vendredi 8 septembre 2017

L'hommage manqué du Liban à ses militaires ou comment ne pas trahir pour la troisième fois les quatorze soldats libanais exécutés par Daech et Nosra (Art.463)


D'abord ils sont quatorze et non dix ! Il est déjà là le premier manquement. On a tout simplement oublié de joindre au cortège funèbre, même symboliquement, les deux militaires libanais décapités par les terroristes de Daech/Etat islamique, et les deux soldats libanais exécutés par balle par les terroristes de Fateh-Cham/Front al-Nosra, peu de temps après leur enlèvement en août 2014, les quatre tués avec barbarie en captivité aussi. En tout cas, le Liban rend aujourd'hui un dernier hommage à dix soldats libanais exécutés en captivité par l'organisation terroriste Daech, en février 2015 a priori, après leur enlèvement en août 2014, et dont les restes ont été ramenés aux familles et à la nation, au cours de l'opération menée par l'armée libanaise, Fajr el-Jouroud, qui s'est achevée le 27 août 2017. La cérémonie s'est déroulée au ministère de la Défense, en présence de Michel Aoun, Saad Hariri et Nabih Berri, respectivement président de la République, premier ministre et président du Parlement.

Dernier hommage du Liban aux soldats
de l'armée libanaise exécutés par Daech
Ministère de la Défense. Photo Marwan Assaf

On me le reprochera sans doute, mais j'y tiens quand même. Les quatorze militaires libanais exécutés en captivité par les deux organisations terroristes à dominante syrienne, sont tous de confession musulmane. Les militaires de confession chrétienne kidnappés le même jour, ont été libérés ultérieurement. Accordez à cette info l'importance que vous voulez, mais j'ai tenu à vous en faire part. Par les temps qui courent dans nos contrées d'Orient, ça pourrait mettre les pendules à l'heure dans certains esprits.

Les tests ADN étant formels, les familles des militaires kidnappés et exécutés pourront en conséquence enterrer leurs fils et commencer leur deuil. Certes, la nation les accompagnera, avec sincérité et des chaudes larmes pour les uns et hypocrisie et des larmes de crocodile pour les autres. Mais, pour les uns et les autres, le deuil de la nation ne durera que la journée, alors que celui des familles, une éternité.

En dépit de la solennité de l'événement et de l'affliction de circonstance, cet hommage est manqué car il n'est pas accompagné d'une réflexion profonde à la hauteur du sacrifice de ces jeunes militaires. On les tuera deux fois si nous ne posons pas aujourd'hui à chaud et dans l'émotion, les vraies questions qui dérangent et que le monde politique fait tout son possible pour les ignorer.

Sous l'impulsion du président de la République, le ministre de la Justice, Salim Jreissati a demandé au procureur général près de la Cour de cassation d'engager des poursuites contre X afin de déterminer les responsabilités de tous ceux qui ont participé et incité à l'enlèvement et à la mort des militaires libanais. On ne peut que s'en réjouir. Dans le collimateur de certains, on retrouve Tammam Salam, ex-Premier ministre, Jean Kahwagé, ex-commandant de l'armée libanaise, Nouhad Machnouk, actuel ministre de l'Intérieur, ainsi que les leaders du 14-Mars en général et ceux du Courant du Futur en particulier.

Il n'est pas dans mon intention de défendre particulièrement "ces accusés", mais force est de constater que cette enquête qui est soi-disant souhaitée et impartiale, prend des tournures politiciennes qui sont le moins qu'on puisse dire louches.

Disons d'emblée qu'il n'échappe à personne qu'une telle enquête sera longue, complexe et difficile. Sans se livrer à la divination, tout le monde sait aussi qu'elle ne conduira à aucune révélation fracassante au pays des consensus. Faut pas rêver. Par contre, il y a quatre certitudes basiques dans ce dossier que nul d'honnête et de sensé ne peut remettre en question.

. Primo, si l'armée libanaise était déployée à la frontière entre le Liban et la Syrie, la tenant d'une main de fer, interdisant aux hommes et aux armes de passer dans les deux sens depuis le début de la révolte syrienne en mars 2011, les deux organisations terroristes Daech et de Nosra, n'auraient pas pu s'installer sur la chaine de montagnes de l'Anti-Liban. On ne peut pas s'étonner d'avoir été volé et agressé quand on a laissé les portes et les fenêtres de sa maison grandes ouvertes. Qui est le coupable dans ce volet de l'histoire? Yé3né bel 3arabé el mchabra7, qui a laissé les portes et les fenêtres du Liban grandes ouvertes? Ce sont les forces politiques du 8-Mars et du 14-Mars. Qu'importe les justifications des uns et des autres, depuis le retrait du dernier soldat syrien le 26 avril 2005, les deux camps n'ont pas été capables quand ils ont gouverné seuls ou ensemble, d'atteindre cet objectif. Et pourtant, le 8-Mars porte une plus lourde responsabilité car du fait de son positionnement politique, pro-Assad et pro-Hezb, ce camp s'est toujours opposé à ce déploiement militaire et à ce mot d'ordre. Il ne voulait pas entraver la libre circulation du Hezbollah entre le Liban et la Syrie. D'ailleurs, rappelons-le encore une fois, l'essentiel des jihadistes se sont installés dans les Jouroud entre 2012 et 2014, à une époque où le Liban était exclusivement gouverné par les forces politiques du 8-Mars, le gouvernement Mikati (Hezbollah, Courant patriotique libre, Amal, Parti socialiste, etc.). Hélas, il a fallu attendre ce vendredi 8 septembre 2017, pour qu'enfin, « le Conseil supérieur de la défense (...) charge le commandement de l'armée libanaise de prendre les mesures nécessaires pour assurer le déploiement des troupes frontalières terrestres » à la frontière orientale du pays du Cèdre. Aucun (com)patriote libanais ne peut retenir sa joie aujourd'hui, sauf que cette décision historique arrive avec douze ans de retard, pour ne pas dire 71 ans même, et quatorze tragédies, pour ne pas dire davantage, qui auraient pu être parfaitement évitées, si la troupe s'était déployée au moins au moment du déclenchement de la guerre civile syrienne.

. Secundo, on peut palabrer sur cette affaire d'Etat encore longtemps et jusqu'au jour où les poules auront des dents. On peut aussi y mettre un terme en se plongeant dans les archives. Le Hezbollah a non seulement été un opposant farouche au déploiement de l'armée libanaise à la frontière syro-libanaise, mais il a toujours été contre toute négociation de l'Etat libanais avec les groupes terroristes, en vue de la libération de la trentaine de soldats kidnappés, alors que la milice chiite libanaise et le régime syrien se livraient à ces pratiques depuis des années en Syrie. Eh oui, des négociations auraient pu conduire à la libération des soldats libanais.

. Tertio, l'Etat libanais savait depuis février 2015 que les militaires enlevés par Daech ont été exécutés. On disposait même des photos des corps. Le chef de la Sureté générale libanaise, Abbas Ibrahim, l'a répété à trois reprises. Mais alors pourquoi un militaire de ce rang, chargé de ce dossier, commet cette bourde qui n'en est pas une bien évidemment? Sans doute pour soulager sa conscience, mais aussi et surtout, pour que ça se sache. Ainsi, des responsables ET des leaders libanais, en place depuis février 2015, ont décidé de ne pas révéler l'info aux familles et à la nation, et de garder le silence. Qui sont-ils et pourquoi ils l'ont fait?

