mercredi 19 juillet 2017

Et si Bachar el-Assad, comme Daech, souhaitait la colonisation du Liban via les réfugiés syriens ? (Art.450)


Doigt d'honneur, allez vous faire foutre,
fuck you, khedo ya ekhwet el charmouta...
appelez-la comme vous voulez, c'était la
campagne publicitaire de Reporters Sans
Frontières pour dénoncer les 35 prédateurs
de la liberté de la presse (2013)
Gandhi ne croyait pas si bien dire, « le monde est fatigué de la haine ». De part et d'autre, des Libanais et des Syriens, partisans ou opposants au régime terroriste de Bachar el-Assad, font consciemment ou pas, par conviction ou par omission, tout ce qui possible et imaginable pour inciter les populations libanaise et syrienne à la haine respective des réfugiés syriens au Liban et de l'armée libanaise. Dans ce melting pot, on trouve de tout, des citoyens, des déplacés, des activistes, des réfugiés, des journalistes, des leaders politiques et des hommes religieux, des deux nationalités et de toutes tendances politiques et appartenances religieuses confondues. Tout le monde s'y met. A suivre l'actualité du Liban ces derniers jours, on dirait que nous autres Libanais, n'avons pas appris grand-chose du passé, et vous autres Syriens, non plus d'ailleurs. Et ce n'est certainement pas le début des combats sur les chaines montagneuses de l'Anti-Liban, qui séparent le pays du Cèdre de la Syrie, qui apaisera les mentalités des uns et des autres. 


I. LES LEÇONS DE L'EXPERIENCE PALESTINIENNE AU LIBAN (1948-1982)

La désastreuse expérience palestinienne au Liban entre 1948 et 1982, aurait dû nous amener à comprendre trois choses.

. Primo, même avec toute la bonne volonté du monde, aucun pays ne peut accueillir à long terme des réfugiés en masse d'une même nationalité, sans problèmes et sans risques de déstabilisation. Le Liban ne fait pas exception, bien au contraire. Qu'importe les erreurs commises par les Palestiniens et les Libanais, notre expérience en la matière l'a magistralement démontré. Tenez, et si on allait voir ce qui se passe ailleurs? En Turquie par exemple.

Erdogan qui a envisagé un temps à l'été 2016, l'éventualité de naturaliser les 2,75 millions de réfugiés syriens en Turquie, n'a pas pu éviter le tollé médiatique que son annonce avait provoqué dans les médias et les réseaux sociaux. Ce fut la goutte d'eau qui avait débordé le vase. Aussitôt des propos anti-réfugiés ont inondé les réseaux sociaux turcs sous le hashtage #ülkemdeSuriyeliistemiyoru, #JeneveuxpasdeSyriensdansmonpays. Personne au Liban comme en Syrie des gaillards de la dernière pluie, n'avait songé traiter les Turcs de racistes et de xénophobes, sachant par ailleurs que la Turquie n'a jamais accepté accorder aux Syriens le statut de réfugiés. Le Liban, si ! L'écrasante majorité de ces derniers n'est pas installée dans des camps et vit dans des conditions précaires, comme l'a souligné un rapport récent du Conseil de l'Europe. Là aussi, personne ne s'en émeuve. C'est comme au Liban en fait, sauf que la Turquie devrait encore accueillir 22 millions de réfugiés syriens, càd toute la population syrienne de Syrie, pour battre notre record, 3 autochtones pour 1 ressortissant syrien. Et là encore, ça ne semble déranger personne de notre contrée. 


Erdogan n'est évidemment pas fou, il sait que le taux de natalité de la Turquie est très faible et que des études sur le terrain ont montré que de toute façon, 3/4 des Syriens en Turquie n'envisageaient pas de retourner en Syrie. Ailleurs, en Allemagne, on s'apprête à programmer le retour de 200 000 réfugiés syriens en Syrie, sans que cela ne suscite de déchainements hystériques particuliers contre les Allemands dans les populations libanaises et syriennes. Certes, nous avons des compatriotes aux propos et aux comportements nauséabonds, mais débattre du fardeau des réfugiés syriens au Liban ou ne serait-ce qu'évoquer le problème, et l'on est vite ostracisé par une frange bien pensante de Libanais et de Syriens. 

Toujours est-il que l'expérience palestinienne aurait dû nous faire réfléchir sérieusement sur l'accueil massif de ressortissants d'une même nationalité à long terme. Et sur ce point les ex-8Mars et 14Mars sont tout aussi fautifs les uns que les autres. 

. Secundo, la souveraineté de l'Etat libanais doit être totale sur le territoire libanais, y compris et surtout, dans les camps de réfugiés. Aucune exception ne peut être tolérée sous quelque prétexte que ce soit. Le camp d'Ain el-Heloui au Sud-Liban même de nos jours, comme celui de Nahr el-Bared au Liban-Nord il y a quelques années, qui sont de facto des territoires palestiniens non soumis à la souveraineté libanaise, nous rappelle que ce point est capital. Il ne faut pas seulement voir les choses telles qu'elles sont aujourd'hui, mais telles qu'elles peuvent l'être demain. La guerre civile en Syrie peut se libaniser et même se soudaniser, voire s'éterniser. Tout a commencé avec quelques milliers de réfugiés en 2012, il y a aujourd'hui près de 1,5 million de réfugiés et de déplacés syriens sur le territoire libanais. On parle déjà de 150 000 Syriens nés au Liban. Certains ressortissants syriens y sont depuis plus de 5 ans. Ils peuvent rester encore 5, 10 ou 15 ans, voire plus. Qui exclut une telle éventualité est soit un naïf qui passent trop de temps sur Instagram, soit un suspect qui a un agenda obscur.

