dimanche 13 mai 2018

Gebrane Bassil, l'homme qui se prend pour Don Quichotte de la République libanaise (Art.526)


Il est obligé de répéter une dizaine de fois, "Nous avons gagné". C'est pour vous dire. Mais comment convaincre les autres, quand on n'est soi-même pas convaincu? Mission impossible, ça sonne faux. Gebrane Bassil n'est pas pire que d'autres hommes politiques au Liban. Son problème c'est qu'il se croit non seulement mieux que les autres, mais qu'il est le meilleur de tous, alors qu'il est le champion du nivellement par le bas et du lâcher d'éléphants roses.

En éliminant ce que je qualifierai de baratin hypnotique pour endormir ses partisans et les critiques, voici ce qui reste du discours tenu au Forum de Beyrouth samedi par Gebrane Bassil. Le bloc du Changement et de la réforme est mort, vive le bloc du Liban fort. L'homme qui se prend et voudrait qu'on le prenne pour Don Quichotte de la République libanaise, est prêt à se battre seul contre tous et même s'il le faut, contre ces géants qui lui mettent des bâtons dans les roues, les moulins à vent.


 بالرغم من كل شيء انتصرنا، وبالرغم من أن معهم أغلب الدول الكبرى، انتصرنا

"Malgré tout, nous avons gagné". Mais c'est quoi ce "tout" au juste ? La majorité des grands pays était avec eux". Qui eux, quels grands pays et quelle majorité, pardi? Le populisme d'entrée en matière, ça promet.

وبالرغم من كل المال الذي خصص ضدنا ونحن ما كنا نملك ولم يكن معنا أموال انتخابية، وانتصرنا

"Nous n'avions pas d'argent électoral". Ya haram chou m3attar. C'est c'là oui, comme s'il en avait besoin! Et puis, on se demande pourquoi les candidatures de certaines figures du Courant patriotique libre (CPL) ont été écartées au profit de celles d'opportunistes hommes d'affaires! 

A ce propos, Neemat Frem le richissime patron du groupe Indevco et roi de la planche à billets, qui passait par hasard sur le pont hier après-midi, est finalement entré dans le Forum et s'est mis au premier rang. Il buvait les paroles du chef de son bloc parlementaire comme du petit lait. La petite souris m'a dit qu'il avait exigé de Samir Geagea de le nommer comme ministre pour figurer sur la liste du parti des Forces libanaises dans le Kesrouane. Hakim a refusé et le roi du PQ est allé voir ailleurs. Enfin bref, il est député aujourd'hui et le premier des ministrables du CPL, et ça vous disserte sur l'argent électoral.

وهم معهم الكذبة السياسية، والتي من الهين تسويقها، ونحن نملك الحقيقة

Les autres -qui au juste? on ne sait toujours pas!- pratiquent "le mensonge politique", et lui,  pardon "eux", détiennent "la vérité". Ya 3adra dakhil esmik, il se croit immaculé conception Gebrane Bassil! La vérité si je mens, comme sur l'électricité par exemple. On/off, hein? Ça ne te dit rien!  "Wlak weiniyé hal kahraba el charm**** 24/24 ya Gebrane, where is this fu***** electricity 24 hours a day ya Bassil, non mais, où est cette pu***** d'électricité 24h/24 ya Gebrane Bassil?"

هذا الانتصار، الذي حققناه، له أب، ونهديه لأبيه القوي، ونهدي الانتصار للبنان القوي ونهديه لفخامة الرئيس العماد ميشال عون

"Cette victoire a un père (...) Michel Aoun". Toute la campagne du CPL, notamment celle des deux gendres, était d'ailleurs axé sur ce thème: donner au président de la République un bloc parlementaire important. Michel Aoun s'est même mouillé dans la campagne en envoyant un message clair à ceux qui contestaient le choix des candidats CPL dans le Kesrouane : "je suis Chamel et Chamel c'est moi"! Il faut donc prendre acte.

Dans le prochain gouvernement, on ne doit plus réserver au président de la République quelques ministres comme c'est l'usage depuis un certain temps. Dans le gouvernement sortant de Saad Hariri, on comptait 3 ministres pour Aoun et 5 ministres pour le CPL. Par conséquent, dans le nouveau gouvernement, les parts d'Aoun et du CPL doivent être confondues : 4-5 ministres en tout et pour tout.

أما الدين فهو للشعب اللبناني، الذي تحمل كثيرا، بأن نحاسب من يأس الشعب اللبناني، ومن دفع لعدم التصويت

"Demander des comptes à ceux qui ont désespéré le peuple libanais et favorisé l'abstention". Non mais, personne n'a désespéré le peuple libanais dans ces élections et encouragé les gens à ne pas voter autant que Gebrane Bassil lui-même, dont la stratégie électorale a été dénoncée par les propres militants du CPL : priorité aux hommes d'affaires, alliances tous azimuts y compris avec les partis peu recommandables (Hezbollah, Parti social nationaliste syrien et Frères musulmans) et évitement des FL.

على الجميع أن يعلم أن المرحلة السابقة قد انتهت، وهي كما كان ينتهجها البعض بإطلاق الوعود قبل الانتخاب، ويتبرأون من كل شيء بعد الانتخابات

Les "promesses électorales", tiens, tiens, comme la campagne "Leban(off)on" par exemple de 2010-2011, dans la perspective des élections législatives censées se dérouler en 2013, "Le Liban s'illuminera de nouveau 24h/24", à l'horizon 2014 svp ! Quel désastre, la situation dans le secteur électrique ne fait que s'empirer depuis la fin de la guerre en 1990.


 نقاتل لتحقيق الوعد، ببناء المؤسسات ومحاربة الفساد... ودين علينا أن نعمل لتأمين الكهرباء ونخرج المواطنين من العتمة

Et c'est reparti pour un nouveau tour d'illusionnisme et une nouvelle bataille contre ces géants qui mettent des bâtons dans les roues de Gebrane Bassil, les moulins à vent : "Nous nous battrons pour réaliser les promesses et combattre la corruption (...) Nous avons une dette, ramener l'électricité et sortir les citoyens de l'obscurité." Cause toujours, tu nous intéresses! Cela fait 10 ans que le ministère de l'Energie et de l'Eau est entre les mains du Bloc du Courant patriotique libre (2008-2018) et près de 30 ans qu'il dépend des forces pro-hezbollahiennes et pro-assadiennes (1990-2018).

Une chose est sûre et certaine, si les Libanais veulent vraiment le courant électrique 24h/24 au cours de cette vie sur Terre, et pas dans une autre vie ou dans l'au-delà, il faut que le futur Premier ministre exige de son futur ministre de l'Energie une sorte de casier politique qui atteste qu'il n'a jamais été membre du Hezbollah ni Hezbollahi-compatible, et qu'il n'a jamais fait partie ni du bloc du Changement et de la réforme ni du Courant patriotique libre, au cours des 30 dernières années.

Il est grand temps de finir avec le plus grand scandale dans notre pays depuis la proclamation du Grand Liban il y a un siècle, en confiant ce ministère à qui on veut SAUF à ceux qui ont échoué lamentablement dans la gestion de ce domaine, qui coûte aujourd'hui à l'Etat près de 1,5 milliard de dollars par an. Depuis 1990, 30 milliards de dollars ont été jetés par les fenêtres et dans les poches des rapaces qui tournent autour de ce secteur.

وسنحفظ الماء لأنها ثروتنا الطبيعية

En multipliant les barrages controversés, dans des zones inadaptées et à risque, selon les experts!, alors que les tuyaux de distribution de l'eau potable au Liban, publics et privés, fuient de partout. La gestion du secteur de l'eau est l'autre plus grand scandale depuis la proclamation du Grand Liban, un secteur qui dépendait aussi des mêmes tocards qui furent incapables de ramener le courant électrique 24h/24 en trente ans.

نحن نلتزم أمامكم، بدين إعادة النازحين، ولو وقفنا بوجه المجتمع الدولي كله، وسنواجه أي سياسة لا تسعى لإعادتهم، وللأسف البعض مثلما قال يوما، فليحكم الإخوان اليوم، قالوا في جنيف، فليبق السوريون في لبنان

Et c'est reparti pour de nouvelles aventures de Don Quichotte de la République libanaise contre les moulins à vent ! Gebrane Bassil a le culot de sous-entendre que Hariri et Geagea ont oeuvré à "garder les réfugiés syriens au Liban". Je ne sais pas quelle moquette il fume, mais elle est de mauvaise qualité.

Deux précisions sur le sujet.

. D'une part, l'arrivée massive de réfugiés syriens au Liban s'est fait essentiellement entre 2012 et 2014, à une époque où le Liban était gouverné exclusivement par les forces politiques du 8-Mars, via le gouvernement de Najib Mikati. Le Conseil des ministres, le pouvoir exécutif de l'époque, était composé de la manière suivante: part du bloc du Changement et de la réforme (11 ministres, dont 6 CPL), part autour du duo chiite Amal-Hezbollah (7 ministres), part de Najib Mikati (5 ministres), part de Michel Sleimane (3 ministres), part de Joumblatt (3 ministres). Voilà donc les principaux responsables de l'afflux massif de réfugiés syriens au Liban.