. Quarto, qu'importe les justifications à cinq piastres avancées par ces défenseurs hypocrites et zélés de la troupe, et indépendamment de la libération héroïque de la terre par l'armée libanaise, les jihadistes de Daech et de Nosra ont été exfiltrés en Syrie sous la bonne garde du Hezbollah et des régimes syrien et iranien. Tout ce beau monde y tient tellement qu'il a appelé la communauté internationale à venir en aide aux terroristes bloqués au beau milieu du désert syrien par les avions américaines de la Coalition internationale. Alors résumons un peu ce cas surréaliste: on cherche à savoir qui au Liban a rendu l'enlèvement et la mort des militaires libanais possible (volet complexe et auteurs non identifiés), mais on s'en fout royalement de savoir qui a permis aux assassins des enfants de la patrie de se soustraire à la justice libanaise et de rentrer tranquillement chez eux (volet simple et auteurs principaux bien identifiés, le Hezbollah et le régime syrien). On croit rêver!

Du côté du Hezbollah, la situation est désespérée, du fait de l'engagement milicien auprès du régime de Bachar el-Assad. La communauté chiite libanaise et les miliciens hezbollahis ont été durement éprouvés par les six années de guerre en Syrie et les 2 000 combattants morts prématurément « dans l'accomplissement du devoir jihadiste » comme le disait la milice chiite. Ses opérations Anti-Liban 1 (contre al-Nosra au Liban au mois de juillet) et Anti-Liban 2 (contre Daech en Syrie au mois d'août) visaient deux objectifs principaux, qu'il n'arrive pas à atteindre complètement : remonter le moral de ses troupes et de ses partisans, et imposer le rétablissement de relations normales entre le gouvernement libanais et le régime syrien. Sa situation était si désespérée qu'il s'est précipité avec indécence pour fêter la « deuxième libération » du Liban de Daech etde Nosra, alors qu'il n'avait pas tiré une balle contre l'Etat islamique, que l'armée libanaise, les familles et la nation toute entière n'avaient pas encore enterré leurs héros et qu'une partie des Libanais étaient déjà à la « quatrième libération », après les libérations palestinienne (1982), israélienne (2000) et syrienne (2005).

De côté de l'Etat libanais, la situation est tout aussi désespérée, du fait de l'attention accordée aux jihadistes assassins des soldats libanais et leur exfiltration sains et saufs vers la Syrie, comme si de rien n'était. On ne sait plus comment détourner l'attention des Libanais et du monde de ce scandale abject. Dernière tentative en date, la déclaration du ministre libanais de la Défense, Yakoub Sarraf, prononcée hier soir sur la chaine LBCI : « Il n'y a eu aucune autorisation d'une quelconque partie libanaise pour permettre ne serait-ce qu'à un porteur de couteau de quitter jurd Ersal ». Pour être encore plus clair, il a rajouté : « Saad Hariri n'a pas l'info! » Cette déclaration est grave pour au moins trois raisons.
. D'abord, parce qu'elle signifie que les dirigeants de l'Etat libanais étaient passifs, alors qu'ils sont les principaux concernés. Ils se sont vraiment contentés comme je le disais avec sarcasme il y a quelques jours, d'assurer la sécurité et le bien-être des randonneurs et des retraités de Daech, pour qu'ils aillent rejoindre les bus climatisés la compagnie Hezb & Assad Tour et qu'ils aient leur part d'eau de Cologne et de glace à l'eau de rose.
. Ensuite, parce qu'elle signifie de facto que la souveraineté libanaise est effectivement privatisée et se trouve actuellement entre les mains de Hassan Nasrallah et Bachar el-Assad.
. Enfin, parce qu'elle contredit les déclarations du Premier ministre au journal Le Monde (1er septembre): « Moi-même et le président Michel Aoun, nous les avons laissé franchir la frontière (les jihadistes de Daech), mais leur transport en bus vers l’est de la Syrie a été décidé par le Hezbollah et les Syriens. » Si on croit Yacoub Sarraf, cela signifie que le chef du gouvernement libanais, qui selon la Constitution commande l'armée libanaise, n'a pas été mis au courant de ce qui allait se passer.

Rappelons à tout hasard que Yacoub Sarraf, le ministre de la Défense dont dépend l'armée libanaise et le tribunal militaire, qui était autrefois un proche d'Emile Lahoud, ainsi que Salim Jreissati, le ministre de la Justice, et Michel Aoun, le président de la République, initiateurs de l'enquête en cours, sont tous les trois issus du Courant patriotique libre, un parti qui a conclu le fameux « Document d'entente » avec le Hezbollah en 2006, et dont le président, Gebran Bassil, ministre des Affaires étrangères, avait déclaré texto le 31 août, à la fin de l'opération Fajr el-Jouroud : « Il n'est pas permis que le pays exempte tout responsable du sang des martyrs, mais j'ai le droit de demander au courant (patriotique libre) de ne pas attaquer certains dans les médias, afin de ne pas perdre l'objectif et que le grand responsable ne s'échappe ». Quelle impressionnante détermination ! Mais alors, qui est donc ce mystérieux « grand responsable » qui devrait trembler devant les 140 caractères tweetés par le gendre du président de la République ? A chacun son idée, mais ce n'est surement pas celui auquel nous pensons. Enfin, une couche de surréalisme de plus, ça ne fera de mal à personne. Au point où on est avec le ridicule, c'est encore la suite de la suite et ainsi de suite ! 

Alors, soder ra7et el 7alkoum lal hakim wou lal cheikh, un plateau de loukoums pour Geagea et Hariri qui ne méritent évidemment pas un plateau de baklawa. Ils ont soutenu des candidats à la présidentielle qui avaient une si bonne opinion du Hezbollah et de Bachar el-Assad, Michel Aoun et Sleiman Frangié, sans aucune contrepartie à un moment où rien ne les obligeait à le faire. On en payera le prix encore longtemps. A ce propos, sachez que le ministre d'Etat aux Affaires du Golfe d'Arabie saoudite, Samer al-Sabhane a prévenu il y a quelques jours: « Ce que fait le parti de Satan (Hezbollah) comme crimes inhumains dans notre nation (notamment en Syrie), se répercutera sur le Liban forcément. Les Libanais doivent donc choisir s'ils sont avec ou contre lui. Le sang des Arabes vaut cher. » On peut juger la déclaration odieuse, il n'empêche que les dirigeants libanais ne pourront pas l'ignorer. Ils sont prévenus. L'annulation du plan d'aide militaire saoudienne au Liban, en février 2016, d'un montant global de 4 milliards de dollars, initialement destiné à l'armée libanaise et aux forces de sécurité intérieure, était déjà un avertissement grave pour les chefs du parti des Forces libanaises et du Courant du Futur. En vain. En octobre 2016, les députés des deux formations ont élu comme si de rien n'était le chef du Courant patriotique libre, le fidèle allié du Hezbollah, comme président de la République. La situation peut s'aggraver dramatiquement si le Liban, sous la pression actuelle du parti chiite libanais, s'aligne davantage sur l'axe Téhéran-Damas. Plus de 400 000 expatriés libanais travaillent dans les pays du Golfe. Et c'est sans parler des investissements colossaux des pays du Golfe au pays du Cèdre. On pourrait s'en foutre comme de l'an quarante, sauf que le Liban n'est pas le Qatar !

