et des meilleures. Non, rien de tout cela, c'est « notre négativité » qui empêche ce ministre prodige et providentiel d'avoir un train qui relie Tripoli à Tyr, et le métro et un port de plaisance près de la décharge de Bourj Hammoud. Je rappelle à celles et ceux qui faisaient le tour du monde à cloche-pied ces treize dernières années que le Bloc parlementaire formé par le Courant patriotique libre, le parti politique de Gebrane Bassil de Michel Aoun, a possédé jusqu'à 1/5 du Parlement et 1/3 du gouvernement (à certaines périodes) et a gouverné le Liban seul avec ses alliés un moment (2011-2014), et que Gebrane Bassil lui-même est dans tous les gouvernements depuis 10 ans (Affaires étrangères, Energie et Eau, et Télécoms).

Il y a plus de cinq ans, c'était donc le « Rêve d'une nation » soi-disant pour 2020. Il lui reste moins de deux ans pour y parvenir. Pas pour décrocher le satellite de la Terre, vous pensez bien ! Un marche-pied, bien caché derrière une tribune, peut faire gagner de précieux centimètres pour tromper un petit auditoire, mais pas de prendre de la hauteur et impressionner un peuple tout entier. Pas plus qu'une BD. Cher-e-s compatriotes nous devons nous rendre à l'évidence, il faut envisager sérieusement de faire voter une loi qui interdit à Gebrane Bassil d'être ministre d'Etat et d'inscrire dans la Constitution l'impossibilité de l'élire comme président de République. Bon, soyons honnêtes, ça ne va absolument pas résoudre nos problèmes, mais un problème en moins, c'est déjà ça de gagner.

Je termine cet article sur Gebrane Bassil comme j'ai commencé le dernier article sur Gebrane Bassil, avec beaucoup de sincérité. Gebrane Bassil n'est pas pire que d'autres hommes politiques au Liban. Son problème c'est qu'il se croit non seulement mieux que les autres, mais qu'il est le meilleur de tous, alors qu'il est le champion du lâcher d'éléphants roses qui commencent à encombrer l'espace aérien libanais. Il est toujours prêt à se battre seul contre tous, et même s'il le faut, contre ces géants qui lui mettent des bâtons dans les roues, les moulins à vent. Il mérite de ce fait le titre que je lui ai décerné il y a quelques mois, Don Quichotte de la République libanaise

mercredi 20 juin 2018

Du scandale Aoun-Hariri-Machnouk à l'affaire Ibrahim-Berri-Nasrallah : « Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette » (Art.539)


Dans une démocratie bananière comme la nôtre, on n'a pas le temps de souffler, encore moins de nous ennuyer. C'est à peine si nous en disposons suffisamment pour enterrer dignement nos scandales, enfin, les leurs. Désolé de vous faire savoir au début de la saison estivale que nous avons eu tout faux ces derniers temps. Nos « Schpountz », contrairement à l'héros de Marcel Pagnol, ne sont pas simplets. De là à croire que les dirigeants libanais sont intelligents, il n'y a qu'un pas que je ne franchirai point personnellement. Et pourtant, comme Irénée Fabre, le commis-épicier du film français de 1938 qui croit être un acteur né, les responsables libanais se considèrent eux-aussi comme des hommes providentiels. Autre caractéristique partagée avec le schpountz de Pagnol, « ils ne sont pas bon à rien, ils sont plutôt mauvais à tout », à prononcer avec le bon accent marseillais dans la bouche et une odeur de pastis dans le nez, en ayant en tête la tronche de Fernandel quand il fait le con. Même dans les scandales, ça ne vole jamais très haut dans nos contrées.


Tout a commencé récemment avec l'article 49. Voté pratiquement par l'ensemble des députés sortants représentant toute la classe politique, et défendu notamment par le Courant patriotique libre, le Courant du Futur et le mouvement Amal, qui donnait khabet laze2 heik, la « résidence à vie » au Liban aux propriétaires étrangers sous certains conditions (l'achat d'un logement d'une valeur de 500 000 $ à Beyrouth et de 330 000 $ en dehors), il est aujourd'hui enterré. Il ressuscitera en temps et en heure, bien évidemment. A l'éclatement du scandale, Ibrahim Kanaan, député du CPL et chef de la commission parlementaire des Finances et du Budget, à l'origine de cette mesure incongrue -qui encouragera la spéculation immobilière, le blanchiment d'argent et l'implantation d'une frange de déplacés syriens au Liban- a prétendu que que c'était une « résidence temporaire ». A la publication de la loi de finances, on s'est aperçus que c'était faux. Il avait donc menti au peuple libanais. Il n'était pas le seul à tomber dans cette malhonnêteté politique. Est-ce que le pays s'est arrêté pour autant afin de demander à Kannaan & Co des comptes ? Non mais pourquoi, tout va très bien Madame la Marquise !

A peine nous étions débarrassés de l'article 49, surgit alors le scandale du décret de naturalisation de ressortissants palestiniens, qui constitue une atteinte flagrante à la Constitution libanaise, et de ressortissants syriens peu recommandables, des proches du tyran de Damas, Bachar el-Assad, des corrompus, des corrupteurs et des évadés fiscaux, et même un Franco-Algérien recherché par les autorités judiciaires italienne et algérienne. Actuellement, le décret est en soins intensifs. Pas pour longtemps. La couleuvre était trop grosse à avaler. Mais il s'en sortira, naturellement.

Au début du scandale, Ziad Baroud, un homme de droit respecté, et Nadim Koteich, un homme de média reconnu, sont montés au créneau, non pour dénoncer la légitimité bidon d'un tel décret, mais au contraire, pour attaquer leurs compatriotes qui ont eu le malheur de souligner les irrégularités de cette naturalisation en catimini et le caractère top-secret du décret. Et pourquoi donc? Parce que les deux hommes sont proches des trois co-signataires du décret, Michel Aoun, Saad Hariri et Nouhad Machnouk. A la publication du décret, sous la pression de quelques médias et des réseaux sociaux, les doutes ont été confirmés. On s'est aperçus que le pouvoir représenté par Aoun-Hariri-Machnouk, ainsi que ses défenseurs Baroud-Koteich & Co, avait menti au peuple libanais. Est-ce que le pays s'est arrêté pour autant afin de demander à tout ce beau monde des comptes? Non mais pourquoi, tout va très bien Madame la Marquise !