. D'autre part, ce qui empêche le retour des réfugiés syriens du Liban en Syrie, c'est Bachar el-Assad lui-même, qui fait tout ce qui possible et imaginable pour rendre ce retour impossible (dernier procédé en date, des expropriations massives et des falsifications de cadastres dans des zones stratégiques à Damas et dans les régions frontalières du Liban), avec un double objectif : le nettoyage éthnique de la Syrie et la colonisation du Liban. Tous ceux qui ont soutenu et soutiennent encore le maintien de la tyrannie des Assad à Damas, sont soit des complices du projet pernicieux abjecte du régime syrien, soit les idiots utiles de ce dernier.

سنعمل... ونحقق حماية وطننا بقوة جيشنا ودعم مقاومتنا

Enième soutien explicite de Gebrane Bassil à "notre résistance", autodésignation du Hezbollah, une entité considérée comme terroriste par une partie des Libanais, la majorité des Syriens et l'écrasante majorité des Arabes et des Occidentaux. Le chef du CPL zappe le fait que le parti-milicien prouve jour après jour qu'il constitue une anomalie au Liban et du Machreq au Maghreb, et tant que les leaders libanais ne se décident pas à y mettre un terme, le pays du Cèdre ne connaitra ni paix, ni prospérité, ni état de droit, ni même électricité. Il restera qu'un pays sous-développé, à la merci de ses encombrants voisins, la Syrie, Israël et l'Iran.

الانتصار يعني أننا سمحنا للمنتشرين أن ينتخبوا

Il n'y est pour rien. Pire encore, seuls 15% des Libanais de l'étranger se sont inscrits sur les listes électorales des ambassades, à peine 83 000 des 550 000 personnes concernées. C'est un fiasco pour le ministre des Affaires étrangères, en poste depuis 4 ans et qui a sillonné le monde aux frais de la princesse comme on dit, les contribuables.

ونحن كنا 21 نائبا وأصبحنا 29 نائبا... نحن نشعر بالفرح لأن "خينا" كبر، ولكن عليه أن يعرف أن يعد النواب داخل الكتل

Alors, Gebrane Bassil prétend "nous étions 21 députés, nous sommes aujourd'hui 29 députés" et "nous ressentons de la joie parce que 'notre frère' a grandi" (allusion au doublement de la taille du bloc parlementaire des FL qui passe de 8 à 16 députés). Faux pour la première partie et hypocrite pour la seconde.

Qu'il ne sache pas lire les résultats, ce n'est point étonnant, mais qu'il ne sache pas "compter", c'est grave. Les 29 députés dont il parle, c'est la taille du nouveau bloc du CPL, "Le Liban fort", qui regroupera le CPL et tous ses alliés. Et encore, à condition qu'il fasse le plein. L'ancien bloc du "Changement et de la Réforme" était composé de 27 députés et non de 21. Donc malgré les alliances avec le Hezbollah, le Parti social nationaliste syrien et les Frères musulmans, le CPL n'a gagné que 2 sièges finalement, une progression misérable surtout si on la rapporte à ce qu'il a perdu, son honneur en s'alliant avec des partis peu recommandables : le premier est un parti-milicien islamiste qui domine la communauté chiite libanaise et qui est accusé d'avoir tué l'ancien Premier ministre Rafic Hariri; le second est un parti nationaliste syrien, bien que libanais, toujours fier de l'assassinat du président de la République Bachir Gemayel ; et le troisième est un mouvement islamiste sunnite, minoritaire dans la communauté sunnite libanaise. La stratégie électorale de Gebrane Bassil est un fiasco. Elle est d'ailleurs contestée au sein de son parti et par ses propres partisans.

نحن انتصرنا لأننا قد حصدنا مرتين أكثر في عدد النواب، ومرتين أكثر بعدد الأصوات في كل لبنان، ونحن قلناها نحن أكثر منهم كلهم وليس قدهم كلهم، ونقول لمن لا يعرف عدد النواب والأصوات، كيف تريدنا أن نعطيك وزارة كوزارة الطاقة، يوجد فيها عد وحسابات، وحتى لا تعرف تعد أعداد النازحين السوريين

Archifaux. Et s'il y a un leader au Liban qui ne sait ni lire ni compter, les résultats électoraux et le nombre de réfugiés syriens au Liban, c'est lui, le gendre prodige. Ces deux points étant abordés précédemment, je n'y reviendrai pas.

Mais ce qui est intéressant dans ce passage mensonger du discours de Gebrane Bassil, c'est là où il sous-entend clairement que le ministère de l'Energie doit rester entre les mains du Courant patriotique libre et ne pas passer entre les mains du parti des Forces libanaises!

Et pourquoi donc ya ghadanfar? Pour le fiasco retentissant de la gestion du secteur électrique par ton parti depuis 10 ans ou pour mieux finaliser les transactions concernant les centrales-flottantes (les navires-générateurs) concoctées par ton ancien conseiller et actuel ministre de l'Energie César Abi-Khalil, voire pour sauver le business très lucratif du soldat Assaad Nakad, patron d'EDZ et candidat malheureux du CPL dans cette circonscription, qui selon la concession accordée à sa famille dans les années 1920, doit remettre EDZ (Electricité de Zahlé) à EDL (Electricité du Liban) à la fin de l'année ?

Les Libanais ne sont pas dupes. Ils ont bien compris que pour se battre contre les géants moulins à vent dans nos contrées d'Orient, il faut un géant, un ghadanfar comme on dit dans le monde arabe, un Don Quichotte de la République libanaise, comme on dira désormais au pays du Cèdre. Gebrane Bassil est le candidat naturel pour ce titre et cette grande mission nationale. Mais ils sont très curieux aussi de savoir pourquoi ce "ministère-vache à lait" doit rester toujours avec les mêmes, malgré leur gestion calamiteuse du dossier. Hein, pourquoi ? C'est louche quand même.

نحن حولنا أقوالنا إلى أفعال

Wou rej3it 7alimé 3a 3adeta wou kélméta el qadimé. "Nos dires sont des actes", une autre campagne d'affichage électorale à côté de la plaque et de la vérité, comme le confirme la gestion désastreuse du secteur électrique par le bloc du CPL depuis 10 ans.


والسيادة الحقيقية تكون بموقفك عندما يكون رئيس الحكومة غير حر جسديا في الخارج

Et voilà notre Don Quichotte national qui revient une nouvelle fois sur une autre bataille contre les moulins à vent, la soi-disant rétention du Premier ministre libanais, Saad Hariri, par Voldemort d'Arabie, alias MBS, Mohammad ben Salmane. On ne compte plus les preuves accumulées depuis novembre 2017 qui démontrent le contraire et qui prouvent que tout cela relevait bel et bien de la propagande du Hezbollah.

En tout cas, qui est attaché à la souveraineté libanaise, ne s'allie pas à ce parti-milicien qui empêche justement le renforcement de l'état de droit au Liban et l'extension de la souveraineté de l'Etat libanais à tout le territoire national.

طعم هذا الانتصار يتجلى بأننا لم نشحد شحادة أي مقعد نيابي، بل بقوتنا وانتصارنا حققنا تحالفات مع كامل الأطياف اللبنانية، وعندما وعى اللبنانيون وحجموا الاقطاع السياسي، وحجموا دعاة الكذب السياسي

"Nous n'avons mendié aucun siège parlementaire". C'est c'là oui, comme le prouvent tes alliances avec trois partis peu recommandables (hezb allah, hezb el qawmé elsouré, el ékhwénn el mousliminn), n'est-ce pas? Gebrane Bassil, qui ne doit sa carrière politique (jusqu'à sa propre élection dans le caza de Batroun le 6 mai de l'an de grâce 2018, il y a seulement sept jours!), qu'au fait qu'il est le gendre de Michel Aoun, et qui n'a été intronisé chef du CPL en 2015 que dans des conditions contestées par une partie de la base du Tayyar, pense qu'il n'est sorti victorieux de ces élections législatives que grâce au double rejet des Libanais des "représentants de la féodalité politique" et des "partisans du mensonge politique".

He he he, non mais, il se relie ou il improvise toujours comme ça? A bien visionner la vidéo, il lie un prompteur et ça saute aux yeux, tellement il est mal à l'aise. Il devrait désormais improviser, ça lui évitera les niaiseries et les bourdes. C'est comme la campagne d'affichage : "Nos dires sont des actes". Sacré farceur! Gebrane Bassil oublie qu'il est l'incarnation même de la néoféodalité et du mensonge politiques. A moins qu'il n'ait finalement raison, les Libanais ont boudé son parti pour tout cela exactement ! Reste à féliciter les électeurs et les électrices qui ont accepté bon gré mal gré, d'être les dindons de sa farce électorale. Allez, santé à toutes et à tous, on n'en a pas fini avec les aventures de Don Quichotte de la République libanaise !