Toujours est-il que l'hommage rendu aujourd'hui par les dirigeants et les politiciens de l'Etat libanais aux soldats enlevés et exécutés sauvagement par les terroristes de l'Etat islamique est un acte manqué. Il le restera tant que l'enquête qui sera menée ne répondra pas au scandale soulevé dans les quatre points évoqués précédemment. Et là nous sommes nombreux à nous demander si cette enquête qui s'annonce longue, complexe et difficile ne vise pas réellement, comme à l'accoutumée au pays du Cèdre, à noyer le poisson et faire oublier dans ce cas précis, le deal géo-politico-terroriste conclu entre quatre entités terroristes pour l'écrasante majorité des pays du monde, le Hezbollah et Bachar el-Assad d'une part, et Daech (Etat islamique) et Fateh el-Cham (Nosra) d'autre part. D'ailleurs, l'enquête ne concernera aucun de ces quatre points, comme par hasard. Aujourd'hui, et afin de ne pas trahir nos soldats, pour la troisième fois -après les négligences qui ont mené à leur enlèvement et les ratés qui ont conduit à leur exécution- les Libanais sont en droit d'exiger d'une part, de juger ceux qui se sont permis de conclure le deal de la honte qui a conduit à l'exfiltration des assassins de nos soldats en Syrie sans jugement, le Hezbollah et les régimes syrien et iranien, et d'autre part, de savoir si ces derniers ont des complices au sein de l'Etat libanais?

lundi 4 septembre 2017

Voici les familles et les retraités de Daech évacués par le Hezbollah et Assad du Liban, et défendus par la journaliste Dima Sadek, qui croit inventer l'eau tiède dans les domaines de l'humanitaire et de l'humanisme (Art.462)


Même pas peur du ridicule, la suite de la suite. Je m'astreins depuis que je suis actif sur les réseaux sociaux à avoir un rythme d'une publication tous les 5j en moyenne, pas plus, parce que je veux vous livrer des articles de qualité et la qualité demande du temps et du temps je n'en ai pas autant que je le souhaite et je souhaite tant ne pas encombrer votre fil d'actualité inutilement. Cela étant dit, il y a des exceptions à la règle et la note d'aujourd'hui en fait partie, elle s'impose par l'actualité du weekend au Proche-Orient.


Depuis lundi dernier et la révélation au grand jour de l'accord conclu entre Daech, le Hezbollah, le régime syrien et les mollahs, chaque jour nous amène de nouveaux éléments qui nous aident à mieux comprendre pourquoi ce « deal géo-politico-terroriste » est une honte pour ces protagonistes qui prétendent combattre cette organisation terroriste, et pourquoi l'Etat libanais a raté une belle occasion de se comporter comme un pays développé, mature, souverain, responsable et méritant de faire partie d'une société de nations en guerre avec l'Etat islamique. Les derniers en date concernent les communiqués du Hezbollah et de la Coalition internationale. Le contraste est tout simplement surréaliste.

*

- Hezbollah: « Les avions américains empêchent les autocars transportant les miliciens de Daech et leurs familles qui ont quitté la zone sous contrôle de l'autorité de l'État syrien de se déplacer, les encerclant au milieu du désert et empêchant toute personne de s'en approcher même pour offrir une aide humanitaire aux familles, aux malades, aux blessés et aux personnes âgées. » Mensonge sur toute la ligne. Comme elle est étrange cette insistance de la milice chiite libanaise à zapper la présence de plusieurs centaines de jihadistes à bord des bus climatisés mis à leur disposition et le fait que d'autres jihadistes en Syrie tentent, sous l'oeil bienveillante du régime d'Assad de les rejoindre au cours de leur transfert! C'est la partie secrète du deal. Et il y en a bien d'autres.
- Coalition internationale : « La Coalition a frappé des combattants et des véhicules de l'Etat islamique, y compris un char, des véhicules techniques armés et des véhicules de transport, cherchant à faciliter le mouvement des combattants de l'EI vers la zone frontalière de nos partenaires irakiens. » Tiens, tiens, mais que viennent faire un tank, des véhicules armés et des transports de troupes de Daech dans une région contrôlée par le régime d'Assad? En tout cas, assez de mensonges, que ça soit clair pour tous et une fois pour toutes, selon la Coalition, « des vivres et de l'eau ont été fournis au convoi ».

- Hezbollah: « L'État syrien et le Hezbollah ont rempli leur obligation de laisser les bus traverser les régions sous l'autorité du gouvernement syrien sans être attaqués. » Non mais le monde s'en moque comme de l'an quarante de ces arrangements conclus entre des entités considérées par la majorité des pays arabes, européens et occidentaux comme terroristes et il le fait savoir.
- Coalition internationale : « La Coalition a chargé les Russes de transmettre un message au régime syrien, à savoir que la Coalition ne tolérera pas que les combattants de Daech se déplacent plus à l'est vers la frontière irakienne. » Point à la ligne. Faire croire que le régime syrien trouvera une autre route pour conduire ses jihadistes à bon port, alors que la Coalition a la maîtrise de l'espace aérien syrien, est tout simplement ridicule.

- Hezbollah: « Si cela se poursuit, la mort inévitable attend ces familles, y compris certaines femmes enceintes. » Mensonge, malhonnêteté et manoeuvre médiocre pour apitoyer le monde sur le sort des jihadistes de Daech.
- Coalition internationale : « La Coalition attache de l'importance à la vie humaine et a proposé un plan d'action pour sauver les femmes et les enfants de toute autre souffrance causée par l'accord du régime syrien. » Sauf que les lâches d'aujourd'hui comme ceux d'hier, en Syrie comme au Liban, ont toujours une fâcheuse tendance à se cacher derrière les civils et à s'attaquer aux civils. Pour en savoir plus, demandez le mode d'emploi au terroriste en chef, Bachar el-Assad, il se fera un plaisir de vous montrer l'album de César, son ex-photographe, et ses 55 000 clichés de 11 000 Syriens torturés, affamés et assassinés dans ses geôles.

- Hezbollah : « L'objectif américain de cette action n'a rien à voir avec la lutte contre Daech. » Ah non, c'est l'exfiltration de centaines de jihadistes de Daech sous bonne garde dans des bus climatisés qui a plus à voir. Grotesque.
- Coalition internationale : « Daech est une menace mondiale. La relocalisation des terroristes d'un endroit à un autre pour que quelqu'un d'autre s'en occupe, n'est pas une solution durable. » Plus tard, le porte-parole de la Coalition, colonel Ryan Dillon, a précisé à propos du deal Hezbollah-Daech, que 85 jihadistes de l'organisation terroriste ont été tués et 40 véhicules de l'Etat islamique détruits. Le deal a foiré on dirait!

- Hezbollah : « Au cas où ces autobus sont bombardés, tuant inévitablement des civils, des femmes, des enfants et des personnes âgées ou les exposant à une mort inévitable suite à l'embargo qui leur est imposé et à l'interdiction imposée aux aides de leur parvenir, la responsabilité incombera aux Américains seuls. » Mensonge et piètre manœuvre pour faire diversion à propos de la fuite des jihadistes de Daech sous la protection du Hezbollah et du régime d'Assad.
- Coalition internationale : « La Coalition et nos partenaires irakiens ne font pas partie de l'accord entre le Hezbollah libanais, le régime syrien et l'Etat islamique pour permettre à ces combattants expérimentés de transiter par le territoire sous le contrôle du régime syrien jusqu'à la frontière irakienne. » De son côté le porte-parole de la Coalition, colonel Ryan Dillon, a rappelé aux humanistes de la dernière pluie, que « la Coalition internationale ne cible pas les civils et n'empêche pas les aides de leur parvenir ». Être obligé de le préciser, quand même !

- Hezbollah : « Face à ces possibilités, il revient à ce qu'on appelle la communauté internationale et les institutions internationales, d'intervenir pour prévenir un terrible massacre. » Jamais peur du ridicule. Le Hezbollah, entité classée terroriste par la majorité des pays arabes, européens et occidentaux, complice du régime terroriste de Damas des massacres avec des armes conventionnelles et non conventionnelles (barils d'explosifs et attaques chimiques au chlore et au gaz sarin), qui refuse de livrer ses cinq « saints » comme il les qualifie, accusés de l'assassinat de l'ancien PM du Liban Rafic Hariri et de 21 autres personnes au Tribunal Spécial pour le Liban, la plus haute juridiction internationale créée sous l'égide de l'ONU, appelle la communauté internationale pour venir en aide aux jihadistes. On aura tout vu et tout entendu avec le Hezbollah. Rien d'étonnant de la part d'une milice qui prétend combattre Israël à Damas !
- Coalition internationale : « Conformément au droit des conflits armés, la Coalition continuera de prendre des mesures contre Daech chaque fois que nous le pourrons et partout où nous pourrons le faire, sans nuire aux civils. » C'est ce qu'a confirmé le porte-parole de la Coalition, colonel Ryan Dillon. Aux adversaires de pacotille de Daech, il a précisé à tout hasard que « la mission de la Coalition est claire : vaincre Daech ».