. Tertio, il est irresponsable et très dangereux de faire des réfugiés, des ennemis. Aujourd'hui, plus de 450 000 réfugiés palestiniens sont installés au Liban. L'exode avait commencé avec la création illégale de l'Etat d'Israël sur la Palestine. A moins d'un miracle, ils ne retourneront jamais ni en Palestine ni en Israël. On ne pourra pas, et on ne voudra pas, les naturaliser pour des raisons à la fois démographiques communautaires (la majorité étant sunnite), mais aussi pour des raisons patriotiques (leur amour du Liban laisse à désirer et leur relation avec les chrétiens libanais est assez mauvaise). Les villes dans lesquelles ils vivent, appelées encore des camps, sont de facto des territoires palestiniens pas vraiment soumis à la souveraineté libanaise, gérés par différentes milices palestiniennes armées, en violation des lois libanaises, de la Constitution libanaise et des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU. Pour résumer, disons que les Palestiniens du Liban ne peuvent ni rester ni partir. A qui la faute? Aux Juifs sionistes, aux Ottomans, aux Anglais, aux Palestiniens, aux Libanais, aux Arabes et à toute la communauté internationale, qu'importe. Le Liban a un énorme problème chronique qui n'est pas prêt de disparaître par enchantement. Alors, il faudra décider, est-ce qu'on veut vraiment aujourd'hui transformer les 1,5 million de ressortissants syriens installés au Liban pour un temps indéterminé, en ennemis ?


II. L'APPLICATION DES LEÇONS PALESTINIENNES AU DOSSIER DES REFUGIES SYRIENS

Partant de ces trois leçons, qui aborde sérieusement et impartialement le dossier des réfugiés syriens au Liban, doit parvenir respectivement à ces trois conclusions.

. D'abord, il est impératif d'envisager l'établissement de camps de réfugiés en territoire syrien dans les zones frontalières ou dans les régions syriennes situées en dehors des combats. La construction de ces camps, l'installation des réfugiés-déplacés et la sécurisation des personnes, doivent être menées sous l'égide de l'ONU. 

Poste d'observation de l'armée libanaise
dans la région de Jurd Ersal (chaines Anti-Liban)
Photo Hussein Malla, AP (juin 2016)
. Ensuite, il ne peut être question d'avoir des camps syriens au Liban interdits à l'armée libanaise et des ressortissants syriens armés sur le territoire libanais. Ce sont deux principes non négociables. Aujourd'hui, tout le monde sait que le long de la frontière syro-libanaise, se cachent près d'un millier de jihadistes appartenant à deux organisations terroristes à dominante syrienne, Daech/Etat islamique, Jabhat al-Nasra/Ahrar el-Cham/Al-Qaeda. Ils détiennent encore une dizaine de militaires libanais en otage. Il est donc nécessaire pour la sécurité des Libanais comme des réfugiés syriens, de les neutraliser au plus vite et en finir une fois pour toutes. Qui veut se battre n'à aller en Syrie. On peut bien sûr lier leur présence à l'intervention du Hezbollah libanais aux côtés d'Assad. Mais il faut reconnaître aussi que bien avant l'implication massive de la milice libanaise en Syrie, il y avait des éléments de l'Armée syrienne libre sur le territoire libanais. Cela étant dit, ce n'est ni à l'armée du régime syrien ni à la milice chiite libanaise de le faire. Les combats qui ont commencé ce vendredi 21 juillet sur les chaines montagneuses de l'Anti-Liban (dans le jurd d'Ersal, à Qaa et à Ras Baalbeck), impliquant ces deux formations, constituent une violation grave de la souveraineté de l'Etat libanais. Qui ne les dénonce pas clairement est forcément partisan par omission ou par conviction de l'axe Nasrallah-Assad-Khamenei-Poutine. En conséquence, il revient à l'armée libanaise seule de neutraliser ces jihadistes, mais aussi, la sphère des ex-8Mars l'oublie souvent, de fermer la frontière syro-libanaise dans les deux sens, ce qui impliquerait l'interdiction aux miliciens libanais chiites du Hezbollah de passer en Syrie. Eh oui, il est grand temps de mettre un terme à la privatisation de la souveraineté libanaise par certains. 

. Enfin, il serait particulièrement stupide de considérer de paisibles réfugiés syriens au Liban de potentiels terroristes. Dans ce domaine, la règle est très simple, la loi libanaise doit s'appliquer à tous, Libanais comme Syriens. Et qui jugent que la loi libanaise est insuffisante, pour gérer la concurrence économique déloyale par exemple, n'a qu'à militer pour la changer, et non pour appliquer ses propres fatwas. Rouer de coups un Syrien, quelle que soit la raison, est un acte abominable, mais ça reste un fait divers contrairement à ce que voudraient faire croire certains Libanais et Syriens. Ce qui est beaucoup plus inquiétant, c'est l'interdiction de circuler la nuit, imposée par certaines municipalités libanaises à tous les ressortissants syriens de leurs communes. Cette discrimination doit cesser


III. LES LEÇONS DE L'EXPERIENCE SYRIENNE AU LIBAN (1976-2005)

La désastreuse expérience syrienne au Liban entre 1976 et 2005, aurait dû elle aussi nous apprendre trois choses.

Bachar el-Assad, prédateur de
la liberté de la presse (RSF 2013)
. Primo, Bachar el-Assad n'est ni un ami ni quelqu'un qui nous veut du bien. C'est tout le contraire, c'est un ennemi qui nous veut du mal. C'est un grand prédateur, pas seulement pour la liberté de la presse ! Son refus de longue date de tracer la frontière syro-libanaise une fois pour toutes et pour l'histoire, le prouve magistralement. Aujourd'hui, le dernier tyran des Assad a trois moyens de nuire gravement au Liban.

D'abord, en restant au pouvoir sans envisager une transition politique, ce qui conduira inévitablement à l'enlisement du conflit militaro-politique en Syrie et au prolongation ipso facto du séjour des réfugiés syriens au Liban. 

Ensuite, en concoctant des projets de déstabilisation du pays du Cèdre à chaque fois qu'il sentira que les intérêts de son régime au Liban sont menacés. Rien de nouveau avec la tyrannie des Assad. De Bachir Gemayel à Rafic Hariri, l'assassinat politique est une pratique très prisée par les tyrans de Damas. Tel père, tel fils, deux malédictions pour le Liban comme pour la Syrie, depuis 1970. Outre les assassinats politiques, il faut rajouter les tueries de masse. Les deux dernières fois c'était à travers un double attentat à Tripoli devant des mosquées sunnites (dont l'exécution était confiée aux leaders alaouites libanais, les Eid ; c'était en aout 2013, 42 morts et 500 blessés ; le fils recherché par la justice libanaise est actuellement réfugié en Syrie), mais aussi à travers le grand projet terroriste pour embrasser et replonger le Liban dans les tensions communautaires dont l'exécution était confiée à Michel Samaha (arrêté en août 2012 et condamné en 2016 à 13 ans de prison et de travaux forcés ; le projet d'Assad prévoyait plus d'une vingtaine d'attentats au véhicule piégé et des assassinats ciblés, visant des hommes religieux sunnites et maronites).