Arrivée de Don Quichotte et Sancho devant les moulins à vent
Place d'Espagne à Séville


« Là-dessus ils découvrirent trente ou quarante moulins à vent qu'il y a en cette plaine, et dès que don Quichotte les vit, il dit à son écuyer:
- La fortune conduit nos affaires mieux que nous n’eussions su désirer, car voilà, ami Sancho Panza, où se découvrent trente ou quelque peu plus, de démesurés géants, avec lesquels je pense avoir combat et leur ôter la vie à tous, et de leurs dépouilles nous commencerons à nous enrichir : car c'est ici une bonne guerre, et c'est faire grand service à Dieu d'ôter une si mauvaise semence de dessus la face de la terre.
- Quels géants? dit Sancho.
- Ceux que tu vois là, répondit son maître, aux longs bras, et d’aucuns les ont quelque fois de deux lieues.
- Regardez, monsieur, répondit Sancho, que ceux qui paraissent là ne sont pas des géants, mais des moulins à vent et ce qui semble des bras sont les ailes, lesquelles, tournées par le vent, font mouvoir la pierre du moulin.
- Il paraît bien, répondit Don Quichotte, que tu n’es pas fort versé en ce qui est des aventures: ce sont des géants, et, si tu as peur, ôte-toi de là et te mets en oraison, tandis que je vais entrer avec eux en une furieuse et inégale bataille.

Et disant cela, il donna des éperons à son cheval Rossinante (...) Il disait à haute voix: "Ne fuyez pas, couardes et viles créatures, car c'est un seul chevalier qui vous attaque". Sur cela il se leva un peu de vent, et les grandes ailes de ces moulins commencèrent à se mouvoir, ce que voyant don Quichotte, il dit : "Vous pourriez mouvoir plus de bras que ceux du géant Briarée : vous allez me le payez." (...) Bien couvert de sa rondache, et la lance en l'arrêt, il accourut, au grand galop de Rossinante, donner dans le premier moulin qui était devant lui, et lui porta un coup de lance en l'aile : le vent la fit tourner avec une telle violence qu'elle mit la lance en pièces, emmenant après soi le cheval et le chevalier, qui s'en furent rouler un bon espace parmi la plaine.

Sancho Panza accourut à toute course de son âne pour le secourir, et, quand il fut à lui, il trouva qu'il ne se pouvait remuer : tel avait été le coup que lui et Rossinante avaient reçu. 
- Dieu me soit en aide ! dit Sancho; ne vous ai-je pas bien dit que vous regardiez bien ce que vous faisiez, que ce n’étaient que des moulins à vent, et que personne ne le pouvait ignorer, sinon quelqu'un qui en eût de semblables en la tête? 
- Tais-toi, ami Sancho, répondit don Quichotte, les choses de la guerre sont plus que d'autres sujettes à de continuels changements, d'autant, j'y pense, et c'est la vérité même, que ce sage Friston, qui m'a volé mon cabinet et mes livres, a converti ces géants en moulins pour me frustrer de la gloire de les avoir vaincus (...) »

Extrait de "L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche",
un roman de Miguel de Cervantes, publié en 1605 et 1615

jeudi 10 mai 2018

Elections législatives au Liban, remise des prix : le « 12-Janvier » pour le Futur, le « 8-Mars » pour le CPL, le « 14-Mars » pour les FL/Kataeb et le « 7-Mai » pour le Hezb (Art.525)


Enno kel 3éréss 2elo qoriss, sacré Liban! Nous sommes le seul pays au monde où des ministres en exercice, candidats permanents aux élections législatives, font des pubs pour vanter les mérites de leurs actions. Hier, Gebrane Bassil, ministre de l'Energie, avec sa campagne « Leban(off)on », aujourd'hui, Nouhad Machnouk, avec ses affiches « Elections 2018 : le mariage du Liban ». Ouf, le jour J est derrière nous. Mais, avant de revenir à une vie normale, c'est le moment ou jamais, d'analyser les résultats à froid et de tirer les leçons qui s'imposent.


 I  Les élections ont eu lieu, mais après cinq ans d'autoprorogation! Rebelote en 2022


On l'a sans doute oublié un peu trop vite, ces élections surviennent avec cinq ans de retard, trois autoprorogations du mandat parlementaire, un boycott de 44 séances électorales et une vacance du pouvoir présidentiel de près de 900 jours, tout pour des raisons politiciennes. Mais pourquoi revenir dessus ? Parce qu'avoir des députés nases pour 4 ans est une chose, les avoir pour 9 ans, c'est tout autre! Or, rien n'indique que nous n'allons pas revivre la même chose à l'avenir.

Le mandat de l'actuel président de la République, expire fin octobre 2022, celui du nouveau Parlement, fin mai 2022. Normalement, c'est au prochain Parlement, qui sera élu au printemps 2022, d'élire le successeur de Michel Aoun. Pour ne pas prendre de risques, les heureux élus de 2018 peuvent être tentés demain par la fabrication d'une excuse sécuritaire, comme en 2013, qui leur permettrait de faire sauter les élections de 2022, de proroger leur mandat et d'élire le 14e président de la République, exactement comme ça s'est passé pour l'élection de Michel Aoun. C'est d'autant plus plausible que la majorité parlementaire actuelle penche du côté du 8-Mars, une coalition connue pour son interprétation politicienne de la Constitution.

On voit bien que notre démocratie bananière ne se débarrassera pas de son statut que si et seulement, nous mettons un terme à ces violations graves de la Constitution. L'arbitraire n'a pas sa place dans une démocratie digne de son nom. C'est le premier chantier législatif à mettre en route par les élus d'aujourd'hui.

 II  Le grand vainqueur du millésime 2018, le parti des abstentionnistes


Le taux national de participation s'élève à 49,2%. Ce chiffre est en baisse par rapport aux dernières législatives de 2009 où 54% se sont exprimés dans les urnes. Si en 2018, nous avions eu le même taux que 2009, 180 000 Libanais de plus se seraient déplacés dans les bureaux de vote.

Les causes de cette abstention sont multiples : le désintérêt de certains catégories d'électeurs pour la politique (les râleurs invétérés, les moins diplômés, les jeunes, les snobs et les bobos), la méfiance générale à l'égard des politiciens (à cause des promesses non tenues, des scandales à répétition et des magouilles politico-financières), l'impression que tous les politiciens se valent (la fameuse formule « kelloun ye3né kelloun ») et l'incompétence des politiciens à résoudre les problèmes chroniques des Libanais (difficultés de la vie quotidienne, dette abyssale, morosité économique, chômage de masse, cherté de la vie, blocages politiques, coupures électriques, pénuries d'eau, casse-tête des réfugiés syriens, désastre environnemental, cauchemar des embouteilles, etc.).

Il y a aussi deux facteurs à part dans le millésime 2018. D'un côté, l'immaturité des candidats de la société civile, qui peinent à ratisser large et à convaincre les électeurs libanais qu'ils représentent une alternative crédible. D'autre part, les nouvelles alliances incongrues conclus par les partis traditionnels, qui ont dérouté une grande partie de leurs sympathisants.

Ce taux national cache des disparités régionales importantes. Il serait réducteur et ridicule de croire que là où on a voté le plus, les électeurs sont plus démocratiques. La différence s'explique principalement par l'enjeu. La participation était élevée dans les circonscriptions et les cazas qui ont connu de vraies confrontations électorales. J'ai parlé dans mes articles électoraux de ces « mères de toutes les batailles législatives » et j'en avais identifié trois : Baalbek-Hermel, Batroun et Kesrouan-Jbeil. Ça n'a pas raté, ce sont dans ces trois circonscriptions qu'on a noté la plus forte participation.

 III  La loi électorale libanaise encourage plus l'abstention que la participation


Non moins prévisible était la variable concernant la loi électorale, qui le moins qu'on puisse dire, n'est pas de nature à provoquer le grand rush dans les bureaux de vote.
. Primo, parce qu'elle est compliquée, à cause de l'instauration de deux votes et du mode de désignation des heureux élus, pas clair pour tout le monde.
. Secundo, parce qu'elle est imprévisible à cause du quotient électoral qui dépend du taux de participation, différent dans chaque circonscription.
. Tertio, parce qu'elle brime les électeurs en les mettant devant des choix difficiles, avec des listes bricolées sans principes ni scrupules, face à une brochette de candidats hétérogènes, certains pouvant être particulièrement répulsifs. Et sans parler du fait, que le vote préférentiel, instaure de facto une compétition populiste entre les candidats de la même liste, censée être solidaires les uns des autres.

L'abstention au Liban s'explique en partie par la qualité des listes électorales libanaises. L'inscription sur ces dernières, contrairement à la France par exemple, est automatique. C'est une excellente chose car du coup, nos listes électorales reflètent le nombre absolu d'électeurs dans notre pays, ces derniers étant par la suite totalement libre de voter ou de ne pas voter. C'est logique et ça devrait rester la règle. Liban 1, France 0. Cependant, la tenue de nos listes électorales laissent à désirer : les noms des personnes décédées ne sont radiés que lorsque les familles signalent les décès, qui peut intervenir des années après.