Et comme le Hezbollah était en grande difficulté, pour faire passer le convoi terroriste de jihadistes pour un convoi humanitaire de familles et de retraités en excursion à Palmyre, le mentor iranien est venu à son secours, avec les mêmes arguments bidon et les mêmes mensonges grotesques. Le ministère iranien des Affaires étrangères s'est félicité de « l'initiative humanitaire » prise par le gouvernement libanais et le Hezbollah dans « le sauvetage des civils et des innocents » qui aurait renforcé la grandeur de la victoire réalisée. « Encercler un certain nombre de femmes et d'enfants dans le désert par les Américains n'a aucune valeur militaire... C'est normal pour les Américains en raison de leur coopération antérieure avec l'organisation ». Les Iraniens sont persuadés que les Américains cherchent à « affecter négativement la victoire du gouvernement et de la résistance libanais ». Ils appellent aussi les Nations Unies à « intervenir pour prévenir les massacres des innocents dans la région ». C'est c'là oui, je vous promets d'en dire un mot au colonel Ryan Dillon.

*

Il y a trois ans, pratiquement jour pour jour, une coalition a été créée par les Etats-Unis de Barack Obama pour détruire l'organisation terroriste Daech/Etat islamique. N'allez surtout pas, comme certains novices qui ont une mémoire de poisson rouge, donner une once de mérite au bouffon actuel de la Maison Blanche! La guerre contre Daech a commencé quand Donald Trump faisait de la télé-réalité. Aucun sarcasme, c'est véridique. Cette coalition englobe de nombreux pays arabes (qui font de la figuration soit dit au passage, mais ça reste entre nous!) et quelques pays occidentaux (France, Royaume Uni, Australie, Pays-Bas, Belgique, Danemark et Canada). Ainsi, n'en déplaise aux fans de Vlad et de notre mouména3a el wataniyé, la majorité des frappes contre Daech sont assurées par l'armée américaine, 69% en Irak et 96% en Syrie. Eh oui, c'est facile à retenir, 6 & 9. Montrons-nous donc reconnaissants et pas aussi ingrats que les autruches. Sans l'armée américaine, les usurpateurs de l'islam et du califat seraient confortablement installés à Bagdad depuis un bail. Quant aux interventions de la Russie, de l'Iran et du Hezbollah en Syrie, elles visent essentiellement à sauver le régime syrien et à le présenter comme la seule alternative à l'Etat islamique. Leurs cibles prioritaires étaient depuis le début de la guerre civile syrienne, les groupes de rebelles modérés.

Le quatuor Poutine-Assad-Nasrallah-Khameneï font tout ce qu'ils peuvent depuis 2014 pour ne pas faire du combat contre l'organisation terroriste en Syrie une priorité. La bataille d'Alep était très révélatrice sur ce point, il n'y avait pas un seul combattant de Daech dans la ville depuis des années. Par contre, c'est grâce à près de 13 000 frappes aériennes contre Daech menées par la Coalition internationale en Irak, que l'armée irakienne (à dominante chiite) a libéré Mossoul (9 juillet), la plus grande ville de l'Etat islamique à son apogée, et Tel Afar, une ville située sur la route stratégique reliant la Syrie à l'Irak, le dernier bastion de Daech en Irak. Mais encore, c'est grâce aussi à plus de 9 000 frappes menées par la Coalition contre Daech en Syrie, que les « forces démocratiques syriennes », une coalition composée principalement de troupes kurdes sunnites, mais aussi de troupes arabes sunnites et des chrétiens syriaques, ont réussi à libérer complètement la veille ville de Raqqa, la capitale de l'Etat islamique en Irak et au Levant. C'est justement ce qu'a annoncé hier Brett McGurk, l'envoyé spécial du président américain auprès de la Coalition.

Acculée, l'organisation terroriste Daech est poussée dans ses derniers retranchements. Et comme par hasard, c'est donc au moment précis où 90% du territoire occupé autrefois par Daech viennent d'être libérés que le quatuor infernal a décidé d'exfiltrer près de 500 jihadistes aguerris du Liban, sans consulter la Coalition internationale bien entendu, de les parfumer à l'eau de Cologne et d'aller les conduire sous bonne garde et escorte dans des bus climatisés vers la zone la plus éloignée de Damas, le gouvernorat de Deir el-Zor, dans la ville d'al-Bukamal, un carrefour commercial important de l'Empire romaine, puis du royaume de Palmyre et de l'Empire ottoman, et qui se trouve aujourd'hui par la malédiction d'Assad sous les griffes de l'Etat islamique. Et ça prétend combattre Daech! Chapeau les gars. De la frontière syro-libanaise à la frontière syro-irakienne avec un timing digne des grands stratèges, ce moment précis où Daech est sur le point de s'effondrer en Irak! What else? Et c'est comme ça, au gré des mensonges, le Hezbollah fait de l'humanitaire, le Liban a vaincu le terrorisme, l'Irak est un pays ingrat et la Coalition internationale, ainsi que votre obligé, jouent constamment aux trouble-fêtes. Bienvenue dans le monde surréaliste d'Orient.


Le mot de la fin est pour ces personnes qui poussent des cris de vierges effarouchées, dès qu'on critique l'anomalie que constitue la situation du Hezbollah au Liban, et qui cachent leur pudeur de gazelle, comme leur sympathie pour la milice chiite libanaise, avec une feuille de vigne. Prenons à tout hasard Dima Sadek, ex-OTV et ex-Safir. La journaliste de la LBCI est plus prompte à gober « tout ce qui figure dans le communiqué du Hezbollah », qu'à se donner la peine de prendre connaissance des communiqués et des déclarations de la Coalition internationale. Pire encore, elle croit sérieusement qu'elle a inventé l'eau tiède dans les domaines de l'humanitaire et de l'humanisme avec « pour moi, tuer est une ligne rouge ». Plus grave encore, elle s'offusque que certains puissent comparer le Hezbollah à Daech, alors que tout ce que le parti chiite demande c'est « d'épargner les civils » et s'indigne qu'on puisse insulter « celui qui a défendu les civils pendant cinq ans » et j'en passe et des meilleures. Mamma mia ! Wallah, sans doute en Syrie aux côtés du tyran de Damas, et bien sûr au Liban un certain 14 février 2005, 22 personnes tuées, comme le 8 mai 2008 d'ailleurs, 75 morts! Incroyable cette obstination du Hezbollah et de ses partisans, déclarés ou refoulés, à jouer aux illusionnistes et ne plus savoir quoi inventer pour faire disparaître dans la nature plus de trois cents jihadistes de Daech, membres d'une organisation terroriste ayant assassiné en Orient et en Occident des milliers de personnes, dont dix soldats de l'armée libanaise, deux par décapitation.