Enfin, en manipulant le dossier des réfugiés syriens. Et là curieusement, les intérêts du régime terroriste d'Assad rejoignent ceux des organisations terroristes islamistes (Daech, Nosra, etc.). Ce nouveau front vise le même objectif avec la même détermination : l'installation à long terme des ressortissants syriens réfugiés et déplacés au Liban. Pour Daech c'est évident, le Liban n'existe pas, il fait partie du califat islamique. Pour le régime, c'est encore plus clair: les Assad père et fils, n'ont jamais accepté de tracer les frontières entre le Liban et la Syrie, car viscéralement ils considèrent le pays du Cèdre comme une partie intégrante de la Syrie. C'est de loin, la capacité de nuisance la plus grave, d'où la suite.

. Secundo, si en plaisantant on dit à juste raison qu'un Assad est un « lapin dans le Golan » mais un « lion au Liban », on pourra rajouter que père et fils sont des renards rusésPar exemple, de 1976 à 2005, la Syrie n'occupait pas officiellement le Liban, les troupes syriennes répondaient à une demande légale émanant du pouvoir libanais. C'est contraint, forcé et humilié que Bachar el-Assad s'est vu obliger de rapatrier les troupes syriennes du Liban, grâce à la pression conjointe du peuple libanais (rassemblé le 14 mars 2005 après l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri ; à l'exception des partisans du Hezbollah et du régime) et de la communauté internationale. Son obsession depuis le 26 avril 2005, c'est d'y revenir

Aujourd'hui, la guerre civile syrienne offre à tous les nationalistes syriens qui ignorent la souveraineté libanaise, comme Daech et Al-Nosra, ou qui ne la reconnaissent que du bout des lèvres, notamment le régime de Bachar el-Assad, une chance historique de « coloniser » le Liban via les réfugiés et les déplacés syriens installés au Liban. Par la colonisation du Liban avec des ressortissants syriens, Bachar el-Assad réalisera le rêve de son père et le désir des nationalistes syriens, qu'ils soient islamistes ou pas. 

Pour ce faire, ce « front anti-Liban » doit passer par trois moyens : inciter les populations syriennes réfugiés au Liban à haïr le Liban, les Libanais et l'armée libanaise (présentés respectivement comme un pays hostile, des racistes et des brutes; comme le démontre la campagne haineuse qui a suivi l'opération militaire du 30 juin dans les camps syriens d'Ersal), taper sur la fibre nationaliste de la Grande Syrie (pour faire oublier la guerre civile), empêcher les réfugiés et les déplacés syriens au Liban de rentrer en Syrie (d'où le refus absolus du régime depuis 2012 de construire des camps de réfugiés en territoire syrien et l'insistance suspecte sur la coordination entre l'Etat libanais et l'Etat syrien). 

Certes, Bachar el-Assad voudrait faire rentrer les Syriens déplacés chez eux au plus vite, pour annoncer la fin de la guerre et se déclarer grand vainqueur. Mais, il n'en a plus besoin. Ce n'est qu'un secret de Polichinelle, le maintien au pouvoir de Bachar el-Assad à long terme est une chose pratiquement acquise sauf grand miracle. Aujourd'hui son objectif est plutôt de laisser une grande partie des réfugiés et des déplacés syriens au Liban, ad vitam aeternam. C'est tout bénef. D'une part, ils seront à la charge des autres et il n'aura pas à s'en occuper, et d'autre part, il pourra ainsi réaliser civilement ce que lui et son père n'ont pas réussi à faire militairement, annexé le Liban par la Syrie, de facto dans un premier temps, et de jure dans un second temps. Encore une fois, il faut se projeter dans l'avenir et envisager le pire. Qui aurait cru que la Russie annexerait la Crimée un jour ?

. Tertio, dans l'Orient compliqué, tout est politisé, le prénom, l'accent ou même la façon de s'habiller. Le dossier des réfugiés syriens au Liban n'échappe pas à la règle. Un quart des habitants du Liban aujourd'hui sont Syriens. Depuis 2011, 150 000 Syriens sont nés sur le territoire libanais. Pour des raisons diverses, certains d'entre eux sont apatrides. Si on tient compte de l'enlisement de la guerre civile syrienne, des visées nationalistes du régime syrien comme de Daech sur le pays du Cèdre, du contentieux historique entre le Liban et la Syrie, de l'animosité qui existe entre les deux peuples et du désir d'une frange de réfugiés syriens de ne pas rentrer dans leur pays, la présence des ressortissants syriens au Liban constitue une situation forcément explosive

C'est ce qui a amené le Premier ministre libanais, Saad Hariri, de confession sunnite, à dire il y a quelques mois (fin mars), que la crise des réfugiés syriens au Liban, qui sont en majorité de confession sunnite aussi, a « atteint un point de rupture » et que les tensions entre les Libanais et les Syriens peuvent dégénérer en « troubles civils ». Contrairement à ce que certains esprits maléfiques voudraient faire croire, celles-ci ne concernent pas seulement les communautés chrétiens libanaises. Là aussi le Premier ministre l'a bien rappelé « dans la plupart des communautés hôtes aujourd'hui (sunnite comprise), il y a une grande tension entre Libanais et Syriens (…) Ils (des présidents de municipalités) me demandent de trouver un moyen de les laisser repartir en Syrie »


IV. L'APPLICATION DES LEÇONS PALESTINIENNES ET SYRIENNES A LA CRISE DES REFUGIES SYRIENS AU LIBAN

Parlons peu, parlon bien. Le diagnostic du gouvernement libanais concernant le dossier des réfugiés syriens au Liban est bon. Mais son traitement ne l'est