L'autre élément qui peut élever les taux d'abstention se trouve dans la discrimination qui frappe les Libanais qui résident à l'étranger. Les Libanais-es du Liban n'ont absolument rien à faire pour voter le jour J des élections. Ce n'est pas le cas des Libanais de l'étranger. Ils doivent signaler longtemps à l'avance, leur intention de voter à l'étranger à l'ambassade du Liban de leur lieu de résidence. Pour le millésime 2018, ils n'avaient que quelques semaines pour le faire, entre octobre et novembre 2017. Qui rate la fenêtre d'inscription, est banni du vote à l'étranger. Qui s'inscrit doit faire parfois des centaines de kilomètres pour trouver son bureau de vote. Qui se trouve dans un pays où peu de Libanais se sont inscrits, est exclu du vote d'emblée. Plus grave encore, une fois inscrit dans une ambassade, on ne peut plus voter au Liban. Cette discrimination est de nature à augmenter artificiellement les taux d'abstention dans les différentes circonscriptions. Il faut que tout cela change.

 IV  « Prix du 12-Janvier » pour le Courant du Futur


La chute est terrible, le Courant du Futur passe de 33 à 21 députés. Pour beaucoup, il est le premier des perdants. Certes, les analystes n'ont pas tort, mais ils oublient deux détails.
. D'une part, le Futur était surreprésenté au Parlement sortant, grâce à l'ancienne loi électorale de 1960. Cette cure d'amaigrissement n'est qu'un retour au poids politique normal.
. D'autre part, en dépit de cette perte, le Futur demeure le premier parti politique au Liban. Par comparaison le Hezbollah ou Amal, ma3 kel eltabl wel zamr woul kharyané wou manyaké, ils sont à 13 et 16 députés. Quant aux CPL et aux FL, avec 29 et 16 députés, on parle de blocs parlementaires hétérogènes, et non de la part de ces partis proprement dit. Nuance.

La Bérézina du Futur s'explique par diverses raisons. Le parti a adopté une stratégie législative non partagée avec sa base électorale sunnite.

Le rapprochement entre le Futur et le CPL est totalement rejeté. Le parti des Aoun et Bassil, a passé le plus clair de son temps à s'attaquer au sunnisme politique et aux Hariri, père et fils.

Le refroidissement des relations entre le Futur et les FL, principal opposant au Hezbollah au Liban, demeure toujours incompris.

Les nombreuses concessions du Futur par rapport aux CPL, duo chiite et régime syrien, ne passent pas : soutenir la candidature de Sleimane Frangié à la présidence de la République et voter pour Michel Aoun, deux fidèles alliés du Hezbollah, accusé de l'assassinat de Rafic Hariri ; revenir sur sa démission sans contreparties sérieuses et sans dénoncer la propagande du Hezbollah sur sa rétention en Arabie saoudite et son exploitation politicienne par le CPL ; rejoindre le CPL sur l'hérésie des centrales flottantes (les navires-générateurs d'électricité) ; élire et réélire Nabih Berri à la tête du Parlement depuis 1992 ; intégrer le Hezbollah dans les gouvernements ; nommer un nouvel ambassadeur à Damas faisant du Liban le premier pays au monde à franchir le pas ; et j'en passe et des meilleures. La cerise sur le gâteau, était l'appel personnel et solennel de Saad Hariri à voter pour Gebrane Bassil à quelques jours du scrutin, une couleuvre difficile à avaler pour une partie de ses électeurs.

Saad Hariri est un dirigeant sincère et populaire. Mais ça ne suffit pas pour convaincre les électeurs de voter massivement pour les listes du Futur. La rue sunnite a envoyé un message très clair au parti. La stratégie législative définit par ses lieutenants est un fiasco. Il faut en tirer les conclusions qui s'imposent. Bien qu'incontournable pour le poste de Premier ministre, le leader du Futur sera à la merci de la bonne volonté du Hezbollah. Pour cela, il mérite le « Prix du 12-Janvier », date qui fait référence au coup de force qui a fait tomber son gouvernement en 2011, à cause du revirement de Walid Joumblatt.

 V  « Prix du 8-Mars » pour le Courant patriotique libre 


Certes, le bloc parlementaire constitué autour du Courant patriotique libre est le plus important du nouveau Parlement (29 députés). Mais c'est avec grande peine et au prix d'alliances tous azimuts que le CPL a réussi à décrocher cette première place. Pour cet exploit, le CPL a dû sacrifier certains de ces candidats naturels, membres du parti, au profit d'hommes d'affaires et d'alliances controversées avec le Hezbollah, le Parti social nationaliste syrien et al-Jamiaat el-islamiya. Son rapprochement avec le Courant du Futur n'était pas du goût d'une frange de sa base. Bilan des courses, il ne fait que deux députés de plus par rapport à la dernière législature. En 2009, 15 députés sur les 27 que comptait le bloc parlementaire étaient membres du CPL (20 si on compte ceux qui étaient sympathisant CPL, sans en être membres). En 2018, ils sont 18/29. Il a présenté un peu moins d'une centaine de candidats pour y parvenir. Pas de quoi pavoiser, sachant que son rival, les FL, n'ont présenté qu'une vingtaine pour obtenir au final une quinzaine de sièges.

Gebrane Bassil était très attendu dans ce millésime 2018, sur deux plans. D'une part, sur le plan personnel. On se demandait si le gendre de Michel Aoun, serait enfin capable de remporter le siège de Batroune, comme un grand, dans cette 3e tentative? Mission accomplie. D'autre part, sur le plan collectif, le parti. Bassil est président du CPL depuis 2015. Il a été élu dans des conditions contestées. Sa stratégie législative, basée sur le piochage-repêchage de candidats dans les milieux d'affaires, les alliances tous azimuts avec les adversaires d'hier et des partis peu recommandables, la mise à l'écart de candidats CPL et la brouille avec ses récents alliés des FL, a été vivement critiquée. Elle vient de montrer ses limites : deux députés de plus pour le bloc. Tout ça pour ça! C'est donc un échec pour Gebrane Bassil.

Tout laisse à penser que l'abstention a dû être plus forte dans les rangs des sympathisants CPL. Il faut dire que la déception est grande. L'impression est amplifiée par la prestation ministérielle médiocre de Gebrane Bassil depuis dix ans. Son passage au ministère de l'Energie (2009-2014), comme au ministère des Affaires étrangères (2014-2018), est un fiasco. La promesse de 2010 de rétablir le courant électrique 24h/24 à l'horizon 2014, reprise par des successeurs appartenant tous au Bloc du Changement et de la réforme, n'a pas été tenue. Au palais Bustros, ce n'est guère mieux. Sur près de 550 000 personnes concernées, seuls 83 000 Libanais se sont inscrits sur les listes électorales des ambassades pour voter à l'étranger, soit à peine 15%. Ce bilan accablant pour Gebrane Bassil a dû dissuader une frange des nouveaux électeurs et des électeurs indécis, d'aller voter et de donner leurs voix au CPL. Il est sûr et certain que les FL ont dû en profiter. En tout état de cause, la route de Baabda pour Gebrane Bassil est semée d'embûches.

Autre résultat très attendu pour le CPL c'est celui de Chamel Roukoz au Kesrouane. Le défi pour le général-retraité était de taille et triple : réussir sa conversion en politique (être élu), décrocher la médaille d'or (premier de la liste) et apparaître comme le leader fort des communautés chrétiennes (en obtenant la légitimité de ce fief maronite). Le principal objectif de Chamel Roukoz est de succéder à son beau-père, la députation pour lui, n'est qu'un tremplin vers la présidence de la République. Pari raté. Elu oui, mais Chamel Roukoz n'a obtenu que 7 300 voix préférentielles, soit 12,5% des suffrages exprimés (Kesrouane), à peine  7,7% des électeurs kesrouanais. Inutile de dire, c'est une misère. Du coup, le général-retraité n'arrive que 6e dans la course (sur 8). Les deux candidats FL le devancent largement, Ziad Hawat (Jbeil) a même le double de voix (36%). Il faut dire que son discours politique au cours de la campagne, a beaucoup déçu. Il s'est montré populiste, partisan et clivant. Eh oui, pour ce gendre aussi, la route de Baabda semble être semée d'embûches.

Le CPL mérite haut la main le « Prix du 8-Mars ». Alors qu'à l'origine, il a défilé le 14 mars 2005, depuis, y compris dans cette campagne électorale, il a fait tout ce qui est possible et imaginable pour entrer dans l'histoire comme un pilier du 8-Mars. Il est aujourd'hui l'incarnation la plus aboutie des Hezbollahi-compatibles. Quel gâchis.

 VI  Le « Prix du 14-Mars » revient au parti des Forces libanaises et aux Kataeb


Le parcours du parti des Forces libanaises n'est pas sans faute, mais il décroche aujourd'hui la palme d'or. Ils ont réussi à doubler la taille de leur bloc parlementaire, passant de 8 à 16 députés, allant même jusqu'à décrocher des sièges dans des circonscriptions tenues jusqu'alors par leurs principaux adversaires politiques, le Courant patriotique libre, au Kesrouane-Jbeil, comme par leurs ennemis politiques, le Hezbollah à Baalbek-Hermel. L'important succès des FL était prévisible comme je l'ai indiqué dans mes articles.