Le scandale du jour c'est la dispense des ressortissants iraniens de se faire tamponner le passeport lors de leurs visites au Liban, à l'arrivée comme au départ, ce qui est le cas habituellement pour le reste du monde. Ce ne sont pas des touristes, routards et babacools, dont il est question, mais de proches du régime des mollahs, faut peut-être le préciser d'emblée. Comme pour les deux autres scandales, tout se passe en trois temps. Le déni, la confusion, la confirmation. Le chef de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, affirme que la mesure est « normale et naturelle » et surtout, qu'elle existe depuis des « dizaines d'années ». Faux, rétorque Nouhad Machnouk, le ministre de l'Intérieur, qui certifie que la décision est récente et n'est pas normale, elle a été prise il y a seulement quelques jours. Pas besoin d'être dans les secrets des dieux pour se faire une idée de la question. Comme par hasard, les Libanais n'ont pris connaissance du privilège accordé aux Iraniens qu'à travers un opposant iranien ! Les raisons invoquées sont vaseuses. On dit que l'officialisation du passage des ressortissants iraniens par le Liban, en apposant un tampon sur leur passeport, peut leur être préjudiciable pour obtenir un visa et se rendre en Europe. Ya haram, le Liban ne peut pas tolérer cette discrimination et un traitement si humiliant ! Yé3né bel 3arabé el mchabra7, le Liban a décidé de compliquer la tâche des autorités des pays de l'Union européenne, afin de faciliter la vie des ressortissants de la République islamique chiite d'Iran, qui je le rappelle ne sont ni des touristes ni des routards ni des babacools, mais forcément des proches du régime des mollahs, comme si de rien n'était, comme si cela faisait partie des intérêts du Liban, comme si le traité nucléaire n'est pas remis en cause et comme si les sanctions américaines qui se profilent n'enverront pas le pays des mollahs au ban des nations.

Pas besoin d'être expert non plus pour imaginer qu'une décision politique de cette importance n'est pas une simple mesure administrative que le chef de la Sûreté générale peut prendre seul dans son coin. Elle nécessite au mieux, l'aval du ministre de l'Intérieur, au pire, le feu vert du Conseil des ministres. Il n'en est rien. Etant de confession chiite, selon le Pacte national revu et corrigé, Abbas Ibrahim n'a pas pu prendre une décision de cette portée sans le consentement du duo chiite Nabih Berri et Hassan Nasrallah. Sans l'ombre d'un doute, ces deux hommes sont certainement à l'origine de cette contorsion aux règles en vigueur au pays du Cèdre. Et comme par hasard, alors qu'il devrait être pleinement concerné par ce nouveau scandale, le ministre libanais des Affaires étrangères, Gebrane Bassil, qui n'a pas hésité à défendre le décret de naturalisation, a fait savoir que son rôle n'est qu'informatif dans cette histoire douanière, la mesure dépendrait uniquement de la Sûreté générale.

Circonstance aggravante, la mesure douanière aurait été prise par le trio chiite libanais au lendemain d'une grave déclaration de Qassem Soleimani rapportée par Mehr, une agence d'information iranienne gérée par l'Organisation de diffusion de l'idéologie islamique (chiite). Dans cette dépêche du 11 juin, on apprend que le chef de « Faïlak al-Qods » (la Force de Jérusalem), une unité du Corps des gardiens de la révolution islamique spécialisée dans les opérations externes (qui dépend uniquement de Wali el-Fakih, le Guide suprême, Ali Khamenei), a qualifié les résultats des élections législatives libanaises de « grande victoire ». Celui qui peut être considéré comme le fer de lance du « croissant chiite » au Moyen-Orient (terme qui qualifie l'extension de l'hégémonie iranienne dans le monde arabe), estime que « le Hezbollah a remporté 74 des 128 sièges du Parlement libanais pour la première fois », et de ce fait « d'un parti résistant, le Hezbollah s'est transformé en un gouvernement libanais résistant ». Pour arriver à ce chiffe le commandant de la Force al-Qods, considérée par les Etats-Unis comme une entité qui soutient le terrorisme dans le monde, a dû rajouter tous les députés chrétiens du Courant patriotique libre de Bassil-Aoun, aux députés du duo chiite Berri-Nasrallah. Il a dû inclure nombreux députés soi-disant indépendants, Paula Yacoubian compris, allez savoir, après sa visite de courtoisie au chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, pour augmenter ses chances de ministrable ! En tout cas, ni Yacoubian ni Bassil ni Aoun ni Berri ni Nasrallah n'a jugé utile de commenter cette énième preuve de l'immixtion de l'Iran dans les affaires libanaises, pas plus qu'ils n'ont dénoncé la dispense douanière des Iraniens au Liban.

La députée de Beyrouth Paula Yacoubian, trop occupée par augmenter ses chances de ministrable que de répondre aux propos déplacés du commandant de la Force al-Qods, Qassem Soleimani. Ironie de l'histoire, les deux événements date du même jour, le 11 juin. 

Toujours est-il qu'il est bien clair qu'Abbas Ibrahim a menti au peuple libanais. Est-ce que le pays s'est arrêté pour autant afin de demander à tout ce beau monde impliqué dans cette nouvelle affaire d'Etat des comptes? Non mais pourquoi, tout va très bien Madame la Marquise !

*

Maintenant que le scandale est mis au jour, il va falloir sauver la face d'Abbas Ibrahim et de ceux qu'il représente dans cette affaire, Nasrallah et Berri. Eh oui, certains les ont oubliés! Pour la sortie de crise, on pourrait imaginer une solution donnant-donnant : tu me couvres sur le décret de naturalisation des Palestiniens et des Syriens, je te couvre sur la dispense douanière des Iraniens.

Le pouvoir hexagonal libanais -Aoun, Hariri, Machnouk, Ibrahim, Berri et Nasrallah- peuvent sillonner le Liban et se produire tout l'été devant les Libanais. Ils feront salle comble. Pour compléter la troupe, ils peuvent appeler en renfort Geagea, le parrain du « président fort » (qui tient à l'Accord de Meerab autant que Michel Aoun tient au Document d'entente avec Hassan Nasrallah!), Joumblatt, el-kezbé el-kbiré qui se considère toujours comme le « touriste de service », et l'incontournable, Gebrane Bassil, l'homme qui se prend pour « Don Quichotte de la République libanaise ». Ils pourront nous jouer et nous chanter cette comptine d'autrefois : « Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette ; le premier de nous deux qui rira aura une tapette ! » Ils trouveront encore beaucoup de monde pour les applaudir le jour et les maudire la nuit. Quelle extraordinaire tragi-comédie nous avons la chance de vivre !

Les auteurs de ces trois scandales ne se sont jamais inquiétés. Et vous savez pourquoi? Parce qu'une frange du peuple libanais est plus (pré)occupée par la défense du Brésil et de l'Allemagne au Mondial qu'à demander des comptes à ses leaders, qu'une deuxième frange a une mémoire très sélective et qu'une troisième n'a qu'une mémoire de trois minutes ! Nous ne sommes qu'une minorité à nous battre pour le nivellement par le haut et pour laisser le Liban dans un meilleur état que celui dans lequel nous l'avons trouvé. Mais comme quelques hirondelles ne font pas le printemps, une minorité de Libanais éclairés ne fera pas la renaissance. Du scandale Aoun-Hariri-Machnouk, nous sommes passés à l'affaire Ibrahim-Berri-Nasrallah. Et quand on pense que pour sauver la face, le premier trio a accepté le plan de sauvetage proposé par Abbas Ibrahim justement, qui prévoie une soi-disant vérification des noms douteux du décret de naturalisation par le chef de la Sûreté générale lui-même!, on se dit que la République libanaise n'est plus qu'une farce de nos jours par la double faute de certains dirigeants du Liban, les auteurs de cette farce, et d'une partie du peuple libanais, qui prend goût à jouer aux dindons de la farce. 

mardi 5 juin 2018

Derrière le « décret secret » de naturalisation, la volonté libanaise de prendre part au business de la reconstruction de la Syrie et la détermination syrienne de coloniser le Liban (Art.535)


Pendant que la « rebelle » Paula Yacoubian savoure pour le 13e jour consécutif son acte héroïque, en votant Nadine Labaki lors de la prorogation du mandat de Nabih Berri à la tête du Parlement libanais (1992-2022 et au-delà inchallah!), c'est encore lui qui a soulevé cette grave atteinte à l'honneur du Liban et des Libanais, ainsi qu'à notre Constitution et aux lois en vigueur dans notre pays, par nos propres dirigeants.