On envisage de demander à la communauté internationale d'investir massivement dans les infrastructures libanaises, près de 11 000 $ par réfugié syrien sur une période de 6 ans, afin d'aider le Liban à faire face à la crise des réfugiés. Soit, il le faut. Certains Syriens sont arrivés au Liban il y a 6 ans. 6 + 6 = 12 ans. Le temps de trouver les fonds pour mettre ce plan hypothétique en marche, il faut peut-être 2 ans. Alors, 6 + 6 + 2 = 14 ans. Si on investit des dizaines de milliards de dollars dans les infrastructures et en aides diverses, c'est qu'on envisage une installation de longue durée des ressortissants syriens au Liban, au moins jusqu'en 2025. Sachant que la majorité des réfugiés et des déplacés syriens ne retourneront pas en Syrie tant que Bachar el-Assad est au pouvoir et que le maintien de ce dernier au pouvoir à long terme est une chose acquise, on peut confirmer la conclusion précédente, les Syriens sont encore au Liban pour longtempsIl y aura bien une jeune génération de Syriens qui n'aura pratiquement rien connu de la Syrie et qui ne voudra certainement pas rejoindre un pays de désolation où ils ne possèdent rien et où les perspectives sont désastreuses pour plusieurs générations. Sans être pessimistes, disons que le Liban ne tiendra pas. La présence massive syrienne au pays du Cèdre ne pose pas que des problèmes aux infrastructures libanaises. Ne serait-ce que sur le terrain de l'emploi et du logement, la situation est catastrophique pour les Libanais. Et dire que c'est dans ce contexte alarmant que les incompétents députés libanais, dont la légitimité est remise en cause par l'autoprorogation de leur mandat expiré en juin 2013, viennent d'augmenter massivement les taxes hier, après avoir mis fin au régime des locations anciennes il y a quelques mois. Pathétique.

Il n'est question dans cet article ni d'exagérer les faits ni de les minimiser d'ailleurs, mais de réfléchir sur un problème qui risque de s'aggraver avec le temps et de nuire à tout le monde. Syriens et Libanais doivent dépasser les faits divers aussi ignobles soient-ils, les erreurs, les peurs et les égarements. Ils doivent se concentrer sur l'essentiel. Ils partagent et subissent la même tyrannie, celle des Assad, depuis 1970. Cela devrait les unir pour faire face au projet diabolique et pernicieux de Bachar el-Assad : empêcher le retour des réfugiés et des déplacés syriens du Liban en Syrie, afin de permettre la colonisation du pays du Cèdre par les ressortissants syriens, en vue de son annexion éventuelle dans bilad el-cham un jour lointain.

Le Liban remplit son devoir humanitaire envers le drame syrien au-delà de ses capacités et de tout ce qui est possible et imaginable, n'en déplaise à tous les libanophobes, qu'ils soient Libanais ou Syriens. Aucun pays au monde n'a donné aux Syriens autant que les Libanais. Surement pas la Turquie, comme on l'a vu au début de l'article. Mais il est temps de tirer la sonnette d'alarme. S'il est important de mettre fin à la guerre en Syrie au plus vite, il est urgent de sortir du statu quo. Sinon le pire est à venir. 

Cela passe par la création de camps de réfugiés dans des zones sécurisées du territoire syrien, l'anéantissement total des organisations terroristes Daech et Nosra, la mise en place d'une transition politique en Syrie qui prévoie le renvoie d'Assad en Sibérie à défaut de La Haye. En parallèle, il est impératif d'assurer un meilleur accueil des réfugiés syriens dans les pays concernés et surtout, une répartition du fardeau des réfugiés syriens sur toute la communauté internationale, selon les degrés de responsabilité dans cette grave crise humanitaire, càd sur l'Iran, le Qatar, l'Arabie saoudite, les Etats-Unis, la Chine et évidemment, la Russie. Si ces deux derniers pays n'avaient pas bloqué sept résolutions de l'ONU concernant la Syrie, nous ne serons pas dans cette impasse si dangereuse à la fois pour le Liban et pour l'Europe toute entière, un pays et un continent qui ne sont pour rien dans cette histoire. En attendant, tous les gens de bonne volonté doivent commencer à conjuguer leurs forces pour mettre en oeuvre l'accord Trump-Poutine conclu lors du G20 il y a deux semaines, qui prévoit un cessez-le-feu et la création de zones de désescalade dans le sud-ouest de la Syrie. C'est dans l'intérêt de tous, Libanais et Syriens.

mercredi 12 juillet 2017

Le journaliste Fidaa Itani confond la lutte idéologique et la liberté d'expression (Art.447)


La liberté d'expression est un droit qui fait partie des libertés fondamentales de l'homme. Elle permet à tout un chacun d'exprimer ses opinions sans craindre d'être poursuivi injustement par ceux qui font l'objet de ses critiques. Toutefois, ce droit ne permet ni à Fidaa Itani ni à Bakhos Baalbaki ni à quiconque de ce pays et d'ailleurs, de la planète Terre ou de la Voie lactée, de salir les individus et les institutions d'un pays gratuitement. Et pour cause, cela tombe sous la coupe de la diffamation, interdite par la législation des pays les plus démocratiques.

On peut regretter les ennuis judiciaires actuels de Fidaa Itani après la plainte déposée par Gebrane Bassil, le chef du Courant patriotique libre, mais force est de constater, depuis des années déjà, ce journaliste abuse de son droit à la liberté d'expression, en ayant consciemment et fréquemment recours à des propos approximatifs dans un but à peine caché de nuire à la réputation de ses adversaires politiques.

Dans des posts et un article récents consacrés à l'opération militaire qui a eu lieu il y a deux semaines dans les camps de réfugiés syriens de la région Ersal, où cinq kamikazes a priori syriens se sont faits exploser, Fidaa Itani ne s'est pas contenté de remettre en cause l'utilité militaire de l'intervention, il a affirmé aussi que « l'armée libanaise tue les détenus syriens sous la torture ». On peut arguer à juste raison que c'est son opinion. Cependant, en lisant attentivement ses écrits, on se rend compte que le journaliste prend des libertés que la liberté d'expression ne couvre pas. La torture est une accusation suffisamment grave qui contraint celui qui l'émet et qui prétend de surcroit être journaliste, de fournir des preuves solides. Ce ne fut pas le cas de Fidaa Itani. Pire encore, ce dernier a prétendu que ces actes infâmes relevaient d'une « décision politique ». Là aussi l'accusation est grave et gratuite, elle vise probablement le président de la République, Michel Aoun. Sur Facebook, Fidaa Itani est plus explicite : « Enfant écrasé. Raids. Harcèlement des réfugiés. Meurtre à l'aveugle. Des centaines d'arrestations. Obliger les gens à retourner en Syrie par la force. La poubelle de Michel Aoun et des forces armées rejoignent les fascistes du Hezbollah et les rancunes des restes du maronitisme politique. Des allégations sur la présence de terroristes qu'aucune partie neutre ne peut confirmer. Tout cela avec la saveur Saad (Hariri) - (Nouhad) Machnouk - (Wafiq) Safa. Un pays qui vaut Gebrane Bassil. » Comme nous sommes au Liban, je suis contraint d'apporter cette précision, le journaliste est de confession musulmane sunnite, partisans de la cause palestinienne et de la révolution syrienne. Chacun est libre d'apprécier de tels propos à leur juste valeur. Je ne m'avance pas trop en disant que dans n'importe quel pays de droit, Fidaa Itani aurait été poursuivi pour injure, diffamation et incitation à la haine raciale. Certes, il n'est pas le seul à être dans ce cas, mais le cas Itani est beaucoup plus grave qu'on ne le pense.