Ce succès s'explique par de nombreux facteurs : une assise populaire chrétienne au niveau national, la loi électorale proportionnelle, un découpage des circonscriptions adapté à leurs besoins électoraux, la fidélité du parti à ses principes (notamment l'édification d'un état de droit et une ligne politique anti-Hezbollah et anti-Assad), une campagne législative claire marquée par de nombreuses batailles électorales, l'avantage de leur situation d'outsiders (jouer pour gagner des sièges est plus confortable que jouer pour ne pas en perdre !), une prestation ministérielle immaculée (de ses trois ministres) et l'évitement des alliances incongrues (à l'opposé du CPL). De ce fait, il mérite de l'avis de tous, le « Prix du 14-Mars ». Ainsi, contrairement à tous les autres partis sans exception, les FL ont fait le plein d'électeurs, chez leurs fidèles sympathisants comme chez les nouveaux électeurs.

Seul bémol, l'accord stérile de Meerab, il n'a servi à rien. En tout cas, il n'y est pour rien, dans l'honorable score réalisé dans ce scrutin. Pire encore, il a fait perdre aux FL une frange de leurs sympathisants et des sympathisants du Futur, ainsi que des indépendants, déçus que Samir Geagea aient donné la présidence de la République sur un plateau en argent au plus ancien et fidèle allié du Hezb, Michel Aoun, sans aucune contrepartie. Si le show de Meerab n'avait pas eu lieu, les FL auraient peut-être eu plus de députés, et certainement plus de voix.

Le grand succès des FL doit être légèrement pondéré par la nature du bloc parlementaire des FL. Entre Antoine Habchi, FL jusqu'à la moelle, et Ziad Hawat, FL sans l'être, il y a une nuance. Cela n'enlève rien à l'engagement de l'ex-président du Conseil municipal de Jbeil. Mais beaucoup n'ont pas encore oublié la mésaventure des FL en 2009. Nadim Gemayel et Nayla Tuéni, ont été élus grâce aux voix des FL à Achrafieh, avec l'engagement pré-électoral de rejoindre le bloc des FL, chose qu'ils n'ont jamais faite. Si le fils de Bachir s'est toujours montré fidèle et solidaire des FL, la fille de Gebrane a été d'une ingratitude incroyable.

Les Kataeb ont un parcours politique pratiquement sans faute depuis un certain temps. Ils sont menés par Samy Gemayel, un jeune leader qui n'est pas mouillé dans la guerre et qui vient d'une grande famille qui a beaucoup donné au Liban. Il est jeune et dynamique. Ses idées sont progressistes. Mais il n'arrive pas à tailler pour son partie une bonne place au soleil. Pas facile d'être le fils d'Amine Gemayel, sans en payer le prix fort. En plus, la rue chrétienne ne semble pas assez large pour trois grands partis politiques. Il n'y en a que pour deux : le Courant patriotique libre et les Forces libanaises. Ce sont les deux seules formations chrétiennes qui ont une assise populaire sur tout le territoire national.

 VII  « Prix du 7-Mai » pour le Hezbollah

Certes, le Hezbollah sort de ces élections avec un bloc parlementaire assez confortable. Avec le mouvement Amal, le duo chiite préserve son hégémonie sur la rue chiite, tout à fait. Il est vrai aussi que l'opposition chiite ne le menace pas encore. Ses alliés du Courant patriotique libre, notamment Gebrane Bassil et Chamel Roukoz, n'ont pas manqué de réitérer leur attachement à l'alliance stratégique conclue en 2006 entre les deux formations. Enfin, le Hezb a beaucoup d'éléments pour affirmer qu'il sort gagnant des élections législatives. Et pourtant, Hassan Nasrallah ne peut certainement pas se reposer sur ses lauriers, encore moins dormir sur ses deux oreilles.

Et pour cause, le parti-milicien chiite reste une entité terroriste pour une partie des Libanais et la majorité des Syriens, ainsi que pour l'écrasante majorité des Arabes et des Occidentaux, il est poursuivi pour l'attentat terroriste ayant tué l'ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri (et 21 autres personnes), et dont le chef souffre d'un déficit chronique en vitamine D, depuis qu'Israël l'a assigné à vivre loin du soleil d'Allah (au crépuscule du 12 juillet 2006).

Qui suit de près le Hezbollah, ne peut que relever les nombreux signes de fébrilité qu'il a montré au cours de ces législatives.

Avant les élections, Hassan Nasrallah est contraint d'annoncer qu'il peut être amené à faire du porte-à-porte pour motiver les électeurs chiites, afin de défendre son fief de Baalbek-Hermel et de remporter la bataille électorale, et d'envoyer une meute pour passer à tabac le journaliste Ali el-Amine, candidat à un siège chiite dans le Sud-Liban et opposant au Hezb, l'idée même qu'il ait pu défier le parti-milicien lui était insupportable.

Pendant les élections, le Hezbollah est contraint de faire pression pour laisser les portes des bureaux de vote de la circonscription ouvertes tard dans la soirée, afin d'amener les électeurs chiites à voter.

Après les élections, incapable d'empêcher la percée des FL dans son fief de Baalbek-Hermel ou de faire élire son candidat chiite dans le fief de son allié du CPL à Kesrouane-Jbeil, il est obligé de lâcher ses hordes de sympathisants cyclomotoristes dans les régions chrétiennes et sunnites de Beyrouth, allant jusqu'à agresser des sympathisants du Futur, commettre des actes de vandalisme sur la statue de Rafic Hariri (Saint-Georges), tirer en l'air et scander « Beyrouth est devenue chiite », afin de convaincre par la force et le tapage qu'il a remporté les élections et qu'il est le maître incontesté du jeu politique.


Cette fébrilité électorale s'explique par trois éléments:
• le Hezb savait qu'il avait atteint un plafond au Liban concernant la taille de son bloc parlementaire, il peut augmenter le nombre des Hezbollahi-compatibles et des idiots utiles, mais pas celui de ses propres députés ;
• son plus fidèle allié, le Courant patriotique libre, est de plus en plus séduit par une entente pragmatique avec son ennemi, le Courant du Futur ;
le Hezb craignait l'arrivée en force au Parlement et au Conseil des ministres, de son ennemi juré, le parti des Forces libanaises.

Cette crainte se réalise au pire moment, où le vent géopolitique lui est défavorable. L'étau se resserre sur le parti-milicien dans son procès devant le Tribunal Spécial pour le Liban concernant l'attentat terroriste du 14 février 2005. Il vient d'être accusé d'ingérence dans les affaires intérieures du Maroc. Les sanctions financières américaines contre lui sont renforcées régulièrement. Bachar el-Assad est sauvé temporairement, mais la survie de sa tyrannie à long terme est loin d'être assurée. Son parrain, wali-fakih Ali Khameneï, peine à s'implanter durablement en Syrie (ses installations sont régulièrement visées par Israël, pas plus tard que la nuit dernière!) et n'arrive pas à profiter du chaos régional pour passer en douce de nouveaux armements à la milice chiite libanaise (régulièrement bombardés par Tsahal). Pire encore, le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, renvoie la République islamique d'Iran à la case de départ et aux sanctions, privant le Hezb d'une manne financière précieuse, pour acheter le silence de la communauté chiite libanaise après les lourdes pertes humaines qu'elle a payées dans le conflit en Syrie (plus de 1 500 morts). Le pompon c'est la dernière menace israélienne : le Liban sera tenu responsable de toute action menée par le Hezbollah contre Israël.

Mais le plus grave pour le Hezbollah est ailleurs. Le parti-milicien chiite libanais prouve jour après jour à une grande partie des Libanais, qu'il constitue une anomalie au Liban, et du Machreq au Maghreb, et tant qu'ils ne se décident pas à y mettre un terme, le pays du Cèdre ne connaitra ni paix, ni prospérité, ni état de droit bien sûr, ni même électricité. Il restera qu'un pays sous-développé, à la merci de ses encombrants voisins, la Syrie, l'Iran et Israël.

Si on analyse les données législatives avec le prisme 8-Mars (pro-Hezb, pro-Assad) vs. 14-Mars (anti-Hezb, anti-Assad), les résultats électoraux sont inquiétants. Dix ans après l'invasion de Beyrouth et du Mont-Liban par les miliciens du Hezbollah, certains Libanais ont décidé d'offrir à la nation un nouveau Parlement où le parti-milicien, ainsi que les Hezbollahi-compatibles et les idiots utiles, détiennent la majorité relative, voire absolue càd les 2/3 de l'Assemblée nationale. Si demain matin Michel Aoun décède, longue vie au général!, tout ce beau monde peut se réunir dans l'après-midi pour élire Jean Obeid, Mikhael el-Daher ou un tocard de la même catégorie. Ils peuvent même modifier la Constitution à leurs heures perdues. Bref, les élections législatives libanaises ont conduit à un 7-Mai politique. Voilà pourquoi le « Prix du 7-Mai » revient naturellement au Hezbollah.