Que les hypocrites humanistes se rassurent, personne de la Coalition internationale ne veut transformer les jihadistes en pâté pour crocodiles. Personne non plus ne veut les gracier des crimes qu'ils ont commis. Ils seront traités selon le droit de la guerre et les conventions internationales en vigueur. Ils ne sont pas les premiers monstres sur Terre et ils ne seront pas les derniers. Et c'est surement pas des gens du Hezbollah et des régimes syrien et iranien, qui viendront nous donner des leçons humanitaires et humanistes dans ce domaine. Quant aux civils, ils peuvent se mettre en sécurité à tout moment où ils le décident et quand le trio Daech-Hezb-Assad les laissera partir. S'ils restent auprès des jihadistes, c'est justement pour les protéger et assurer la bonne exécution du deal terroriste. Ils deviennent volontairement des « boucliers humains ». Alors, au lieu que Hassan Nasrallah et Bachar el-Assad jouent aux vierges effarouchées, ils auraient dû ne pas mêler les jihadistes aux civils dès le départ. Ils ont cru faire les malins. Raté. Comme c'est trop tard maintenant, ils feraient mieux de mettre leur energie pour les convaincre de cesser leur lâcheté légendaire et de laisser les civils partir à Deir el-Zor sans eux.

Une dernière chose, faire croire, laisser entendre, suggérer ou insinuer, que le Hezbollah libanais et le régime syrien de Bachar el-Assad seraient plus soucieux de la vie humaine que les pays de la Coalition internationale est non seulement risible, c'est aussi abject.

jeudi 31 août 2017

Encore ce triomphalisme insolent du Hezbollah en août 2017, comme en mai 2008 et en juillet 2006, et toujours des béni-oui-oui pour l'applaudir (Art.460)


Même pas peur du ridicule, la suite. « Nous avons mené des raids aériens qui ont créé un cratère et détruit un petit pont, afin d'empêcher le convoi (de centaines de jihadistes de Daech évacués du Liban) de progresser vers l'Est (de la Syrie)... Si nous pouvons frapper l'Etat islamique ou nous sommes en mesure de le faire sans nuire aux civils, nous le ferons. » C'est ce qu'a déclaré hier, le colonel Ryan Dillon, le porte-parole de la Coalition internationale. Il y a 96% de chances que ça soit un avion américain. Comme c'est enquiquinant. Après les bus climatisés pour que les jihadistes ne souffrent pas trop de la chaleur accablante du désert syrien, les glaces à l'eau de rose pour relever la romance, la cellule psychologique spécialement dépêchée par Hassan Nasrallah pour atténuer le traumatisme du déracinement, les rasoirs Gillette distribués par Bachar el-Assad dans les bus pour que les affreux énergumènes se fassent tout beau, il va falloir qu'on leur trouve des chambres d'hôtel dans la région en attendant une éclaircie. Bon, pour tuer l'ennui, Asma el-Assad, une autre serpent de la Genèse comme Claire Underwood, grrrrrrr, profitera peut-être pour leur faire une visite guidée de la vieille ville de Palmyre. Le régime pourra même les déradicaliser et les réintégrer dans l'armée syrienne et réussir l'exploit de recycler ces jihadistes jetables. Trêve de plaisanteries, allons dans le vif du sujet.


Flashback. Fin juillet, le Hezbollah mène dans la précipitation, une opération milicienne que j'ai appelée « Anti-Liban 1 » sur le versant ouest de la magnifique chaine de montagnes de l'Est du Liban, pour couper l'herbe sous les rangers de la troupe. Quelque semaines plus tard, l'armée libanaise lance une opération militaire sur le versant ouest de l'Anti-Liban (Liban), baptisée « Fajr el-Jouroud », en faisant fi des désespérantes tentatives du Hezbollah pour établir une coordination officielle avec une opération milicienne déclenchée quelques heures plus tard à la hâte côté syrien, par la milice chiite libanaise et le régime alaouite syrien, qu'on peut appeler « Anti-Liban 2 ».

On nous dit que c'est dans l'intérêt du Liban, et patati et patata, et patatipatali et patatatipatala, blablabla. Ouf, si vous y arrivez, chapeau! Cette tragédie en trois actes qui s'est déroulée sur le mont Anti-Liban, quelle appellation ironique!, posent à certains Libanais dont je fais partie, trois problèmes majeurs.

. Le premier concerne le théâtre des opérations. Tout ou presque se déroule au Liban et pourtant, les dirigeants de l'Etat libanais sont aux abonnés absents ou presque. Pas de réunion de crise, pas de mobilisation générale, pas d'état de guerre, pas de déclaration saisissante, rien, que dalle. Tout ce qui semble les intéresser c'est l'application stricte du Code de la route aux bus de Daech.

. Le second concerne les cinq protagonistes. Ils sont tous considérés comme des entités terroristes (officiellement ou officieusement), par l'écrasante majorité des pays du monde, (pays arabes, européens et occidentaux notamment), à l'exception de l'armée libanaise, qui a le respect du monde entier. Voilà pourquoi les manigances de Hassan Nasrallah depuis des mois pour forcer la coordination-coopération entre le Liban et la Syrie étaient un vœu pieux et grotesque.

Gebran Bassil, ministre libanais des Affaires
étrangères et chef du Courant patriotique libre,
allié du Hezbollah depuis le 6 février 2006,
à deux jours d'intervalle svp !
. Le troisième concerne l'épilogue. Il renferme une fin heureuse et trois fins malheureuses. D'une part, le territoire contrôlé par Daech et Nosra est libéré. D'autre part, on apprend que les militaires kidnappés en août 2014 sont morts. Pire encore, ils auraient été tués en février 2015. Le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, l'a affirmé à trois reprises. La dernière fois, il a précisé que l'Etat libanais était même « en possession de photos des corps des militaires enlevés ». Il faut croire que le général tient à faire passer le message! Et pourtant, cela ne semble offusquer personne de l'échiquier politique et d'une partie de la société civile à l'indignation sélective: les dirigeants libanais ont décidé de prolonger le calvaire des familles des militaires de deux ans et demi. Et alors? Faut pas faire un drame! Plus grave encore, les terroristes de Daech et Nosra, sont repartis sains et saufs comme si de rien n'était, grâce au bon vouloir de Hassan Nasrallah et à la bienveillance de Bachar el-Assad, toujours dans l'indifférence générale des dirigeants libanais et d'une partie de la société civile, alors que les jihadistes sont responsables des attaques des positions de l'armée libanaise et des forces de sécurité intérieure dans la Bekaa en août 2014 (au cours desquelles, une trentaine de militaires ont été kidnappés et plusieurs dizaines tués et blessés), ainsi que de la décapitation et de l'exécution par balle de quatre militaires libanais en captivité (2014) et de l'exécution de huit autres dans des conditions non encore élucidées (2015).

Et dire que certains compatriotes ne savent plus quoi inventer pour défendre l'immonde et dédouaner les dirigeants de l'Etat libanais et du Hezbollah. « Ah mais tout s'est déroulé en Syrie! » Mais voyons, les jihadistes de Daech et Nosra n'étaient en réalité que des randonneurs adeptes du camping sauvage qui s'étaient égarés dans l'Anti-Liban peut être. Et les attaques, les enlèvements, les décapitations, les exécutions, les combats, les morts et les blessés, ils ont tous eu lieu en Syrie peut être aussi, allez savoir ! Pathétique. En tout cas, de deux choses l'une: soit l'Etat voulait arrêter ces criminels et les juger, mais ils sont filés clandestinement en Syrie, avec les guides de montagne du Hezb ; soit ils sont passés au vu et au su de tout le monde. Le premier cas pose le problème chronique du contrôle de la frontière syro-libanaise hermétiquement et dans les deux sens. Le deuxième pose le problème de la complicité des dirigeants de l'Etat libanais avec le Hezbollah.