Plus grave encore, Fidaa Itani a le culot d'accuser « les organismes officiels (libanais) de n'être en position de force qu'uniquement quand des leaders de communautés libanaises (allusion aux communautés maronite et chiite) leur demandent de réprimer les réfugiés syriens, avec l'approbation des autres leaders communautaires (sunnites et druzes) ». Là aussi l'incitation à la haine communautaire est flagrante. Non seulement, le journaliste n'aborde aucun des problèmes qui découlent de la présence de plus de 1,5 million de ressortissants syriens au Liban, soit un quart de la population (sécurité, économie, emploi, logement, tourisme, électricité, eau, embouteillage, etc.), mais il va jusqu'à dire que ce n'est pas la première fois que les Libanais prennent « l'autre » pour un bouc-émissaire, rappelant que la dernière fois c'était avec « le palestinien » et que cette attitude nous avait conduit à la guerre civile.

Certes, il n'a pas complètement tort. Il n'empêche que Fidaa Itani reproduit le discours type d'une certaine gauche libanaise incapable depuis 1975 de comprendre d'une part, c'est parce que des leaders libanais musulmans ont interdit à l'armée libanaise de mettre un terme définitif aux agissements des milices palestiniennes au Liban (fin des années 1960), et d'autre part, à cause de l'entêtement des leaders libanais chrétiens à ne pas réformer le système politique libanais, que la tension politique islamo-chrétienne s'est envenimée, sur fond de divergences idéologiques à propos de l'orientation politique du Liban (monde arabe pour les premiers vs. monde occidental pour les seconds). Et c'est cela qui a conduit à la guerre.

Parlons peu, parlons bien. Pour l'opération d'Ersal comme dans l'affaire Fidaa Itani, il revient à la justice libanaise de décider ce qui est sous la loi et ce qui ne l'est pas. J'ai voulu dans la première partie de ce post mettre en ligne quelques infos basiques pour que chacun puisse se faire une opinion. Cela étant dit, pour mieux comprendre la personnalité de Fidaa Itani, il suffit de prendre du recul et de fouiller dans les archives. Il y a quelques années seulement, bien après la seconde indépendance, un certain vendredi 18 novembre de l'an de grâce 2011, ce journaliste libanais a publié un article dans Al-Akhbar, qui est resté dans toutes les mémoires. Rappelons d'emblée qu'Al-Akhbar est un quotidien pro-Assad et pro-Hezbollah, ce qui devrait suffire pour vous donner une idée précise où se situait sur le plan politique le journaliste en question.

L'immaturité politique et l'aveuglement idéologique de Fidaa Itani l'avait conduit à reprocher à Saad Hariri « de se solidariser avec des piliers de l'autre camp (les chrétiens en général et les partis des Forces libanaises et des Kataeb en particulier), en oubliant tout ce que ce dernier avait commis contre le droit du peuple palestinien dans les camps (au Liban), depuis les années 60 ». Pas la peine de revenir sur la question palestinienne, on en a parlé un peu plus haut. Arrêtons-nous sur la suite. Le journaliste considérait à l'époque que le chef du Courant du Futur commettait « la faute la plus grave » en adoptant la candidature de Samir Geagea, le président du parti des Forces libanaises, pour le poste de président de la République libanaise. Ça alors, mais pourquoi donc? Voici ce qu'il a écrit texto pour justifier sa position : « Geagea ne restera pas seulement le symbole de la collaboration avec l'Occident -sur lequel il a misé contre son pays, son peuple et sa citoyenneté- le symbole des combats fratricides et l'icône des aventures foireuses de se réarmer. Il ne restera pas seulement un mendiant d'armes aux portes de l'ambassade américaine, pour affronter l'expansionnisme syro-iranien via le Hezbollah. Proposer Samir Geagea comme prochain président de la République signifie la renaissance d'un ancien projet au Liban, qui nous ramènera à l'époque de 1982... Samir Geagea ne pourra représenter que l'héritier légitime du projet d'alliance du Liban avec Israël, ainsi que l'héritier de la gouvernance des Forces libanaises obtenue grâce aux tanks israéliens... Quelque chose de semblable couterait beaucoup de sang et de destruction... Saad Hariri ne sait pas que 'lorsqu'on ôte la goupille de sécurité d'une grenade à main, 'le maitre de la grenade' devient notre ennemie', il faut le jeter loin, et il ne convient pas, en aucun cas, de porter sa candidature à la présidence de la République. »

Je me sens navré d'avoir écrit cet article car je partage beaucoup de constats socio-politiques de Fidaa Itani. Et pourtant, il m'est difficile de défendre cet ex-journaliste d'Al-Akhbar qui se montre en parallèle aussi sectaire, immature et aveuglé, et qui semble confondre la lutte idéologique avec la liberté d'expression. On peut évidemment reprocher à l'armée libanaise, Michel Aoun, Gebrane Bassil et Samir Geagea un tas de choses. Le problème n'est évidemment pas dans ce droit de critiquer, mais dans la manière de le faire. Si la liberté d'expression accorde des droits, elle exige des devoirs. On a cru naïvement qu'on s'était débarrassés des délires idéologiques qui ont ravagé beaucoup d'esprits au Moyen-Orient au cours des soixante dernières années. Eh bien, non, pas encore.

jeudi 6 juillet 2017

A l'adresse des insomniaques qui ont hâte de voir les réfugiés syriens du Liban rentrer en Syrie (Art.445)


Opération "Figuiers de Barbarie"
Grâce à la plantation de 187 500 figuiers de Barbarie
le long des 375 km de la frontière entre le Liban et la Syrie,
nous serons le seul pays au monde et de l’histoire qui assure
la sécurité de ses frontières d’une manière écologique 
La mort de quatre ressortissants syriens dans des circonstances obscures, au cours et à la suite d'une opération de l'armée libanaise à Ersal est regrettable, quelque soit la gravité de ce qu'on leur reprochait et qui avait conduit à leur arrestation. Les "conditions climatiques" n'expliquent pas tout. Une enquête indépendante devrait être menée en toute impartialité pour mettre toute la lumière sur cet incident mortel. Il y va de la réputation de l'Etat libanais en général et de l'armée libanaise en particulier.