 VIII  Pour en finir avec notre démocratie bananière


Franchement, ce qui me préoccupe en ce début de mandat, ce sont tous ces éléphants roses lâchés au cours de cette campagne électorale et qui encombrent l'espace aérien libanais aujourd'hui. Qu'est-ce qu'ils vont devenir? Croire que le faible taux de participation fera honte aux vainqueurs et les poussera à mieux travailler pour le bien collectif, là où plus de la moitié des électeurs ne se sont pas exprimés, les deux-tiers à Beyrouth, c'est espérer que les crocodiles ont des états d'âmes et versent de chaudes larmes en dévorant leurs proies. Certains verraient dans cette prose une métaphore. Antoine Constantine Pano (CPL) est un représentant de la nation avec 539 voix préférentielles obtenues dans la première circonscription de Beyrouth. Il faut dire qu'il appartient à la confession chrétienne dite « minorités ». Alors, vous comprenez mieux pourquoi Joumana Haddad était furax, à quelques voix, elle se voyait parader pendant quatre ans dans une voiture avec une plaque d'immatriculation « Parlement libanais ». Ah j'ai mieux, Eddy Demirdjian (indépendant) a été élu pour le siège arménien orthodoxe à Zahlé avec 77 voix préférentielles, représentant 0,7% des suffrages préférentiels exprimés. Vous comprenez mieux maintenant pourquoi la députation suscite autant de vocations et d'opportunisme.

Si nous voulons améliorer notre démocratie bananière, il va falloir agir sur beaucoup de paramètres, à commencer par la loi électorale. Elle est stupide, nous venons de la tester. Pour les raisons que j'ai évoquées plus haut, mais aussi parce qu'elle instaura un seuil éliminatoire pour la sélection des listes (le quotient électoral), mais aucun pour la désignation des élus (le vote préférentiel) !

Je reste partisan de la circonscription uninominale à un tour, avec réduction du nombre de député de moitié, combiné au tirage au sort, je suis aussi sérieux que l'étaient Aristote, Rousseau et Montesquieu. Ce sont les seules modes de scrutin qui permettent de déconfessionnaliser les élections. La copie de la loi électorale est à revoir. Les nouveaux Parlementaires doivent s'y mettre dès demain et pas la veille des élections 2022, qui probablement n'auront pas lieux à temps, comme je l'ai expliqué précédemment du fait du décalage de la fin des mandats parlementaire et présidentielle, et du manque de respect de la Constitution par la nouvelle majorité.

Il faut par ailleurs veiller à mettre à jour les listes électorales, en imposant aux médecins, hôpitaux et autorités religieuses (responsables des enterrements), l'obligation de signaler les décès aux autorités administratives. Pour remédier à la faible inscription des Libanais sur les listes électorales consulaires, là aussi, il faut légiférer en simplifiant la procédure d'inscription à distance, en prolongeant les délais d'inscription et/ou en instaurant le vote électronique sécurisé (en supprimant le vote par bulletin en papier).

Dans ce chantier, il faut en finir une fois pour toutes avec les autoprorogations et les vacances du pouvoir. Je propose pour ma part l'interdiction constitutionnelle de toute autoprorogation parlementaire sauf en cas de force majeure (catastrophe naturelle, guerre, etc.) et l'instauration du principe du conclave présidentiel, à l'instar du Vatican (l'enfermement des députés, jusqu'à l'élection du président; imaginer l'idée!).

 IX  Et maintenant, on va où ?


Il est indéniable que depuis lundi, le Liban est entré dans sa deuxième phase post-indépendance. La première, marquée par la mini-guerre civile du 7-Mai (2008), n'a duré que 13 ans (2005-2018). Elle s'est terminée ironiquement un 7 mai.

Si on trie les 128 nouveaux parlementaires par famille et affinité, on obtient trois catégories :

les ex 8-Mars, que nous devons désormais désigner par les Hezbollahi-compatibles, sortent de ces élections avec une coalition de 68 députés, répartie de la manière suivante : Hezbollah 13 députés, Amal 16 députés, Courant patriotique libre et ses alliés 29 députés, Mikati 4 députés, Parti social nationaliste syrien 3 députes, Marada 3 députés ;

les ex 14-Mars, que nous devons dorénavant désigner par les Hezbollahi-incompatibles, sortent des législatives avec une coalition de 38 députés, répartie de la manière suivante : Courant du Futur 21 députés, Kataeb 3 députés, Forces libanaises 16 députés ;

les soi-disant indépendants, hezbollahi-compatibles et incompatibles sont composés de 22 députés : Parti socialiste progressiste 9 députés, divers 13 députés (dont Michel Mouawad, Michel Murr, Farid Heïkal el-Khazen, Fouad Makhzoumi, Oussama Saad, Paula Yacoubian).

Ainsi, les ex-8 Mars peuvent avoir sans problème la majorité relative et facilement la majorité absolue, alors que pour les ex-14 Mars, c'est mission impossible au cours de cette législature, au Parlement comme au Conseil des ministres, qui sera calqué sur son profil. Il faut en prendre acte, respecter le choix démocratique des Libanais et préparer la revanche, ce n'est pas la fin du monde, le 8-Mars a déjà gouverné seul entre 2011 et 2014. Celle-ci passe par une analyse approfondie pour connaitre ce qui s'est passé : comment le camp souverainiste 14-Mars, victime d'assassinats politiques, est passé de la situation majoritaire (2005-2011), à une situation instable (2011-2014), puis à une situation égalitaire (2014-2018), pour finir dans une situation minoritaire (2018-2022)?

La seule raison d'espérer réside dans la victoire éclatante des Forces libanaises. D'une part, elle donne au parti le plus hostile à l'hégémonie du Hezbollah au Liban, et aux Kataeb, une vingtaine de députés, un poids politique suffisamment important, qui se traduira au gouvernement, pour peser efficacement sur les décisions, comme dans le cas du deal sur les centrales flottantes. D'autre part, elle sert de leçon à leur ex-allié, le Courant du Futur, pour le pousser à écouter plus sa base électorale, s'il veut remonter la pente aux prochaines élections.

Enfin, tout le monde doit tâcher de ne pas oublier la principale leçon de ce scrutin : pour motiver les électeurs, il faut créer un intérêt, de vrais enjeux et des promesses plausibles, et quelques batailles électorales. A titre d'exemple, le clivage 8-Mars / 14-Mars est mort. Vive le clivage Hezbollahi-compatibles / Hezbollahi-incompatibles.

vendredi 4 mai 2018

L'arbre de décision : pour qui voter aux législatives au Liban dimanche ? Trilogie électorale : troisième volet (Art.524)


C'est un outil précieux d'aide à la décision. Et Dieu sait qu'on en aura besoin dimanche au Liban. Très appliqué en médecine, on retrouve le concept en géopolitique comme dans la fouille de données. De question en question et selon les réponses, on est orienté de branche en branche jusqu'à la décision finale.



Avec 597 candidats opportunistes dans la majorité des cas, 15 circonscriptions non-homogènes, 9 grands partis politiques aux alliances incongrues et une flopée de candidats de la société civile bien camouflés, il est impossible de faire un véritable arbre électoral de décision. Cependant, on peut appliquer ce principe pour trier les candidats et voir plus clair. Il est évident que cette méthode civique ne s'adresse pas aux partisans des démocraties bananières, ayant une approche primitive des élections, qui votent à l'aveugle en bloc pour un parti, un zaïm ou un candidat, et qui, pour rien au monde, ne changeront d'avis. Oubliez-les, ils sont irrécupérables.

En réfléchissant bien, j'ai identifié cinq sujets fondamentaux qui sont au centre de la problématique libanaise.

 1  Une dette publique abyssale : l'insoutenable légèreté des dirigeants libanais


• Notre dette publique est abyssale. Elle se situe à près de 80 milliards de dollars, soit près de 20 000 $ par personne, 80 000 $ par famille. Ils sont là tous, à promettre la lune, alors que ces chiffres effroyables laissent peu de marge aux projets, même pour acheter des crayons aux fonctionnaires. Si nous devons trier les candidats sur ce critère fondamental, nous voterons blanc. Mais voter blanc, c'est laisser des candidats encore plus incompétents aggraver la situation de notre pays.

• Ils parlent tous de la lutte contre la corruption. On a même inventé un ministre pour la tâche. Il est du Courant patriotique libre et il brille par son absence depuis un an et demi.

• Ils parlent tous de gaspillage de l'argent public. Et pourtant, notre assemblée nationale souffre d'une obésité morbide pour les finances publiques, 128 députés pour 4,5 millions d'habitants. Aucun parti ne propose de s'attaquer à ce surpoids parlementaire. Si la France avait notre boulimie parlementaire, elle aurait 1 906 députés au lieu de 577, soit 3 fois plus. Et si les Etats-Unis se décidaient de faire de même, alors là, ils auraient 9 273 représentants au lieu de 435, soit 21 fois plus. Nos dirigeants sont allés mendier une dizaine de milliards de dollars à la conférence Cedre (Paris IV), alors qu'ils ne sont pas fichus de faire des économies évidentes, sur ces députés au rendement médiocre et qui sont payés à vie.