 I  Tout a commencé avec la « résidence à vie » accordée par les députés libanais via l'article 49


C'était il y a quelques mois. Samy Gemayel avait dénoncé le vote à la hâte et en pleine effervescence électorale, d'une disposition bénie par toute la classe politique ou presque, notamment par les deux Courants (patriotique libre et du Futur), qui permet d'octroyer une « résidence à vie » à tout acheteur étranger d'un appartement au Liban, d'une valeur de 500 000 $ à Beyrouth et de 333 000 $ en dehors. Le député du Metn voyait dans l'article 49 de la nouvelle loi de finances, une façon déguisée d'implanter une frange des Syriens réfugiés  au Liban, la classe aisée. J'ai dénoncé à mon tour cette disposition qui ouvre grand les portes du Liban au blanchiment d'argent et à la spéculation immobilière, ce qui se répercutera forcément d'une manière négative sur la vie des Libanais, notamment ceux des classes moyennes, déjà pleinement frappées par la cherté de la vie au Liban. Le Conseil constitutionnel fut saisi et l'article en question est finalement invalidé.

 II  La naturalisation au Liban, une affaire controversée depuis toujours : le décret de 1994


A peine l'affaire est réglée, une autre est venue la remplacer. Elle est beaucoup plus grave. Et c'est à Samy et Nadim Gemayel, les députés des Kataeb, qu'est revenue la tâche de dénoncer le nouveau scandale, la signature en catimini d'un décret de naturalisation controversé le 11 mai 2018, portant le numéro 2942.

Dans la plupart des pays démocratiques, comme la France par exemple, les conditions d'attribution de la nationalité sont claires, donc connues de tous, et le décret de naturalisation est publié dans le Journal officiel, pour être justement connu de tous. Pas au Liban, où la naturalisation se fait à la dérobée.

On explique l'opacité libanaise dans les conditions d'attribution de la nationalité libanaise par le désir de préserver l'équilibre communautaire islamo-chrétien. Fixer des critères précis c'est prendre le risque de naturaliser massivement des ressortissants de telle ou telle confession ou nationalité, une démarche qui peut conduire à un déséquilibre démographique entre les 17 communautés libanaises. Soit, mais c'est encore pire sans critères comme le prouve la naturalisation massive de 1994, réalisée alors que le Liban était sous occupation syrienne. Elias Hraoui était président de la République, Rafic Hariri Premier ministre et l'inamovible Nabih Berri, président du Parlement.

Un rapport ministériel de 2006 estime, parce qu'on n'a toujours pas les chiffres exacts!, le nombre d'étrangers naturalisés à l'époque à près de 160 000 personnes. Du fait des mariages et des naissances, ce sont en réalité plus de 200 000 personnes, pour une population de 3,4 millions à l'époque. On dit qu'ils étaient 2/3 musulmans et 1/3 chrétiens. Oublions le déséquilibre communautaire, c'est comme si Emmanuel Macron naturalisait en une seule vague, 3 999 999 Mamoudou Gassama, soit presque la moitié des étrangers non-européens qui vivent en France. Aux Etats-Unis, il faudrait que Donald Trump naturalise d'un coup de stylo, 19 des 46 millions d'étrangers nés en dehors des Etats-Unis. Ce qui a posé problème dans le décret de 1994 c'est d'abord son caractère massif, dans un pays où la concorde communautaire ne tient qu'à un fil!

Mais le plus grave dans le décret de 1994 est ailleurs. Pour le comprendre, il faut revenir à une info récente passée totalement inaperçue, noyée dans les fêtes de fin d'année, le recensement des « réfugiés palestiniens » au Liban. Au total, on n'a trouvé que 174 422 Palestiniens au Liban. Et on est parti disserter un bon moment sur l'exagération des chiffres et les peurs infondées. C'est trois fois moins que les estimations les plus alarmistes! Très joli, sauf qu'on a oublié de préciser que le recensement ne concerne que les « réfugiés palestiniens » dans les dits « camps palestiniens » et aux alentours, les Palestiniens installés loin de ces « villes » n'y figuraient pas.

Et encore, si on n'avait oublier que ça. Les valeureux enquêteurs Libanais et Palestiniens, ainsi que le Premier ministre Saad Hariri lui-même qui a repris leur chiffre, ont oublié d'informer la presse en général et les Libanais en particulier que 469 331 personnes sont enregistrés au Liban auprès de l’UNRWA en tant que « réfugiés palestiniens », que 71 747 Palestiniens svp ont été naturalisés en 1994, ce qui constitue de facto une implantation des réfugiés palestiniens au Liban, le désir le plus profond de l'Etat d'Israël et une violation flagrante de la Constitution libanaise. Chapeau à toute l'équipe, beau travail les gars ! Le chiffre du recensement a été contesté par de nombreuses sources libanaises et palestiniennes.

Pour revenir au décret de 1994, une autre majorité des naturalisées de l'époque était de nationalité syrienne. On parle de 66 000 personnes qui ne se rappellent de leur double nationalité qu'au moment des élections.

Toujours est-il qu'un recours en invalidation déposé par la Ligue maronite a conduit le Conseil d'Etat à l’ouverture d’une enquête sur une dizaine de milliers de naturalisations douteuses.

 III  La naturalisation au Liban, une cuisine top secret : le décret de 2018


Le problème principale des naturalisations au Liban réside dans l'opacité concernant, non seulement les conditions d'attribution de la nationalité libanaise, mais aussi le contenu des décrets de naturalisation. C'est à peine croyable, mais à ce jour, on ne connait ni le nom des personnes naturalisées le 11 mai 2018 (des noms circulent), ni même leur nombre exact (on parle de plusieurs centaines).

Circulez il n'y a rien à voir, nous ont expliqué, entre autres, Ziad Baroud et Nadim Koteich, qui ne semblent même pas déranger par le caractère secret de la naturalisation Aoun-Hariri-Machnouk. Et alors ? Comme par hasard, le premier est proche du Courant patriotique libre, le second, du Courant du Futur, les deux partis politiques qui sont pleinement impliqués dans ce nouveau scandale. Finalement, ce sont les cousins Gemayel qui ont permis de mettre au grand jour cette faille inadmissible dans les usages politiques au Liban : l'impossibilité, même pour des élus de la nation!, de connaître les noms des personnes naturalisées au Liban à travers les canaux officiels! Non, vous ne rêvez pas, bienvenue au Liban, le pays de toutes les magouilles.