*

Cela fait des semaines que je l'écris dans mes articles, le Hezbollah s'est lancé depuis cet été dans une recherche désespérée d'une « victoire ». Il lui en faut une, c'est vital. La communauté chiite libanaise en générale et les miliciens du Hezbollah en particulier ont été très éprouvés par les six années de guerre en Syrie. Ils ont perdu près de 2 000 combattants chiites dans une guerre civile enlisée, dans un pays voisin, pour sauver la tyrannie alaouite des Assad et s'embrouiller pour le reste du siècle avec les communautés sunnites arabes, par la faute d'Ali Khameneï, le guide suprême de la République islamique d'Iran, le seul à même de se prononcer sur les questions stratégiques de l'Internationale Chiite, à laquelle adhère le Hezbollah.

Qu'importe que « sa victoire » soit fausse. La « victoire divine » de juillet 2006 nous a couté plus de 1 200 morts et l'équivalent de 50% de notre PIB, contre 4% côté israélien, afin de libérer Samir Kuntar, un ressortissant libanais auteur d'une attaque terroriste palestinienne sur le territoire israélien commise en 1979 et du meurtre d'une fillette israélienne de quatre ans, tête écrasée avec la crosse d'un fusil devant son père, pour qu'il aille finir ses jours en combattant aux côtés du régime syrien. Qu'importe que « sa victoire » soit honteuse. Le « jour glorieux » de mai 2008 a fauché la vie de près de 75 Libanais, saboter l'autorité de l'Etat et mis le Liban tout entier à deux doigts de la guerre civile. Qu'importe que « sa victoire » soit humiliante. La « deuxième libération » d'août 2017, que le Hezbollah fêtera aujourd'hui, a conduit au retrait sous bonne escorte des terroristes de Daech et de Nosra, de l'Anti-Liban vers la Syrie, alors qu'ils sont responsables de l'exécution d'une douzaine de soldats de l'armée libanaise, dont au moins deux par décapitation et deux par une balle dans la tête, photographiée et diffusée sur les réseaux sociaux. On voit bien bien que le Hezbollah n'a rien à foutre ni du Liban ni des Libanais ni de l'armée libanaise. On pourra rajouter, ni des combattants chiites ni de la communauté chiite toute entière d'ailleurs. Ce qui compte pour le Hezb ce sont les intérêts de l'Internationale Chiite tels qu'ils sont fixés par wali el-fakih, Ali Khameneï.

*

Tous les Libanais sans exception sont aujourd'hui reconnaissants et fiers du sacrifice et de l'exploit de l'armée libanaise. Par sa combativité, sa force de frappe et sa puissance de feu, elle a magistralement rempli sa mission : libérer le territoire libanais occupé par l'Etat islamique et ramener à leurs familles, les dépouilles des enfants de la patrie sauvagement exécutés par cette organisation terroriste multinationale agonisante à dominante syro-irakienne. Ce point ne fait pas débat.

C'est sur le reste de l'histoire que les Libanais se divisent. Aujourd'hui, une frange de Libanais, les partisans du Hezbollah et du Courant patriotique libre, se rendront dans la Bekaa, à la demande du parti et de la milice chiite, pour fêter la « deuxième libération ». D'autres y seront de tout cœur avec eux. C'est leur droit. El-Baalbaki fait partie de celles et ceux qui n'iront nulle part et ceci pour trois raisons.

. Primo, figurez-vous el chabibé el taïbé ne savent pas compter. Mais enfin, ce n'est pas la deuxième libération dont il s'agit, mais de la troisième, pardi! La deuxième libération a eu lieu le 26 avril 2005, quand les troupes syriennes de la tyrannie des Assad ont quitté le Liban, après 29 ans d'occupation et tant de bombardements, de massacres, d'assassinats et de répressions. On pourra même dire que c'est la quatrième en fait, en reconnaissant que la première correspond à celle où l'on a mis fin à l'Etat dans l'Etat, à l'anomalie de l'époque que constituait l'OLP, l'Organisation de la Libération de la Palestine, au Liban. Que le Hezbollah ait commis cette erreur de comptage historique grossière, c'est compréhensible. Il l'a fait exprès. Il vit dans sa bulle. Puis, rappelez-vous, il a crié haut et fort un certain 8 mars 2005 « Merci la Syrie des Assad » et tenter désespérément de perdurer l'occupation syrienne du Liban. Mais alors, que le Courant patriotique libre, ne se rend pas compte de ce mépris, et aille applaudir naïvement à Baalbek l'héros du jour, c'est aussi incompréhensible qu'impardonnable.

. Secundo, l'invitation émane du Hezbollah et de ce fait, elle pose problème à certains compatriotes comme moi. Avec ce parti-milice le passif est lourd, très lourd. On y trouve le maintien de sa milice et la détention d'armes en violation de la Constitution libanaise et des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU 1701 et 1559 (27 ans après la fin de la guerre civile libanaise) ; les assassinats politiques dont celui de Rafic Hariri et de 21 autres personnes (mais diable, comment peut-on fêter quoi que ce soit avec le Hezb alors qu'en ce moment même, les victimes de l'attentat terroriste du 14 février 2005 sont à la barre du Tribunal Spécial pour le Liban à La Haye pour crier leur douleur!) ; la constitution d'un Etat dans l'Etat (armes, réseaux de télécommunication, contrôle du port de Beyrouth et de l'aéroport, zones de non droit, etc.) ; les violations de la souveraineté libanaise (les opérations Anti-Liban par exemple) ; l'implication du Liban dans la guerre civile en Syrie (qui est en partie responsable de l'afflux des réfugiés syriens et des jihadistes au Liban) ; sa classification comme entité terroriste par les pays arabes et européens (ainsi que les Etats-Unis) ; la volonté d'établir une république islamique chiite au Liban (comme l'affirment des dirigeants du Hezb régulièrement, la dernière fois c'était cheikh Naïm Qassem en 2016!) ; et j'en passe et des meilleures. Alors, ça va aller ou je continue ?



. Tertio, ce que le Hezbollah et le Courant patriotique libre, alliés depuis le 6 février 2006, fêtent aujourd'hui est totalement inacceptable. D'une part, la libération du territoire libanais de l'organisation terroriste Daech et le retour des dépouilles des militaires, c'est à l'armée libanaise que les Libanais le doivent. Ainsi, il revient à la troupe seule de le faire et sans aucun partage. Fêter quoi que ce soit avec une milice illégale alors que l'armée nationale est en deuil et n'a encore rien fêté en grande pompe, est tout simplement indécent! D'autre part, nous nous réjouissons bien entendu du fait que le Liban soit aujourd'hui débarrassé de l'autre organisation terroriste, Fateh el-Cham (ex-Nosra). Mais, nous n'avons rien demandé à la milice chiite, c'était à l'armée libanaise de le faire, et elle allait le faire si la milice chiite n'avait pas précipité son opération Anti-Liban 1. Pire encore, il n'a échappé qu'aux aveugles et aux autruches que le Hezbollah ne l'a fait que pour être sur le podium des vainqueurs justement, remonter le moral de ses troupes, ramener ses fidèles pour l'applaudir et tenter de convaincre les récalcitrants qu'il a apporté sa contribution à la libération du territoire libanais des jihadistes syriens et que de ce fait, « l'anomalie » qu'il constitue au Liban, est pleinement justifiée et doit perdurer ad vitam aeternam. Et puis au-delà de tout cela, comment n'éprouvent-ils aucune gêne à nous demander de fêter leur victoire, alors que la fin de l'histoire est tout simplement honteuse? Le Hezbollah et le régime d'Assad, des entités terroristes, ont négocié avec deux organisations terroristes, Daech et Nosra, qui ont attaqué l'armée libanaise, enlevé des militaires libanais et exécutés des enfants de la patrie, pour les laisser partir en Syrie, comme si de rien n'était. Non merci, c'est avec Gebran Bassil et le Courant patriotique libre peut-être, mais c'est sans nous. Comme l'affirme le colonel Ryan Dillon : « Leur prétention de combattre le terrorisme semble creuse lorsqu'ils permettent à des terroristes connus de transiter par le territoire qu'ils contrôlent. L'Etat islamique-Daech est une menace mondiale. La relocalisation d'un endroit à un autre, n'est pas une solution durable ». Et encore, il est très poli.