• Le cumul du déficit dans le secteur électrique depuis la fin de la guerre dépasse les 30 milliards de dollars, et on nous promet encore un énième plan pour mettre un terme à cette hémorragie financière chronique.

• Et pour renflouer les caisses, vous avez cru qu'ils s'attaqueraient à la fraude et aux fraudeurs, comme par exemple à ceux qui ne paient pas l'électricité ou trafiquent leur compteur. Non, ils ont imposé de nouvelles taxes aux gentils contribuables. Vous avez cru qu'ils s'attaqueraient aux magouilles du port et de l'aéroport de Beyrouth. Non, ils se sont attaqués aux locations anciennes de Beyrouth, en votant une loi à l'unanimité pour expulser les natifs de la capitale et la classe moyenne de leurs appartements afin d'offrir les beaux quartiers de la ville aux promoteurs sans scrupules. Vous avez cru qu'ils relanceraient l'économie en encourageant les jeunes entrepreneurs. Non, ils ont rédigé l'article 50 de la loi de finances, qui donnera la résidence permanente à tout étranger qui achète un appartement de 500 000 $ à Beyrouth et de 330 000 dollars en dehors de Beyrouth, voté à l'unanimité (y compris par le Courant patriotique libre, signé par le président de la République lui-même, malgré la mascarade opposition populiste de Chamel Roukoz!), à l'exception des Kataeb, une disposition qui encouragera le blanchiment d'argent, ainsi que la spéculation immobilière, et rendra Beyrouth inaccessible aux Libanais.

• Alors, que pense Lucien Bourjeily et ses friends de cette problématique ? C'est là où le bât blesse, il n'en pense pas moins que ceux qui sont déjà au pouvoir depuis belle lurette, le Courant du Futur, le Courant patriotique libre, le Mouvement Amal et le Hezbollah, qui possèdent les plus grands blocs parlementaires et la majorité relative au Parlement depuis la seconde indépendance (2005), qui laissent filer la dette publique et qui poussent le Liban au bord de la faillite.

 2  L'électricité, le plus grand scandale depuis la proclamation du Grand Liban


• Avant la guerre de 1975, nous étions la Suisse de l'Orient. Nous avions l'électricité 24h/24. Nous vendions même notre excédent électrique à la Syrie. A la sortie de la guerre en 1990, nous étions dans le noir, près de 6h/jour. Voilà plus de 27 ans que la guerre est finie et nous n'avons toujours pas l'électricité 24h/24, les coupures sont quotidiennes, elles peuvent couvrir la moitié de la journée dans certaines régions, malgré les innombrables plans et promesses, et une trentaine de milliards de dollars d'argent public jeté par les fenêtres et dans les poches de certains. Il ne faut pas rêver, sans le courant alternatif en continu, le Liban restera un pays sous-développé.

• Tous les ministres libanais de l'Energie qui se sont succédés de 1990 à 2018, étaient ou sont liés d'une manière ou d'une autre au même camp politique, al-mouména3a. Depuis dix ans, le ministère de l'Energie est entre les mains du Bloc du Changement et de la Réforme, coalition parlementaire formée autour du Courant patriotique libre (CPL). Le parti qui a le plus contrôlé le ministère de l'Energie depuis 1990 est justement le CPL, celui de Michel Aoun et de Gebrane Bassil. Le ministre qui a passé le plus de temps au ministère de l'Energie est justement, l'actuel chef du CPL, le gendre de Michel Aoun, Gebrane Bassil. 4 ans et 3 mois au total.

Présentation du plan Gebrane Bassil au peuple libanais (2010-2011), via la campagne "Leban(off)on : Le Liban s'illuminera de nouveau 24h/24", le rétablissement du courant était prévu à l'horizon 2014, il y a plus de trois ans.

• Depuis une dizaine d'années, le bloc parlementaire formé autour du CPL détient une trentaine de députés, une vingtaine CPL pur et dur, une dizaine de ministres (CPL et part du président). C'est sans oublier que pendant trois ans, le CPL n'a gouverné qu'avec ses alliés du 8-Mars, sans le 14-Mars (2011-2014), et que depuis un an et demi, le président de la République n'est autre que l'ancien chef du CPL. Même dans des conditions aussi avantageuses, le Courant patriotique libre a échoué à ramener l'électricité 24h/24 pour les Libanais, à l'horizon 2014, comme il l'a promis à coup d'annonces et de pubs, depuis 2010.

• Selon des estimations officielles et privées, jusqu'à 78% de l'électricité distribuée est volée et 38% des factures ne sont pas payées au Liban. Et pourtant, les cinq derniers ministres de l'Energie (depuis 2005), appartenant au Hezbollah, au Courant patriotique libre et au bloc du Changement et de la réforme, n'ont jamais été capable d'exposer aux Libanais qui paient gentiment leurs factures, comment ils comptent s'y prendre pour lutter contre la fraude massive dans ce secteur au quatre coin du Liban.

• Et pour mieux camoufler leur gestion désastreuse du secteur électrique, Gebrane Bassil et César Abi Khalil, Courant patriotique libre, n'ont rien trouvé de mieux que de louer des centrales électriques flottantes. Et qui a marché dans la combine, le Courant du Futur. Les deux adeptes de ces centrales flottantes, le Courant patriotique libre et le Courant du Future, n'osent pas avouer aux Libanais que ces navires-générateurs d'électricité coutent 850 millions de dollars par an aux contribuables, soit 4,25 milliards de dollars sur 5 ans au budget de l'Etat, de l'argent jeté purement et simplement par les fenêtres. Les navires-générateurs sont une pure hérésie, pour un pays qui est endetté à hauteur de 80 milliards de dollars, où le vol du courant électrique atteint 78% dans certaines régions et qui croulent sous le poids de plus d'un million de réfugiés syriens qui ne paient pas l'électricité qu'ils consomment.

• Nous sommes partis en 2010 du plan de Gebrane Bassil pour avoir l'électricité 24h/24, on finit en 2018 par aller mendier quelques heures d'électricité au régime d'un pays plongé dans la guerre depuis sept ans ! Entre les deux courants, Patriotique libre et Futur, adeptes des navires-générateurs, et le tandem chiite, Amal et Hezbollah, partisans de l'achat d'électricité de la Syrie, les Libanais ne savent plus à quel projet sain ils peuvent se fier !

• Il est donc clair, que si les Libanais veulent avoir l'électricité 24h/24 rapidement dans cette vie, ils doivent changer de procédé. Primo, sanctionner ceux qui ont eu la charge du secteur électrique depuis 1990, à partir de 2005 notamment, et ont échoué lamentablement: le Hezbollah, le bloc du Changement et de la réforme et le Courant patriotique libre. Secundo, désapprouver les adeptes de l'hérésie des centrales électriques flottantes comme de l'achat d'électricité de la Syrie, le Courant patriotique libre et le Courant du Futur, ainsi qu'Amal et le Hezbollah. Tertio, faire pression pour que ce « ministère-vache à lait » et « gouffre financier » passe entre les mains de candidats d'autres couleurs politiques ou de technocrates. Basta cosi.

 3  Le casse-tête des réfugiés syriens au Liban


• L'afflux massif de réfugiés syriens au Liban depuis sept ans, fuyant la guerre et le double terrorisme du régime d'Assad et de Daech & Co, a mis tous les voyants du pays du Cèdre au rouge. Marché du travail, secteur immobilier, électricité, embouteillage, sécurité, tensions communautaires, environnement, secteur hospitalier, etc. Aucun pays au monde n'est préparé pour accueillir, en peu de temps, un million et demi de personnes d'une même nationalité, encore moins, pour une immigration qui équivaut un tiers de sa population.

L'arrivée massive de réfugiés syriens au Liban s'est fait essentiellement en 2012 et 2014, à une époque où le Liban était gouverné exclusivement par les forces politiques du 8-Mars, via le gouvernement de Najib Mikati (un ami personnel de Bachar el-Assad). Le Conseil des ministres, le pouvoir exécutif de l'époque, était composé de la manière suivante: part du Bloc du Changement et de la réforme de Michel Aoun (11 ministres, dont 6 CPL), part autour du duo chiite Amal-Hezbollah (7 ministres), part de Najib Mikati (5 ministres), part de Michel Sleimane (3 ministres), part de Joumblatt (3 ministres). Voilà donc les principaux responsables de l'afflux massif de réfugiés syriens au Liban.

• Sept ans plus tard, la tyrannie des Assad a réussi à s'imposer sur le terrain sans remporter la guerre pour autant, grâce au triple soutien politique, financier et militaire de l'Iran et de la Russie ; le Hezbollah est mouillé jusqu'au cou dans le bain de sang en Syrie ; Daech est anéanti grâce à la coalition internationale formée autour des Etats-Unis ; plus d'un million et demi de Syriens résident toujours au Liban (librement ou en tant que réfugiés).