Le président de la République, Michel Aoun, argue que ce n'est pas à lui de le faire, alors qu'il est l'origine même du décret. Le Premier ministre, Saad Hariri, est aux abonnés absents sur ce sujet, alors qu'il a co-signé le décret. Le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk (Futur), co-signataire du décret, ainsi que le président de la République, ont le culot de se réfugier derrière la protection des données personnelles. Incroyable, mais vrai. Ainsi, selon les responsables libanais, obtenir le décret qui mentionne les noms des personnes naturalisées dans des conditions douteuses, est une info d'ordre privée, seules les personnes concernées peuvent le faire. Bienvenue dans l'univers surréaliste libanais.

Pour mesurer le degré de gravité de la question, il faut savoir que sans la publication du « décret secret » dans le Journal officiel, la marge de manœuvre de ceux qui voudraient contester auprès du Conseil constitutionnel et du Conseil d'Etat certaines naturalisations douteuses signées par le trio Aoun-Hariri-Machnouk, ont une marge de manœuvre très étroite.

A droite, la lettre envoyée par le député des Kataeb, Samy Gemayel, au président de la République, Michel Aoun, lui demandant une copie du décret de naturalisation qu'il a signé le 11 mai 2018. A gauche, la fin de non-recevoir de la présidence qui invoque la protection des données personnelles, envoyant Samy Gemayel se faire voir chez le ministère de l'Intérieur, qui l'envoie à son tour se faire voir chez les Grecs. Bienvenue dans l'univers surréaliste libanais.

 IV  La faute politique de Aoun est plus grande que celle des co-signataires du décret, Hariri et Machnouk


Alors qu'une mère libanaise mariée à un ressortissant étranger, ne peut toujours pas transmettre la nationalité libanaise à ses enfants, comme le fait un homme libanais marié à une ressortissante étrangère, le président de la République, le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur auraient décidé d'octroyer la nationalité libanaise à un ensemble de ressortissants palestiniens, ce qui constitue une violation de la Constitution libanaise, comme en 1994, qui interdit explicitement toute forme d'implantation des réfugiés palestiniens au Liban. Plus grave encore, Aoun, Hariri et Machnouk, auraient décidé d'offrir la nationalité libanaise à un ensemble de personnalités et de riches hommes d'affaires syriens. On parle des familles de Samer Faouz, Abdel Kader Sabra, Farouk Joud, Hani Mourtada, Samer Youssef et Moufid Karamé, des gens qui font partie du cercle rapproché du régime terroriste de Bachar el-Assad.

Et encore, n'étant pas sûrs des noms, le plus grave est ailleurs. Après l'éclatement du scandale posé par ces noms, Aoun, Hariri et Machnouk, se comportent comme des retraités de la vie politique libanaise, sans aucune responsabilité, des touristes, des visiteurs, des observateurs, des spectateurs, enfin, tout ce que vous voulez, sauf comme le pouvoir exécutif qui est à l'origine même du scandale et qui doit rendre des comptes devant le peuple libanais.

Le président de la République, Michel Aoun, demande une enquête APRÈS avoir signé le décret de naturalisation et non AVANT, comprenne qui pourra. 

Concentrons-nous sur le cas le plus grave, celui de Michel Aoun. Enfin, je ne sais pas si le cas de Saad Hariri n'est pas plus grave, mais bon, restons sur le cas de celui qui communique sur le sujet, plutôt que sur le cas de celui qui a décidé de garder le silence. Le président de la République réclame de la part du chef de la Sûreté générale de mener une « enquête » approfondie sur les personnes naturalisées et demande à ceux qui détiennent des « informations » sur ces dernières de les faire parvenir aux autorités, sachant qu'il refuse de transmettre à Samy Gemayel une copie du décret qu'il a lui-même signé où figurent les noms des personnes naturalisées. Il est fascinant le président fort, n'est-ce pas?

Houston, we have a problem. De deux choses l'une : soit aucune enquête n'a été menée AVANT l'attribution de la nationalité libanaise et le président de la République a signé à l'aveugle le décret de naturalisation ; soit Michel Aoun a signé en connaissance de cause, mais n'a pas prévu le scandale, il se trouve maintenant dans un sacré merdier et ne sait plus comment s'en tirer. La première option pose un problème de compétence, la seconde, de conscience.

Ce qui est valable pour Aoun, l'est aussi pour Hariri et Machnouk. Mais, la faute politique de Michel Aoun est plus grande que celle des co-signataires du décret, parce que la naturalisation est une prérogative exclusive du président de la République et que Michel Aoun est le seul haut personnage de l'Etat a juré devant Dieu et le peuple libanais, de protéger la Constitution de la République libanaise. Il n'empêche que Hariri et Machnouk ne font pas de la figuration, ils sont pleinement responsables par leurs signatures.

Ceci nous conduit à deux réflexions.

. La première concerne l'erreur de calcul de Samir Geagea et de Saad Hariri d'avoir soutenu l'arrivée de Michel Aoun à la présidence de la République, sans le contraindre à mettre fin à son alliance avec le Hezbollah et à sa bonne entente avec le régime syrien.

. La deuxième concerne précisément la prérogative de la naturalisation. La faute de Michel Aoun est impardonnable puisque son décret concernerait la naturalisation de Palestiniens en violation de la Constitution libanaise et de Syriens proches de Bachar el-Assad, dont l'envoyé spécial, Michel Samaha, qui croupit toujours dans les geôles libanaises pour avoir tenté de replonger le Liban dans la guerre confessionnelle, nous rappelle justement le caractère terroriste de son régime. Etant donné l'ampleur du scandale soulevé aujourd'hui, cette prérogative du « président chrétien » finira tôt ou tard par tomber. Il est clair qu'elle passera un jour au Conseil des ministres. Michel Aoun aura donc contribué, encore une fois, comme en 1988-1990, à l'affaiblissement du poste présidentiel. Le journaliste Nadim Koteich qui en veut aux réseaux sociaux d'avoir amplifié le problème, a pourtant survolé la question dans sa dernière vidéo. D'autres n'en pensent pas moins. Chapeau mon général!

 V  Circonstances aggravantes pour Aoun-Machnouk-Hariri


Et encore, si les Libanais devaient se contenter de cela! Elément aggravant, certains Syriens naturalisés auraient appris la nouvelle dans la presse. Ils ont fait savoir clairement qu'ils n'avaient rien demandé. C'est le cas de Hani Mourtada, un ancien ministre syrien, et beaucoup de noms cités précédemment, qu'ils ont tenu à affirmer qu'ils sont fiers de leur nationalité syrienne. Qu'ils l'aient demandé ou pas, qu'ils l'aient obtenu ou pas, qu'importe, c'est à croire que la demande de naturalisation de certains a été déposée par un tiers! Nooon? Siiiii. Par qui : Fadia el-Chérré'a, Ali Mamelouk, Duraide Lahham ou Bachar el-Assad? Si vous ne savez pas, vous pouvez appelez un ami, ou un ennemi, Michel Samaha, par exemple.