Néanmoins, à ce stade, il y a quand même quelques certitudes:

 1  Mourir au cours d'une arrestation ou d'une détention, arrive dans tous les pays du monde, y compris dans ceux où règne un état de droit comme la France et les Etats-Unis. Dans un contexte de guerre et de terrorisme, le chaos et l'extrême vigilance peuvent très facilement conduire à la paranoïa et à la bavure. 

Cela étant dit, toute généralisation à partir de cas isolés et partant d'informations sommaires qui se propagent à la vitesse des clics sur les réseaux sociaux, est par essence stupide. La campagne de certains pour faire passer l'armée libanaise toute entière pour des bruts et des barbares est abjecte. Aussi abjecte que celle qui voudraient faire passer tous les réfugiés syriens pour de dangereux et potentiels terroristes

 2  Ce qui pose problème dans cette affaire soulevée par des militants libanais des droits de l'homme c'est évidemment ce taux de mortalité élevé. Il n'est pas normal. Il va falloir l'expliquer pour connaître le pourquoi du comment. Il faut bien savoir s'il y a eu un abus de pouvoir, un usage excessif et disproportionné de la force, de la résistance de la part des personnes arrêtées, des menaces contre les forces de l'ordre, de la légitime défense du côté des forces armées libanaises, et j'en passe et des meilleures.

 3  Pour mieux cerner la situation, il faut rappeler le contexte. Le Liban se retrouve plongé directement et indirectement dans la guerre syrienne, de son plein gré et malgré lui.
. D'une part, par l'implication massive du Hezbollah libanais en Syrie aux côtés du régime de Bachar el-Assad. De nos jours, on entend dire que la milice chiite a rapatrié ses troupes, sauf que le mal est fait et rien ne permet de confirmer ce retrait.
. Et d'autre part, par l'afflux massif de ressortissants syriens vers le Liban, qui accueille plus de 1,5 million de réfugiés et de déplacés syriens. Cette présence prolongée est à l'origine de tensions et de problèmes dans tous les domaines (économie, travail, logement, tourisme, électricité, eau, écologie, etc.).

 4  Depuis peu de temps, on entend dire aussi que les réfugiés syriens peuvent rentrer chez eux. Parfait sauf que rien ne garantit leur sécurité pour l'instant. Ces dires traduisent surtout la volonté de Bachar el-Assad de faire croire que la guerre civile syrienne est finie. Ce qui est loin d'être le cas. Pire encore, rien ne garantit que le régime terroriste de Damas ne va pas obliger les revenants, de confession sunnite dans la majorité des cas, à s'enrouler dans une armée syrienne, dominée par la communauté alaouite, afin de contribuer activement à l'effort de guerre d'un régime fasciste condamné par l'histoire à disparaitre.

 5  Un retour des réfugiés et des déplacés syriens dans leur pays, qui est une nécessité vitale pour le Liban, ne peut se faire pour autant dans de bonnes conditions que si, et seulement si :
. d'un côté, le retour se réalise sous l'égide exclusive de l'ONU,
. et d'un autre côté, ce retour se fait vers des zones en territoire syrien, frontalières du Liban, de la Jordanie et de la Turquie, et sécurisées par la communauté internationale.
Il y va de la sécurité de ces personnes, mais aussi de l'efficacité de l'opération. Sinon, ceux qui sont partis par la porte, reviendront par la fenêtre.
Tout ce qui en dehors de ça, comme la soi-disant "fermeté de l'Etat libanais" exigée par le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, est non seulement inefficace, mais constitue également des balivernes et des propos populistes proférés dans la perspective des élections législatives

 6  Depuis le début de la guerre civile syrienne, plusieurs attentats terroristes ont ensanglanté le Liban. Des Syriens et des Libanais y étaient impliqués. Au cours de l'opération militaire menée vendredi dernier dans des camps syriens situés dans cette région libanaise frontalière de la Syrie, Ersal, cinq kamikazes se sont faits exploser, tuant et blessant huit personnes. Cette pratique collective rappelle ce qui s'est passé à Qaa il y a quelque temps où huit ressortissants syriens se sont faits sauter. A plusieurs reprises, l'armée libanaise et les forces libanaises de sécurité intérieure ont été la cible des organisations terroristes à dominante syrienne, Daech/Etat islamique et Al-Nosra/Fateh el-Cham. Plusieurs dizaines de militaires libanais ont été kidnappés et certains exécutés sommairement, par décapitation ou par balle. Si rien ne peut expliquer le traitement dégradant des individus au cours de leur arrestation, encore moins leur torture ou leur mort en détention, personne ne peut justifier les attentats-suicides et les exécutions barbares. La sécurité des gens, Libanais et Syriens, est un droit fondamental, mais elle ne doit absolument pas se faire au détriment des droits de l'homme au Liban.

 7  Des voix libanaises s'élèvent depuis longtemps pour expliquer directement ou indirectement par une contorsion intellectuelle malhonnête à visée sécuritaire, qu'il faut en finir une fois pour toutes avec les terroristes syriens infiltrés dans les camps de réfugiés de la région d'Ersal. Affirmatif, rien à ajouter. Mais quand on y pense un peu plus et d'une manière impartiale, on s'aperçoit que la logique de l'efficacité exige de ceux que le dossier des réfugiés syriens empêche de dormir la nuit, ces insomniaques partisans du régime alaouite syrien et de la milice chiite libanaise comme par hasard, notamment Gebran Bassil, le ministre chrétien libanais des Affaires étrangères, de réclamer de leurs alliés Bachar el-Assad et Hassan Nasrallah, à la fois la création de zones sécurisées en territoire syrien et la fermeture hermétique de la frontière syro-libanaise dans les deux sens.