*

Parlons peu, parlons bien. Aujourd'hui, nous avons deux Liban irréconciliables. On a d'un côté, les Libanais qui gobent encore la mythologie du Hezbollah en 2017, comme en 2008 et en 2006, et de l'autre côté, les Libanais qui résistent à toute cette mascarade. Dans votre Liban, les assassins échappent à la justice, qu'ils aient tué un Premier ministre ou des soldats. Dans notre Liban, ils sont capturés, jugés, condamnés et emprisonnés. Dans votre Liban, vous fêterez la « deuxième libération » autour d'une milice illégale, dans la joie, la bonne humeur et l'amnésie générale. Dans notre Liban, nous fêterons la « quatrième libération », après avoir enterré dignement nos morts et une période décente de deuil, avec l'armée libanaise seule et sans partage.

lundi 28 août 2017

Chronique d'une mort annoncée : le martyre des familles des militaires enlevés, le sacrifice de l'armée, la barbarie de Daech, l'hypocrisie de l'Etat libanais et les manigances du Hezbollah (Art.458)


- Dimanche 27 août, 5h22 du matin. L'armée libanaise annonce dans un communiqué qu'elle effectuera une pause dans ses opérations menées sur la chaine de montagnes de l'Anti-Liban, Fajr el-Jouroud. Le cessez-le-feu qui doit entrer en vigueur à 7h du matin est censé permettre à ceux qui sont impliqués dans ce dossier « d'engager la dernière étape des négociations (avec Daech) concernant le sort des militaires enlevés (en août 2014) ». Lueur d'espoir.


Hussein Youssef, père du soldat Mohammad Youssef,
porte-parole des familles des militaires libanais enlevés
par l'organisation terroriste Daech en août 2014

8h40. Le « média militaire » du Hezbollah annonce que « les tirs ont cessé à 7h du matin de ce dimanche, dans le cadre d'un accord global pour mettre fin à la bataille dans le Qalamoun de l'ouest (Syrie) contre l'organisation Daech ». Tiens, tiens, à « 7h » du matin aussi et « accord global », comme par hasard! Mais enfin, dans le Qalamoun libanais, l'armée libanaise a annoncé son cessez-le-feu 3 heures et 18 minutes avant celui de la milice chiite libanaise et du régime syrien. Il n'échappe à personne que le but de cette manœuvre basse du Hezbollah est de faire croire qu'il y a une « coordination » entre l'armée libanaise et l'armée syrienne. Ridicule et grotesque.

- Vers 9h30. Le ministre libanais de la Défense, Yakoub Sarraf, déclare de Ras Baalbek: « Comme nous avons préparé la bataille des Jouroud et nous l'avons gagné, l'armée prépare le retour des kidnappés et elle l'assurera ». Quant à Gebrane Bassil, ministre libanais des Affaires étrangères, qui était lui aussi sur place, pas loin du front, il a fait savoir : « Nous avons une pensée pour les militaires enlevés », ainsi que pour deux évêques orthodoxes syriens et un photographe libanais disparus en Syrie en 2013. Rayon d'espoir.

- Vers 10h, Abbas Ibrahim, le directeur général de la Sûreté générale, l'officier chargé par l'armée de suivre l'affaire, affirme devant les caméras de la chaine du Futur que « le dossier des militaires otages de l'organisation terroriste Daech sera refermé aujourd'hui ». Premier malaise.

- Vers 13h. Les familles des militaires enlevés s'activent et se rassemblent place Ryad el-Solh à Beyrouth. Malgré la tension, elles affirment qu'elles ont toujours une « lueur d'espoir » de revoir leurs fils sains et saufs. Le père de l'un d'entre eux, Hussein Youssef , porte-parole des familles des militaires, a résumé la situation en ces termes : « Nous vivons une tragédie et une douleur et nous nous attendons à une nouvelle horrible et cruelle, mais nous espérons que ça sera un mensonge ». Hussein Youssef est d'une noblesse et d'une dignité remarquables, qui contrastent avec l'hypocrisie incompréhensible de l'Etat libanais et les basses manigances du Hezbollah.

- Vers 16h. Des médias officiels syriens annoncent « qu'après les succès réalisés par nos forces armées (syriennes) en coopération avec la résistance nationale libanaise (milice chiite) dans les jouroud du Qalamoun de l'ouest (Syrie), l'accord conclu entre le Hezbollah et l'organisation terroriste Daech a été approuvé (par le régime alaouite syrien) ». Deuxième malaise. Tenez-vous bien, selon les termes de l'accord, le régime de Damas permettra aux jihadistes de Daech de se retirer des zones frontalières libano-syriennes pour aller s'installer dans l'Est de la Syrie, Deir el-Zorr. Comprenne qui pourra! Daech s'engage aussi à remettre au Hezbollah les dépouilles de cinq miliciens chiites libanais tués en Syrie. Quelle magnifique entente entre des gens civilisés, n'est-ce pas? Pour rappel, le régime de Bachar el-Assad, le Hezbollah et Daech, sont considérés par la quasi totalité de la communauté internationale, officiellement ou officieusement, comme des entités terroristes.

- Vers 16h30. Les habitants du village chrétien de Qaa, qui se situe à un jet de pierre de la frontière syro-libanaise et des combats menés par l'armée libanaise contre Daech et qui a été frappé par huit attentats-suicides le 27 juin 2016 (ayant fait cinq morts et une trentaine de blessés) dénoncent l'hypocrisie régnante et les manigances en cours, et déclarent : « Nous nous demandons étonnés, pourquoi on fait passer ces terroristes en Syrie, avant de les interroger et de les punir par des sanctions appropriées? Est-ce que le sang de nos héros innocents ne mérite pas une enquête pour connaître les circonstances de ce crime terroriste, qui l'a organisé et dans quel but? » Troisième malaise de la journée.

- Vers 17h, Abbas Ibrahim, annonce devant les familles des otages à bout de forces et de peine, que les militaires qui étaient otages de Daech sont probablement morts. « J'aurai souhaité que ce dossier soit clos comme les précédents. Malheureusement, il a été clos par une page noire. » Quatrième malaise.

- Vers 19h, l'armée libanaise annonce que « les dépouilles des huit personnes » découvertes dans la localité de Wadi el-Dib, qui se situe dans Jouroud Ersal, seront transférées à l'hôpital militaire afin d'effectuer des tests ADN et de les identifier. L'identification peut prendre des jours, voire des semaines, selon l'état des dépouilles. D'après les premières infos, il s'agirait probablement du corps des militaires (nombre, lieu, vêtements, chaussures, etc.) et leur mort serait ancienne. Cinquième malaise.

- Vers 21h30. Abbas Ibrahim déclare via la chaine NBN : « La Sûreté Générale avait des informations (depuis février 2015) sur l'exécution des militaires dans Wadi el-Dib ». Cet aveu sincère passe comme si de rien n'était, alors qu'il soulève beaucoup d'interrogations.

- Flashback. Jeudi 24 août. Hassan Nasrallah révèle l'existence de « négociations » entre le régime terroriste d'Assad et l'organisation terroriste de Daech, qui concernent entre autres, la libération des militaires libanais enlevés par les jihadistes de l'Etat islamique en aout 2014. Pour que les négociations aboutissent et y parvenir, le chef du Hezbollah fait savoir « qu'une coopération avec Damas et une demande officielles de la part du Liban sont nécessaires ».