Gebrane Bassil, ministre des Affaires étrangères svp, l'homme qui se prend pour Don Quichotte de la République libanaise, le gendre de Michel Aoun qui veut faire croire qu'il n'était au courant de rien, demande lui aussi "une enquête sérieuse et rapide" APRÈS la naturalisation et non avant.

Il ne fait pas de doute que parmi les heureux bénéficiaires, la majorité des personnes ont droit à la nationalité libanaise et la méritent. Mais beaucoup de questions inquiètent les Libanais aujourd'hui. Pourquoi le ministre de la Justice, un proche de Michel Aoun, a tenu en pleine tempête à faire savoir que d'autres décrets de naturalisation suivront? Pourquoi dans tous les milieux du CPL et du Futur, de Chamel Roukouz à Ziad Baroud, de Gebrane Bassil à Alain Aoun, de Nouhad Machnouk à Nadim Koteich, il y a cette détermination à minimiser l'affaire et à étouffer le scandale, alors qu'ils tenaient le discours inverse il n'y a pas si longtemps que ça ? En somme, pourquoi la naturalisation tout court, pourquoi maintenant, pourquoi avoir caché les noms de personnes indésirables parmi les noms des personnes méritantes, et surtout, pourquoi le recours à des « décrets secrets » s'ils n'avaient vraiment rien à cacher ?

Chamel Roukouz, l'autre gendre de Michel Aoun qui a pris son siège dans le Kesrouane, trouve que tout "ce tintouin autour du décret de naturalisation n'a aucun sens, les cas sont individuels et les raisons sont humanitaires". Ayons donc une pensée et une prière pour tous ces fidèles du régime de Bachar el-Assad, qui attendent dans les couloirs de la naturalisation au Liban!

 VI  Pourquoi ils auraient recouru à un « décret secret », s'ils n'avaient rien à cacher? Les raisons d'une naturalisation non assumée


Parlons peu, parlons bien. Il est plus que probable que le « secret » de la démarche d'Aoun-Hariri-Machnouk soit lié à la présence de noms « indésirables » parmi les naturalisés, des proches de la tyrannie des Assad qui font honte au Liban. Dans un tel cas de figure, la demande de naturalisation de ces ressortissants syriens et leur naturalisation par le trio libanais viseraient des objectifs différents :

• Du coté syrien, la demande de naturalisation a comme premier objectif de mettre à l'abri d'éventuelles sanctions internationales des proches du régime syrien. Elle s'inscrit dans le vaste projet insidieux de Bachar el-Assad de colonisation du Liban, via de riches hommes d'affaires syriens (le biais économique) et des réfugiés syriens (le biais démographique). Elle complète des mesures légales prises récemment en Syrie pour exproprier de facto des Syriens réfugiés au Liban s'ils ne sont pas en mesure de se rendre en Syrie rapidement pour enregistrer leurs biens immobiliers. De ce fait, ils ne leur donnent en réalité comme choix que de rester au pays du Cèdre loin de la tyrannie qu'ils ont fuit, ce qui permettra au régime alaouite syrien de réussir à la fois le nettoyage ethnique de la Syrie (en éliminant une frange importante de la communauté sunnite) et la colonisation massive du Liban (par des ressortissants syriens). Par ailleurs, force est de constater que cette demande s'accompagne d'un retour en force au Parlement libanais, des grandes figures libanaises de la période d'occupation syrienne du Liban, Jamil el-Sayyed en tête.

• Du coté libanais, c'est le "business as usual" qui prime. Et ce ne sont pas les signes qui manquent pour le prouver. Le coup d'envoi a été donné avec le salon « Rebuild Syria » organisé à Beyrouth les 27-28 octobre 2017, sous le haut parrainage de son Excellence, le ministre libanais des Affaires étrangères. « Que la reconstruction de la Syrie soit la reconstruction de la Syrie et du Liban » avait déclaré Gebrane Bassil à l'ouverture du salon. « Les Libanais ont devancé l'Etat sur la question de la reconstruction de la Syrie qui constitue une grande opportunité (...) et qui nécessite des réformes structurelles », avait déclaré le même Gebrane Bassil à la fermeture du salon. Des réformes et des décrets secrets peut-être? Comme par hasard, le même jour où le chef du Courant patriotique libre s'emballait pour la reconstruction de la Syrie, le chef du Courant du Futur et Premier ministre, Saad Hariri, a jugé que c'est le moment le plus opportun de l'Histoire afin d'envoyer un nouvel ambassadeur à Damas pour présenter ses lettres de créances à Bachar el-Assad, faisant du pays du Cèdre le premier pays au monde à effectuer une telle démarche. Quelques mois plus tard, il y a eu l'affaire de l'article 49 et de l'octroie de la « résidence à vie » évoquée dans l'intro, votée par toute la classe politique à l'exception des Kataeb et défendue notamment par le CPL et le Futur. Aujourd'hui, c'est le scandale du décret-secret de naturalisation signé par le président de la République, Michel Aoun, le Premier ministre, Saad Hariri, et le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk.


 VII  Qui tient à garder le décret de naturalisation secret, est soit un traitre à la nation, soit un idiot utile de Bachar el-Assad


La naturalisation de personnalités proches de Bachar el-Assad est sans doute le sésame pour de nombreux Libanais, politiciens et hommes d'affaires, qui bavent devant le juteux projet de reconstruction de la Syrie, pour prendre part à un marché évalué à 300 milliards de dollars, qui se fera après le sacrifice de 500 000 Syriens pour rien. Pour l'heure, ce n'est qu'une hypothèse. Elle ne sera confirmée ou infirmée que si et seulement si, le décret de naturalisation originel est rendu public, sans intervention ultérieure de la part du pouvoir exécutif. On nous dira que ce n'est pas forcément mauvais et que c'est même très bénéfique pour l'économie libanaise qui a beaucoup souffert de l'afflux massif de réfugiés syriens. Pour vous les rapaces et pour votre Liban, pas pour nous les gens de principes et pour notre Liban.

Lier la participation libanaise au projet de reconstruction de la Syrie, à la naturalisation de proches du régime syrien, une tyrannie qui oeuvre clairement pour le nettoyage ethnique en Syrie et la colonisation du Liban, relève de l'abomination. Qui le fait en connaissance de cause mérite d'être jugé sur le champ pour « haute trahison ». Qui ne le fait pas en connaissance de cause, mais le rend possible, est un « idiot utile » de Bachar el-Assad, qui mérite d'être déchu de ses fonctions. Quiconque ne se prononce pas sur la publication immédiate du « décret secret », sans tergiversation et prétexte bidon, et son nettoyage de tout individu lié de près ou de loin à la tyrannie criminelle des Assad, est soit dans l'une, soit dans l'autre catégorie. 

dimanche 13 mai 2018

Gebrane Bassil, l'homme qui se prend pour Don Quichotte de la République libanaise (Art.526)


Il est obligé de répéter une dizaine de fois, "Nous avons gagné". C'est pour vous dire. Mais comment convaincre les autres, quand on n'est soi-même pas convaincu? Mission impossible, ça sonne faux. Gebrane Bassil n'est pas pire que d'autres hommes politiques au Liban. Son problème c'est qu'il se croit non seulement mieux que les autres, mais qu'il est le meilleur de tous, alors qu'il est le champion du nivellement par le bas et du lâcher d'éléphants roses.