 8  Sans zones sécurisées en territoire syrien et sans retour des déplacés sous l'égide de l'ONU, les Syriens du Liban n'iront nulle part, n'en déplaise à Naïm Qassem, Gebran Bassil et consorts. A moins de les contraindre et de les forcer à le faire, ce qui est contraire au droit international. Alors au lieu de palabrer dans les meetings et sur les réseaux sociaux, les insomniaques feraient mieux de faire jouer leurs bonnes relations avec le régime syrien de Bachar el-Assad pour parvenir au plus vite à ces objectifs. 

 9  Quant à la fermeture de la frontière syro-libanaise, le Liban n'a pas pas réussi à le faire depuis le retrait des troupes d'occupation syriennes, le 26 avril 2005. Sur ce point, les leaders libanais anti-régimes, comme les leaders libanais pro-régimes sont fautifs. Que les ex-14-Mars et les ex-8-Mars gouvernent seuls ou ensemble, les deux camps libanais n'ont pas été fichus d'étendre la souveraineté de l'Etat libanais à la frontière syro-libanaise. Et pourtant, j'avais proposé il y a un peu plus d'un an, suite à la condamnation de Michel Samaha, un pro-régime notoire, à 13 ans de travaux forcés, le déclenchement de « l'opération Figuiers de Barbarie » afin de détacher le Liban de la Syrie, en éloignant notre pays de la guerre civile qui ravage notre voisin. Grâce à la plantation de 187 500 figuiers de Barbarie le long des 375 km de la frontière entre le Liban et la Syrie, nous pourrons enfin tracer cette maudite frontière passoire et la sécuriser dans les deux sens à moindre frais. Nous deviendrons alors, les premiers producteurs de sobbeïr au monde et nous serons ainsi, le seul pays de l’histoire qui assure la sécurité de ses frontières d’une manière écologique. Soyons réalistes, exigeons l'impossible.

dimanche 18 juin 2017

Sethrida Geagea, Gilberte Zouein, Nayla Tuéni et Bahia Hariri : et si on parlait de ces quatre députées libanaises qui n'ont pas fait grand-chose pour le quota féminin (Art.442)


Arrivée de Sithrida Geagea au Parlement
Vote de la loi électorale (16 juin 2017)
Mark y tient. Il ne cesse de me renvoyer le même message. « 2 600 personnes et quelques qui aiment BB's Blogs n'ont pas entendu parler de vous depuis un moment. Rédigez une publication. » Eh tekram 3einak wou 3einoun, je ne demande que ça. Mais d'une part, le sujet que j'ai décidé d'aborder, la nouvelle loi électorale libanaise, est assez complexe, et d'autre part, je n'ai pas suffisamment de temps pour le traiter d'une traite. Alors j'étale le travail selon mes disponibilités. Je le publierai la semaine prochaine. Rien ne presse, les élections ont été reportées au 6 mai 2018. Et un an en Orient, c'est une éternité sur l'échelle des temps géopolitiques. Dire qu'ils croient que nous ne ne le savons pas !



Comme c'est dimanche, le jour du Seigneur pour les uns, la 23e journée de jeûne du mois de Ramadan pour les autres et le rendez-vous barbecue habituel pour les carnivores athées, alors j'opte pour l'anecdote politique concernant l'une des tares majeures de la nouvelle loi, l'absence de quota féminin. J'en parlerai en détail dans mon prochain article, mais juste une réflexion dominicale qui joint l'utile à l'amusant.

Actuellement, nous avons quatre députées, smallah. Bahia Hariri, Nayla Tuéni, Gilberte Zouein et Sethrida Geagea se rendent place de l'Etoile depuis 2009 au moins. Alors Bakhos me demande, tiens, toi el-Baalbaki, qui suis l'actualité libanaise de près, qu'est-ce que tu retiens des deux mandats de ces quatre dames et de leurs huit années passées au pouvoir législative ? Pas mal l'idée, hein? Alors, tour d'horizon.

*

Bahia Hariri vient du Courant du Futur. Peu de gens le savent, mais elle est députée depuis 1992, comme Nabih Berri et Mohammad Raad. De vrais piliers du Parlement libanais. Je me souviens encore de son discours déplacé place des Martyrs le jour qui a façonné l'histoire contemporaine du Liban, le 14 mars 2005. Un mois seulement après l'assassinat de son frère, Rafic Hariri, une des plus influentes personnalités libanaises depuis l'indépendance, elle a tenu à affirmer, devant peut-être un million de Libanais, qu'elle sera aux côtés de la Syrie jusqu'à la libération du Golan, sans préciser si ça sera avec le lapin de Damas ou pas, et à rendre hommage au Hezbollah, ah si, vous pouvez le vérifier ! Il fallait oser, alors que la rue libanaise bouillonnait de rage. Bahia Hariri n'apparait pratiquement jamais dans les médias, quelques images dans le JT tout au plus. Il n'empêche qu'elle reçoit beaucoup ses électeurs et électrices de Saïda et elle est impliquée dans diverses activités sociales, caritatives et humanitaires. Elle fut même nommée ambassadrice de bonne volonté de l'Unesco. Certains voyaient en elle une Première ministre de la trempe d'Indira Gandhi. Son mandat est marqué par un événement et non des moindres. Après la prorogation du mandat des parlementaires, elle a décidé le 1er septembre 2013, de rendre l'argent qu'elle avait reçu du peuple libanais en tant que députée. Avouez que ce n'est pas rien. Personne ne l'a suivi, des députés, sans que personne ne soit étonné, des citoyens. Certes, elle avait les moyens. Les autres aussi. Elle est la tante de Saad Hariri et la mère de Nader et d'Ahmad Hariri, respectivement directeur de cabinet du Premier ministre libanais et secrétaire général du Courant du Futur. C'est pour dire, le pouvoir qu'elle détient est considérable. Et pourtant, une chose est sûre, le quota féminin n'est pas vraiment sa tasse de thé.