Le 2 aout 2014, trente militaires ont été enlevés dans la région d'Ersal par les deux organisations terroristes, Daech et Al-Nosra (actuellement Fateh el-Cham): 4 seront exécutés rapidement (deux décapités/Daech et deux par balles/Nosra),  1 décédera de ses blessures, 1 rejoindra Daech, 16 seront libérés par Al-Nosra en 2015 et 8 auraient été exécutés par Daech en février 2015 (photo)

Entre le martyre des familles des militaires enlevés, le sacrifice de l'armée, la barbarie de Daech, l'hypocrisie de l'Etat libanais et les manigances du Hezbollah, vous venez de lire la chronique d'un dimanche qui restera dans les annales et les mémoires.

Les trois premiers points sont indiscutables.
. Rien qu'à regarder le visage digne de cet homme, Hussein Youssef, le père de Mohammad Youssef, on comprend que le martyre des familles des militaires libanais était immense. Leur calvaire a duré trois ans, plus de mille et une nuits d'affliction insoutenable. Et ce n'est pas fini.
. Le sacrifice de l'armée libanaise n'échappe à personne. Elle vient de réaliser deux choses : d'une part, libérer un territoire du Liban des jihadistes de Daech, et d'autre part, prouver aux yeux de tous, à l'exception des aveugles et des autruches, les limites militaires d'une milice-guérilla, incapable d'écraser une organisation terroriste comme Daech seule.
. Nul n'avait besoin de cet acte funeste pour découvrir la barbarie de Daech, une organisation terroriste, sans foi ni loi.

Ce qui pose problème pour une partie des Libanais ce matin, ce sont les deux autres points. Qui a suivi l'actualité libanaise de près ce dimanche, ne peut que parvenir à deux conclusions incontournables.

. D'un côté, il est clair que des responsables de l'Etat libanais savaient que les militaires libanais enlevés en août 2014 ont été exécutés par l'organisation terroriste Etat islamique en février 2015. Ils ne l'ont pas dit aux familles éplorées. On nous embobinera par une formule bidon du genre, on voulait les protéger. L'hypocrisie de certains dirigeants libanais est affligeante! Pire encore, ils ne l'ont pas dit aux Libanais attristés non plus. Eh oui, il ne faut pas oublier, cette affaire est aussi, celle de tous les citoyens qui ont encore une fibre humaniste et patriotique. Plus grave encore, ils ne l'ont pas dit aux braves soldats de l'armée libanaise engagés dans l'opération Fajr el-Jouroud, pour libérer la terre et les hommes. Comment je peux en être certain? Mais enfin, dans le cas contraire, il n'y aurait pas eu ni de cessez-le-feu ni de communiqué ni de tweet à 5h22 du matin!

Par conséquent, les familles, les Libanais et les soldats de l'armée libanaise sont aujourd'hui en droit d'exiger des responsables libanais trois réponses concrètes: qui savait que les militaires ont été exécutés, qui a décidé de ne pas révéler leur assassinat et pourquoi a-t-on gardé leur exécution secrète pendant deux ans et demi? Une commission d'enquête doit être créée et chargée de faire toute la lumière sur cette sombre affaire. D'ici là, le président de la République Michel Aoun et le Premier ministre Saad Hariri, doivent expliquer aux Libanais, au nom de quoi et de qui, l'Etat libanais laisse une milice accorder aux assassins des enfants de la patrie, le droit de partir en Syrie, comme si de rien n'était et sous bonne garde, du régime de Damas?

. D'un autre côté, dans sa précipitation, le Hezbollah, qui était à la recherche désespérée d'une victoire rapide et nette au Liban -pour remonter le moral de ses troupes, miliciennes et civiles, très éprouvées par six années de guerre en Syrie (ayant fait près de 2 000 morts dans leurs rangs)- a accumulé les erreurs ces derniers temps. Il a cru que la « coopération-coordination » entre le gouvernement libanais et le régime syrien était une chose acquise, grosse erreur. Il y travaille depuis plusieurs mois. Rappelez-vous, au début, on parlait de coopération au sujet du retour des réfugiés syriens du Liban en Syrie. Ça n'a pas marché. Le Hezb a été surpris par la résistance côté libanais. C'est à ce moment qu'il a précipité son opération milicienne contre al-Nosra, fin juillet, pour couper l'herbe sous le pied des soldats libanais et les forcer à coopérer. Echec aussi. L'armée libanaise lance son opération militaire contre Daech en ignorant le Hezbollah. Coincé, il décide alors de traverser la frontière de l'Anti-Liban pour aller se battre contre Daech aux côtés de l'armée syrienne, et faire croire qu'il y a coordination. La troupe libanaise écrase Daech plus vite que la milice libanaise ne le pensait. Cette dernière avait encore une fois, sous-estimé la rapidité, la réactivité et la puissance de l'armée libanaise. Les opérations militaires de l'armée libanaise étaient à leur fin et toujours pas de coopération réelle. Le Hezb décide alors de dépêcher des ministres pro-syriens à Damas et déclare qu'il y avait coopération, mais que du côté libanais, on ne veut pas l'avouer. En vain. Acculé, il s'est souvenu subitement du sort des militaires libanais retenus en otages par Daech. Belote et rebelote, si vous voulez les libérer, il faut coopérer avec Damas. Ça ne marche toujours pas. Fajr el-Jouroud entre dans sa dernière phase, Daech est pratiquement écrasée, l'armée libanaise annonce dimanche à 5h22 un cessez-le-feu pour 7h sur le versant ouest de l'Anti-Liban (Liban), afin de permettre à Abbas Ibrahim de faire la lumière sur le sort des militaires libanais enlevés. Précipitation du Hezb, qui annonce 3 heures et 18 minutes plus tard, à 8h40, qu'un cessez-le-feu est entré en vigueur à 7h du matin, côté syrien aussi. C'est c'là oui! C'est la dernière tentative en date pour faire croire aux naïfs de la dernière pluie, qu'il y a coopération et coordination des opérations militaires entre le Liban et la Syrie. 

La suite, nous la connaissons maintenant. Les militaires libanais auraient été exécutés par Daech vers le mois de février 2015. Le Hezbollah le savait forcément. Toutes ses manigances depuis le début de l'été jusqu'à ce dimanche inclus, n'avaient qu'un seul et unique but : forcer le gouvernement de Saad Hariri à coopérer avec le régime terroriste de Bachar el-Assad. Tout le reste n'est que poudre aux yeux. Ce soir, Hassan Nasrallah doit s'expliquer et répondre à deux questions fondamentales que se pose tout citoyen patriote et humaniste libanais : pourquoi a-t-il délibérément utiliser le dossier des militaires libanais enlevés par Daech à des fins politiciennes, et surtout, au nom de qui et pourquoi, la milice chiite du Hezbollah laisse filer les terroristes de Daech en Syrie, ceux qui ont assassiné les militaires libanais, sous la bonne garde du régime alaouite de Bachar el-Assad?

J'avais terminé mon article du 19 août « Liban vs. Daech : afin que le combat, l'effort et le sacrifice de l'armée libanaise ne soient pas vains », par le paragraphe suivante : « Si le pouvoir politique au Liban et le Hezbollah ne font pas ce que leur impose le devoir patriotique envers la nation (donner l'ordre à l'armée libanaise de tenir la frontière syro-libanaise d'une main de fer et la contrôler dans les deux sens; retirer tous les miliciens du Hezbollah de Syrie), le combat, l'effort et le sacrifice de l'armée libanaise seront vains. Hélas, ça ne sera pas la première fois dans l'histoire que des politiciens gaspillent les bénéfices d'une victoire durement gagné par les militaires. » C'est toujours vrai et plus que jamais.