En éliminant ce que je qualifierai de baratin hypnotique pour endormir ses partisans et les critiques, voici ce qui reste du discours tenu au Forum de Beyrouth samedi par Gebrane Bassil. Le bloc du Changement et de la réforme est mort, vive le bloc du Liban fort. L'homme qui se prend et voudrait qu'on le prenne pour Don Quichotte de la République libanaise, est prêt à se battre seul contre tous et même s'il le faut, contre ces géants qui lui mettent des bâtons dans les roues, les moulins à vent.


 بالرغم من كل شيء انتصرنا، وبالرغم من أن معهم أغلب الدول الكبرى، انتصرنا

"Malgré tout, nous avons gagné". Mais c'est quoi ce "tout" au juste ? La majorité des grands pays était avec eux". Qui eux, quels grands pays et quelle majorité, pardi? Le populisme d'entrée en matière, ça promet.

وبالرغم من كل المال الذي خصص ضدنا ونحن ما كنا نملك ولم يكن معنا أموال انتخابية، وانتصرنا

"Nous n'avions pas d'argent électoral". Ya haram chou m3attar. C'est c'là oui, comme s'il en avait besoin! Et puis, on se demande pourquoi les candidatures de certaines figures du Courant patriotique libre (CPL) ont été écartées au profit de celles d'opportunistes hommes d'affaires! 

A ce propos, Neemat Frem le richissime patron du groupe Indevco et roi de la planche à billets, qui passait par hasard sur le pont hier après-midi, est finalement entré dans le Forum et s'est mis au premier rang. Il buvait les paroles du chef de son bloc parlementaire comme du petit lait. La petite souris m'a dit qu'il avait exigé de Samir Geagea de le nommer comme ministre pour figurer sur la liste du parti des Forces libanaises dans le Kesrouane. Hakim a refusé et le roi du PQ est allé voir ailleurs. Enfin bref, il est député aujourd'hui et le premier des ministrables du CPL, et ça vous disserte sur l'argent électoral.

وهم معهم الكذبة السياسية، والتي من الهين تسويقها، ونحن نملك الحقيقة

Les autres -qui au juste? on ne sait toujours pas!- pratiquent "le mensonge politique", et lui,  pardon "eux", détiennent "la vérité". Ya 3adra dakhil esmik, il se croit immaculé conception Gebrane Bassil! La vérité si je mens, comme sur l'électricité par exemple. On/off, hein? Ça ne te dit rien!  "Wlak weiniyé hal kahraba el charm**** 24/24 ya Gebrane, where is this fu***** electricity 24 hours a day ya Bassil, non mais, où est cette pu***** d'électricité 24h/24 ya Gebrane Bassil?"

هذا الانتصار، الذي حققناه، له أب، ونهديه لأبيه القوي، ونهدي الانتصار للبنان القوي ونهديه لفخامة الرئيس العماد ميشال عون

"Cette victoire a un père (...) Michel Aoun". Toute la campagne du CPL, notamment celle des deux gendres, était d'ailleurs axé sur ce thème: donner au président de la République un bloc parlementaire important. Michel Aoun s'est même mouillé dans la campagne en envoyant un message clair à ceux qui contestaient le choix des candidats CPL dans le Kesrouane : "je suis Chamel et Chamel c'est moi"! Il faut donc prendre acte.

Dans le prochain gouvernement, on ne doit plus réserver au président de la République quelques ministres comme c'est l'usage depuis un certain temps. Dans le gouvernement sortant de Saad Hariri, on comptait 3 ministres pour Aoun et 5 ministres pour le CPL. Par conséquent, dans le nouveau gouvernement, les parts d'Aoun et du CPL doivent être confondues : 4-5 ministres en tout et pour tout.

أما الدين فهو للشعب اللبناني، الذي تحمل كثيرا، بأن نحاسب من يأس الشعب اللبناني، ومن دفع لعدم التصويت

"Demander des comptes à ceux qui ont désespéré le peuple libanais et favorisé l'abstention". Non mais, personne n'a désespéré le peuple libanais dans ces élections et encouragé les gens à ne pas voter autant que Gebrane Bassil lui-même, dont la stratégie électorale a été dénoncée par les propres militants du CPL : priorité aux hommes d'affaires, alliances tous azimuts y compris avec les partis peu recommandables (Hezbollah, Parti social nationaliste syrien et Frères musulmans) et évitement des FL.

على الجميع أن يعلم أن المرحلة السابقة قد انتهت، وهي كما كان ينتهجها البعض بإطلاق الوعود قبل الانتخاب، ويتبرأون من كل شيء بعد الانتخابات

Les "promesses électorales", tiens, tiens, comme la campagne "Leban(off)on" par exemple de 2010-2011, dans la perspective des élections législatives censées se dérouler en 2013, "Le Liban s'illuminera de nouveau 24h/24", à l'horizon 2014 svp ! Quel désastre, la situation dans le secteur électrique ne fait que s'empirer depuis la fin de la guerre en 1990.


 نقاتل لتحقيق الوعد، ببناء المؤسسات ومحاربة الفساد... ودين علينا أن نعمل لتأمين الكهرباء ونخرج المواطنين من العتمة

Et c'est reparti pour un nouveau tour d'illusionnisme et une nouvelle bataille contre ces géants qui mettent des bâtons dans les roues de Gebrane Bassil, les moulins à vent : "Nous nous battrons pour réaliser les promesses et combattre la corruption (...) Nous avons une dette, ramener l'électricité et sortir les citoyens de l'obscurité." Cause toujours, tu nous intéresses! Cela fait 10 ans que le ministère de l'Energie et de l'Eau est entre les mains du Bloc du Courant patriotique libre (2008-2018) et près de 30 ans qu'il dépend des forces pro-hezbollahiennes et pro-assadiennes (1990-2018).

Une chose est sûre et certaine, si les Libanais veulent vraiment le courant électrique 24h/24 au cours de cette vie sur Terre, et pas dans une autre vie ou dans l'au-delà, il faut que le futur Premier ministre exige de son futur ministre de l'Energie une sorte de casier politique qui atteste qu'il n'a jamais été membre du Hezbollah ni Hezbollahi-compatible, et qu'il n'a jamais fait partie ni du bloc du Changement et de la réforme ni du Courant patriotique libre, au cours des 30 dernières années.