Nayla Tuéni est une journaliste avant d'être une femme politique. Elle est issue d'une famille d'intellectuels qui a marqué l'histoire du Liban, en créant et en dirigeant l'un des plus importants quotidiens libanais de langue arabe, al-Nahar. Arrière-grand-père, grand-père et père, Gebrane Tuéni, un des artisans de la Révolution du Cèdre, assassiné en 2005. Elle se présente comme une femme laïque, ce qui n'est pas rien au Liban. Chrétienne orthodoxe, elle a épousé un compatriote de confession musulmane chiite à Chypre, lors d'un mariage civil, ce qui n'est pas rien non plus au Moyen-Orient. Elle est élue à Achrafieh en 2009, en partie grâce au capital de sympathie des Beyrouthins pour sa famille, notamment pour son père. Mais pas seulement. Lors de sa campagne électorale, elle avait promis aux électeurs de ce fief des Forces libanaises, de rejoindre le groupe parlementaire de ce parti. Sauf que les promesses n'engagent que ceux qui y croient. Aussitôt élue, elle trahit ses électeurs. Depuis qu'elle a accédé au pouvoir, Nayal Tuéni brille par son invisibilité. Silence, ça pousse. Certains diraient qu'elle est ex-aequo avec Okab Sakr et tant d'autres. Oui mais, s'il faut compter sur les hommes pour instaurer un quota féminin de leur propre initiative, c'est décider de prendre des vessies pour des lanternes et d'attendre que les poules aient des dents. D'ailleurs, au Moyen-Age, les lanternes étaient fabriquées avec des vessies de porcs mâles. Là aussi, une chose est sûre, le quota féminin n'empêche pas Nayla Tuéni de dormir sur ses deux oreilles.

Gilberte Zouein est un cas d'école. Tout le monde connait son nom, certains connaissent même son visage, mais personne n'a jamais entendu le timbre de sa voix. Son fait d'armes, c'est d'avoir réussi malgré cet handicape à devenir députée, sachant qu'elle est la seule des quatre femmes parlementaires à ne pas être « sœur de », « fille de » et « femme de ». Son exploit, elle le doit à sa formation, diplômée en Sciences politiques (eh, oui!) mais aussi à sa généalogie. Hé, ho, on est au Liban quand même. La famille Zouein a toujours représenté la région du Kesrouan depuis la formation de l'Etat du Grand Liban. Après deux tentatives foireuses, c'est grâce au général Aoun qu'elle parvient à reprendre le flambeau familial en 2005. Je l'ai rappelé à plusieurs reprises dans mes articles, mais c'est comme si j'avais pissé dans un violon. Gilberte Zouein est actuellement, et depuis des années svp, la présidente de la Commission parlementaire de la Femme. Je le jure ! Il fallait y penser. Qu'a-t-elle fait pour imposer le quota féminin au Liban? Rien, même pas une grève de la faim. Pourtant, elle ne pouvait que trouver son compte. Dommage.

Visite du général Aoun (avril 2014)
Sethrida Geagea incarne sans doute aux yeux de beaucoup de Libanais, la députée qui a su le mieux marier la « femme » avec la « politique ». Si le parti des Forces libanaises existe encore, malgré la répression du régime sécuritaire libano-syrien entre 1994 et 2005, c'est en partie grâce à elle. Parmi les hallucinations et les mirages des trois dernières années, j'ai entendu dire que certains ont vu en Sithrida Geagea, la première présidente de la République libanaise. Pour une autre frange de Libanais, son style maniéré et cette façon de s'exprimer avec snobisme, irritent à la fois les oreilles et les yeux. Toutefois, elle a globalement bonne presse, surtout en ce qui concerne son implication dans tous les dossiers se rapportant à sa circonscription, la région de Bcharré. Mais en dessous de 1 400
Messe de Pâques (avril 2015)
m d'altitude, et depuis qu'elle est élue à l'Assemblée nationale, on cherche encore ses faits d'armes. Certes, il lui arrive de rendre hommage au rôle de la femme dans la société libanaise, mais ses interventions relèvent plus de la poésie que de la lutte effective pour faire de la place aux femmes libanaises dans le monde politique masculin. Ses arrivées au Parlement, et ses départs forcément, sont toujours très remarquées. Pas pour ses tenues vestimentaires seulement. Lors de la première séance d'élection du 13e président de la République libanaise le 23 avril 2014 (où son mari Samir Geagea a obtenu 48 voix), comme au cours de la dernière séance de vote de la loi électorale le 16 juin 2017 (par 113
Départ de Sethrida Geagea du Parlement
Vote de la loi électorale (16 juin 2017)
députés, dont nos quatre députées yi red el3ein 3announ, qui ont approuvé le texte alors qu'il ne contient pas de quota féminin), et entre les deux et à plusieurs reprises, un petit détail récurrent m'a attiré l'attention encore une fois. Allez comprendre pourquoi, cette femme intelligente s'obstine et s'enquiquine à porter des escarpins à talons aiguilles hauts, très hauts, au point qu'elle est toujours obligée d'avoir un député-cavalier du sexe fort pour l'aider à monter et à descendre les marches, voire même à avancer sur un terrain plat. Autant j'adore les talons compensés, c'est si gracieux et élégant, autant je trouve les talons aiguilles hauts, vilains et vulgaires. Elle aurait fait le vœu de monter pieds nus de Jounieh à Harissa, peut-être que Notre-Dame du Liban, Sainte Marie, serait intervenue pour souffler le quota féminin dans l'esprit de tous ces leaders libanais aujourd'hui en liesse et tous ces infatigables défenseurs zélés des droits des chrétiens. Occasion ratée. Ce n'est pas grave, disons à la prochaine.

*

Enfin, parlons peu, parlons bien. L'absence de quota féminin dans une loi électorale qui se veut moderne est une honte pour le Liban. J'y reviendrai en détail dans mon prochaine article. J'ai souhaité dans cette note, en préambule, faire sourire et dégager une réflexion sur cette question. Il n'y a pas que les hommes qui empêchent les femmes d'accéder au pouvoir. Les femmes politiques libanaises qui sont déjà au pouvoir brillent par leur mollesse dans la lutte pour une plus grande représentation du « beau sexe » au Parlement et au Conseil des ministres. A l'aube des nouvelles élections législatives, ces quatre députées, encore plus que leurs 121 collègues hommes, doivent être questionnées à ce sujet. Qu'est-ce qu'elles ont fait de concret pour cela, à part se plaindre du manque de femmes dans la vie politique, palabrer sur la question et regretter l'absence de quota féminin dans la nouvelle loi électorale ? En somme, qu'est-ce qu'elles ont fait de plus que les hommes politiques dans ce domaine ? Hélas, pas grand-chose de marquant, encore moins d'efficace.