Il est grand temps de finir avec le plus grand scandale dans notre pays depuis la proclamation du Grand Liban il y a un siècle, en confiant ce ministère à qui on veut SAUF à ceux qui ont échoué lamentablement dans la gestion de ce domaine, qui coûte aujourd'hui à l'Etat près de 1,5 milliard de dollars par an. Depuis 1990, 30 milliards de dollars ont été jetés par les fenêtres et dans les poches des rapaces qui tournent autour de ce secteur.

وسنحفظ الماء لأنها ثروتنا الطبيعية

En multipliant les barrages controversés, dans des zones inadaptées et à risque, selon les experts!, alors que les tuyaux de distribution de l'eau potable au Liban, publics et privés, fuient de partout. La gestion du secteur de l'eau est l'autre plus grand scandale depuis la proclamation du Grand Liban, un secteur qui dépendait aussi des mêmes tocards qui furent incapables de ramener le courant électrique 24h/24 en trente ans.

نحن نلتزم أمامكم، بدين إعادة النازحين، ولو وقفنا بوجه المجتمع الدولي كله، وسنواجه أي سياسة لا تسعى لإعادتهم، وللأسف البعض مثلما قال يوما، فليحكم الإخوان اليوم، قالوا في جنيف، فليبق السوريون في لبنان

Et c'est reparti pour de nouvelles aventures de Don Quichotte de la République libanaise contre les moulins à vent ! Gebrane Bassil a le culot de sous-entendre que Hariri et Geagea ont oeuvré à "garder les réfugiés syriens au Liban". Je ne sais pas quelle moquette il fume, mais elle est de mauvaise qualité.

Deux précisions sur le sujet.

. D'une part, l'arrivée massive de réfugiés syriens au Liban s'est fait essentiellement entre 2012 et 2014, à une époque où le Liban était gouverné exclusivement par les forces politiques du 8-Mars, via le gouvernement de Najib Mikati. Le Conseil des ministres, le pouvoir exécutif de l'époque, était composé de la manière suivante: part du bloc du Changement et de la réforme (11 ministres, dont 6 CPL), part autour du duo chiite Amal-Hezbollah (7 ministres), part de Najib Mikati (5 ministres), part de Michel Sleimane (3 ministres), part de Joumblatt (3 ministres). Voilà donc les principaux responsables de l'afflux massif de réfugiés syriens au Liban.

. D'autre part, ce qui empêche le retour des réfugiés syriens du Liban en Syrie, c'est Bachar el-Assad lui-même, qui fait tout ce qui possible et imaginable pour rendre ce retour impossible (dernier procédé en date, des expropriations massives et des falsifications de cadastres dans des zones stratégiques à Damas et dans les régions frontalières du Liban), avec un double objectif : le nettoyage éthnique de la Syrie et la colonisation du Liban. Tous ceux qui ont soutenu et soutiennent encore le maintien de la tyrannie des Assad à Damas, sont soit des complices du projet pernicieux abjecte du régime syrien, soit les idiots utiles de ce dernier.

سنعمل... ونحقق حماية وطننا بقوة جيشنا ودعم مقاومتنا

Enième soutien explicite de Gebrane Bassil à "notre résistance", autodésignation du Hezbollah, une entité considérée comme terroriste par une partie des Libanais, la majorité des Syriens et l'écrasante majorité des Arabes et des Occidentaux. Le chef du CPL zappe le fait que le parti-milicien prouve jour après jour qu'il constitue une anomalie au Liban et du Machreq au Maghreb, et tant que les leaders libanais ne se décident pas à y mettre un terme, le pays du Cèdre ne connaitra ni paix, ni prospérité, ni état de droit, ni même électricité. Il restera qu'un pays sous-développé, à la merci de ses encombrants voisins, la Syrie, Israël et l'Iran.

الانتصار يعني أننا سمحنا للمنتشرين أن ينتخبوا

Il n'y est pour rien. Pire encore, seuls 15% des Libanais de l'étranger se sont inscrits sur les listes électorales des ambassades, à peine 83 000 des 550 000 personnes concernées. C'est un fiasco pour le ministre des Affaires étrangères, en poste depuis 4 ans et qui a sillonné le monde aux frais de la princesse comme on dit, les contribuables.

ونحن كنا 21 نائبا وأصبحنا 29 نائبا... نحن نشعر بالفرح لأن "خينا" كبر، ولكن عليه أن يعرف أن يعد النواب داخل الكتل

Alors, Gebrane Bassil prétend "nous étions 21 députés, nous sommes aujourd'hui 29 députés" et "nous ressentons de la joie parce que 'notre frère' a grandi" (allusion au doublement de la taille du bloc parlementaire des FL qui passe de 8 à 16 députés). Faux pour la première partie et hypocrite pour la seconde.

Qu'il ne sache pas lire les résultats, ce n'est point étonnant, mais qu'il ne sache pas "compter", c'est grave. Les 29 députés dont il parle, c'est la taille du nouveau bloc du CPL, "Le Liban fort", qui regroupera le CPL et tous ses alliés. Et encore, à condition qu'il fasse le plein. L'ancien bloc du "Changement et de la Réforme" était composé de 27 députés et non de 21. Donc malgré les alliances avec le Hezbollah, le Parti social nationaliste syrien et les Frères musulmans, le CPL n'a gagné que 2 sièges finalement, une progression misérable surtout si on la rapporte à ce qu'il a perdu, son honneur en s'alliant avec des partis peu recommandables : le premier est un parti-milicien islamiste qui domine la communauté chiite libanaise et qui est accusé d'avoir tué l'ancien Premier ministre Rafic Hariri; le second est un parti nationaliste syrien, bien que libanais, toujours fier de l'assassinat du président de la République Bachir Gemayel ; et le troisième est un mouvement islamiste sunnite, minoritaire dans la communauté sunnite libanaise. La stratégie électorale de Gebrane Bassil est un fiasco. Elle est d'ailleurs contestée au sein de son parti et par ses propres partisans.

نحن انتصرنا لأننا قد حصدنا مرتين أكثر في عدد النواب، ومرتين أكثر بعدد الأصوات في كل لبنان، ونحن قلناها نحن أكثر منهم كلهم وليس قدهم كلهم، ونقول لمن لا يعرف عدد النواب والأصوات، كيف تريدنا أن نعطيك وزارة كوزارة الطاقة، يوجد فيها عد وحسابات، وحتى لا تعرف تعد أعداد النازحين السوريين

Archifaux. Et s'il y a un leader au Liban qui ne sait ni lire ni compter, les résultats électoraux et le nombre de réfugiés syriens au Liban, c'est lui, le gendre prodige. Ces deux points étant abordés précédemment, je n'y reviendrai pas.

Mais ce qui est intéressant dans ce passage mensonger du discours de Gebrane Bassil, c'est là où il sous-entend clairement que le ministère de l'Energie doit rester entre les mains du Courant patriotique libre et ne pas passer entre les mains du parti des Forces libanaises!

Et pourquoi donc ya ghadanfar? Pour le fiasco retentissant de la gestion du secteur électrique par ton parti depuis 10 ans ou pour mieux finaliser les transactions concernant les centrales-flottantes (les navires-générateurs) concoctées par ton ancien conseiller et actuel ministre de l'Energie César Abi-Khalil, voire pour sauver le business très lucratif du soldat Assaad Nakad, patron d'EDZ et candidat malheureux du CPL dans cette circonscription, qui selon la concession accordée à sa famille dans les années 1920, doit remettre EDZ (Electricité de Zahlé) à EDL (Electricité du Liban) à la fin de l'année ?

Les Libanais ne sont pas dupes. Ils ont bien compris que pour se battre contre les géants moulins à vent dans nos contrées d'Orient, il faut un géant, un ghadanfar comme on dit dans le monde arabe, un Don Quichotte de la République libanaise, comme on dira désormais au pays du Cèdre. Gebrane Bassil est le candidat naturel pour ce titre et cette grande mission nationale. Mais ils sont très curieux aussi de savoir pourquoi ce "ministère-vache à lait" doit rester toujours avec les mêmes, malgré leur gestion calamiteuse du dossier. Hein, pourquoi ? C'est louche quand même.

نحن حولنا أقوالنا إلى أفعال

Wou rej3it 7alimé 3a 3adeta wou kélméta el qadimé. "Nos dires sont des actes", une autre campagne d'affichage électorale à côté de la plaque et de la vérité, comme le confirme la gestion désastreuse du secteur électrique par le bloc du CPL depuis 10 ans.


والسيادة الحقيقية تكون بموقفك عندما يكون رئيس الحكومة غير حر جسديا في الخارج

Et voilà notre Don Quichotte national qui revient une nouvelle fois sur une autre bataille contre les moulins à vent, la soi-disant rétention du Premier ministre libanais, Saad Hariri, par Voldemort d'Arabie, alias MBS, Mohammad ben Salmane. On ne compte plus les preuves accumulées depuis novembre 2017 qui démontrent le contraire et qui prouvent que tout cela relevait bel et bien de la propagande du Hezbollah.

En tout cas, qui est attaché à la souveraineté libanaise, ne s'allie pas à ce parti-milicien qui empêche justement le renforcement de l'état de droit au Liban et l'extension de la souveraineté de l'Etat libanais à tout le territoire national.

طعم هذا الانتصار يتجلى بأننا لم نشحد شحادة أي مقعد نيابي، بل بقوتنا وانتصارنا حققنا تحالفات مع كامل الأطياف اللبنانية، وعندما وعى اللبنانيون وحجموا الاقطاع السياسي، وحجموا دعاة الكذب السياسي

"Nous n'avons mendié aucun siège parlementaire". C'est c'là oui, comme le prouvent tes alliances avec trois partis peu recommandables (hezb allah, hezb el qawmé elsouré, el ékhwénn el mousliminn), n'est-ce pas? Gebrane Bassil, qui ne doit sa carrière politique (jusqu'à sa propre élection dans le caza de Batroun le 6 mai de l'an de grâce 2018, il y a seulement sept jours!), qu'au fait qu'il est le gendre de Michel Aoun, et qui n'a été intronisé chef du CPL en 2015 que dans des conditions contestées par une partie de la base du Tayyar, pense qu'il n'est sorti victorieux de ces élections législatives que grâce au double rejet des Libanais des "représentants de la féodalité politique" et des "partisans du mensonge politique".

He he he, non mais, il se relie ou il improvise toujours comme ça? A bien visionner la vidéo, il lie un prompteur et ça saute aux yeux, tellement il est mal à l'aise. Il devrait désormais improviser, ça lui évitera les niaiseries et les bourdes. C'est comme la campagne d'affichage : "Nos dires sont des actes". Sacré farceur! Gebrane Bassil oublie qu'il est l'incarnation même de la néoféodalité et du mensonge politiques. A moins qu'il n'ait finalement raison, les Libanais ont boudé son parti pour tout cela exactement ! Reste à féliciter les électeurs et les électrices qui ont accepté bon gré mal gré, d'être les dindons de sa farce électorale. Allez, santé à toutes et à tous, on n'en a pas fini avec les aventures de Don Quichotte de la République libanaise !


Arrivée de Don Quichotte et Sancho devant les moulins à vent
Place d'Espagne à Séville


« Là-dessus ils découvrirent trente ou quarante moulins à vent qu'il y a en cette plaine, et dès que don Quichotte les vit, il dit à son écuyer:
- La fortune conduit nos affaires mieux que nous n’eussions su désirer, car voilà, ami Sancho Panza, où se découvrent trente ou quelque peu plus, de démesurés géants, avec lesquels je pense avoir combat et leur ôter la vie à tous, et de leurs dépouilles nous commencerons à nous enrichir : car c'est ici une bonne guerre, et c'est faire grand service à Dieu d'ôter une si mauvaise semence de dessus la face de la terre.
- Quels géants? dit Sancho.
- Ceux que tu vois là, répondit son maître, aux longs bras, et d’aucuns les ont quelque fois de deux lieues.
- Regardez, monsieur, répondit Sancho, que ceux qui paraissent là ne sont pas des géants, mais des moulins à vent et ce qui semble des bras sont les ailes, lesquelles, tournées par le vent, font mouvoir la pierre du moulin.
- Il paraît bien, répondit Don Quichotte, que tu n’es pas fort versé en ce qui est des aventures: ce sont des géants, et, si tu as peur, ôte-toi de là et te mets en oraison, tandis que je vais entrer avec eux en une furieuse et inégale bataille.

Et disant cela, il donna des éperons à son cheval Rossinante (...) Il disait à haute voix: "Ne fuyez pas, couardes et viles créatures, car c'est un seul chevalier qui vous attaque". Sur cela il se leva un peu de vent, et les grandes ailes de ces moulins commencèrent à se mouvoir, ce que voyant don Quichotte, il dit : "Vous pourriez mouvoir plus de bras que ceux du géant Briarée : vous allez me le payez." (...) Bien couvert de sa rondache, et la lance en l'arrêt, il accourut, au grand galop de Rossinante, donner dans le premier moulin qui était devant lui, et lui porta un coup de lance en l'aile : le vent la fit tourner avec une telle violence qu'elle mit la lance en pièces, emmenant après soi le cheval et le chevalier, qui s'en furent rouler un bon espace parmi la plaine.

Sancho Panza accourut à toute course de son âne pour le secourir, et, quand il fut à lui, il trouva qu'il ne se pouvait remuer : tel avait été le coup que lui et Rossinante avaient reçu. 
- Dieu me soit en aide ! dit Sancho; ne vous ai-je pas bien dit que vous regardiez bien ce que vous faisiez, que ce n’étaient que des moulins à vent, et que personne ne le pouvait ignorer, sinon quelqu'un qui en eût de semblables en la tête? 
- Tais-toi, ami Sancho, répondit don Quichotte, les choses de la guerre sont plus que d'autres sujettes à de continuels changements, d'autant, j'y pense, et c'est la vérité même, que ce sage Friston, qui m'a volé mon cabinet et mes livres, a converti ces géants en moulins pour me frustrer de la gloire de les avoir vaincus (...) »

Extrait de "L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche",
un roman de Miguel de Cervantes, publié en 1605 et 1615