• L'objet du déplacement de la population syrienne au Liban, fuir le régime syrien, est toujours là. La Syrie n'est que ruine et désolation, mais le tyran de Damas crie victoire. Pire encore, je l'ai dit et redit, je persiste et signe, Bachar el-Assad fait tout ce qui possible et inimaginable pour laisser les réfugiés syriens au Liban. Ce projet pernicieux lui permettra à la fois, de se débarrasser d'une population sunnite gênante qui constitue un risque potentiel pour le régime alaouite, et d'autre part, de réaliser ce que la tyrannie des Assad père et fils n'a pas réussi à faire militairement, la colonisation syrienne du Liban et l'annexion de facto du pays du Cèdre à la Grande Syrie.

• Aujourd'hui, le dossier des réfugiés syriens au Liban est devenu un casse-tête. Les principaux responsables sont tous ceux qui ont soutenu, de près ou de loin, officiellement ou officieusement, par conviction ou par omission, la tyrannie des Assad, et plus particulièrement, ceux qui ont composé le gouvernement de Najib Mikati : Najib Mikati, Michel Sleimane, le Tashnag, le Parti socialiste progressiste, Amal, le Courant patriotique libre et le Hezbollah.

 4  Le désastre environnemental au pays où coulaient jadis le lait et le miel


• Il n'y a pas d'autres mots pour décrire la situation, c'est un désastre. Urbanisation massive, nuisance sonore généralisée et continue, laideur architecturale, diminution des espaces verts, déforestation (pour les nouvelles constructions, comme pour le bois de chauffage), chaleur urbaine, pollution atmosphérique, disparition des espèces, hélas, la liste est bien longue. Toutes les études du genre le confirment, le pays où coulaient jadis le lait et le miel, s'enlise de nos jours dans la pire catégorie qui soit, un pays où la qualité de vie est basse et le coût de la vie est haut. L'environnement, un autre domaine relégué au second plan.

• Et alors que la situation est catastrophique et que le sujet est totalement absent de l'esprit des valeureux candidats aux législatives et des rares débats complaisants organisés par les chaines de télévision libanaises (qui se font payer d'ailleurs pour recevoir les candidats, quelle mascarade de démocratie!), tout ce que Joumana Haddad, une des journalistes de la société civile qui se présente à Beyrouth, trouve à proposer c'est de planter des arbres sur les rooftops de la capitale. Non mais, ho hé, on ne va quand même pas les planter au sol ces arbres! C'est complètement dépassé. Et allons-y pour un tour des projets les plus délirants, les toitures végétalisées, les murs végétaux et la piste de saut à ski nautique de Ouyoune el-Simane à Raouché. Enfin, pourquoi faire simple et pas cher, quand on peut faire cher et compliqué, hein?

Ces idées montrent à quel point la société civile peut être déconnectée de la réalité. La végétation, il faut la mettre au sol, là où elle est censée être en toute logique. Ni aux toits ni aux murs. C'est le plus simple et le moins cher. Il est évident qu'on parle de l'argent public, car sur le plan privé, chacun installe ce qu'il veut sur son toit, une piscine, un arbre ou un cirque. Là aussi, si on trie les candidats sur ce critère, il ne restera personne en lice pour qui voter. Toutefois, c'est un sujet sur lequel nous pouvons agir. Plus nous sommes nombreux à le réclamer, plus nous avons une chance d'être entendus.

• Comme on ne peut pas créer de nouveaux parcs-jardins-squares dans nos villes, à cause de la forte demande immobilière et du coût des terrains, il n'y a qu'une solution pour augmenter la surface des espaces verts, les arbres d'alignement. Il y a près de six ans, j'ai fait un rêve et je l'ai traduit en article : « De grands arbres dans toutes les rues de Beyrouth... Yes we can ! » L'idée commence à frayer son chemin. Mais nous sommes loin de toutes les rues, de toutes les villes et de toutes les routes du Liban, sans exception, et de grands arbres svp (comme des ficus, peupliers, platanes, chênes, noyers, cèdres... pas des arbustes à la con!). Et je ne cesserai de militer pour que la municipalité de Beyrouth arrête enfin de mutiler les arbres des trottoirs existants pour en faire de ridicules boules décoratives, dans un pays si pollué et si chaud, et dépourvu de grands espaces verts. Plus de verdure c'est bon pour le moral, la santé humaine (moins de pollution), l'environnement (moins d'émission de CO2, principal gaz à effet de serre), la consommation énergétique (moins de clim), etc.

 5  L'anomalie du Hezbollah : du Machreq au Maghreb !


• L'anomalie que constitue le Hezbollah du Machrek au Maghreb en général, et au Liban en particulier, c'est l'alpha et l'oméga de l'état de pourrissement qui affecte le pays du Cèdre. Même en se réfugiant derrière les fumeuses formulations du développement et de la croissance, du changement et de la réforme, personne n'investira un kopeck dans notre pays, tant que cette anomalie existe et pour diverses raisons.

. Primo, parce que ce parti illégal armé évolue en parallèle aux institutions de l'Etat, il est accusé d'assassinats politiques (Rafic Hariri, procès en cours à La Haye) et il est classé terroriste (par la majorité des pays arabes, européens et américains).
. Secundo, parce que cette milice utilise ses armes pour influencer les décisions politiques (2006-2008, 2011) et militaire (évacuation sous haute protection de Daech de l'Anti-Liban vers la Syrie en 2017).
. Tertio, parce que ce parti-milicien est capable de plonger le Liban dans une interminable guerre civile étrangère (Syrie, 2011-2018) et de déclencher une guerre avec Israël à tout moment sur ordre du Guide suprême de la République islamique d'Iran (2006), et revenir expliquer aux Libanais que c'est non seulement dans l'intérêt du Liban, mais que la dilapidation d'une dizaine de milliards de dollars (l'équivalent de la moitié du PIB de l'époque) pour libérer un prisonnier (Samir Kuntar) est une « victoire divine » (guerre de Juillet).

• Tout ce développement pour dire qu'aucun candidat, y compris de la société civile, ne peut se cacher derrière la feuille de vigne du développement et zapper les conséquences sociales, économiques et politiques que constitue l'anomalie du parti-milicien chiite au Liban, ou se contenter de quelques généralités vaseuses sur le sujet.

• Revenons à l'électricité, comme je l'ai expliqué dans mon dernier article, un des problèmes concernant ce secteur est le branchement illégal sur le réseau public. Des gens consomment et ne paient pas. Tout plan sérieux doit s'attaquer à la lutte contre la fraude et les fraudeurs. Est-il possible de le faire sur tout le territoire libanais sans que les agents de l'Etat ne risquent leur vie dans certaines régions? Actuellement, non. Ce qui nous amène au coeur du problème, l'extension de la souveraineté à tout le territoire libanais et l'édification d'un état de droit. C'est possible partout, sauf dans les régions contrôlées par le Hezbollah. Et pourquoi donc? A cause de ses armes et d'une ferme volonté de ce dernier de protéger les fraudeurs. On revient donc à l'anomalie que constitue le Hezbollah au Liban.

• Restons sur l'électricité. Comme je l'ai dit, pas d'électricité étatique en continu, pas de développement, le Liban restera un pays sous-développé. Il peut y avoir des projets privés ici et là, mais l'électricité au Liban doit rester une affaire d'Etat. Nulle part au monde ce sont les Assaad Nakad  qui contrôlent ce secteur, sauf dans les républiques bananières. Et c'est pour cette raison justement que ce le PDG d'Electricité de Zahlé, présenté pendant longtemps comme un symbole de la société civile, a décidé de faire tomber le masque, comme Ziad Baroud et Neemat Frem, et de se présenter sur la liste du Courant patriotique libre, afin de sauver son business lucratif et empêcher qu'il ne passe entre les mains de l'Etat libanais à l'expiration de la durée de la concession accordée à sa famille dans les années 1920, cette année justement quelques mois après les élections, comme par hasard.

• En tout cas, et si demain sur ordre de wali el-fakih, Ali Khameneï, le Hezbollah déclenchait une guerre contre Israël et que l'Etat hébreux décidait de bombarder les centrales électriques flambant neuves, qui paiera la facture de la reconstruction? Ah mais ils n'oseront pas, à cause de « l'équilibre de la terreur » imposé par le Hezbollah. C'est ce pense le général-retraité Chamel Roukoz. Foutaises. La milice libanaise n'a rien, absolument rien pu faire pour empêcher Tsahal de s'acharner sur le Liban pendant 33 jours en 2006. Ils oseront comme dans le passé et ça sera la dette publique, donc les Libanais, qui couvrira les nouveaux milliards dilapidés. Il est évident, tant que la décision de faire la guerre n'est pas entre les mains de l'Etat libanais, que le parti-milicien n'est pas désarmé et dissout, et ses miliciens renvoyés chez eux et non intégrés dans l'armée libanaise (nuance!), nous serons condamnés à un éternel recommencement et aux éternelles coupures électriques.

« La paix et la guerre sont des priorités. Mais nous nous sommes mis d'accord sur le fait que le modèle de la résistance (autodésignation du Hezbollah), et l'expérience paramilitaire, ces groupés armés capable de dissuader Israël d'attaquer, est une expérience réussie, de l'avis de tous les experts militaire dans le monde. » C'est de l'avis de Ziad Aabs surtout, le candidat au siège orthodoxe dans la première circonscription de Beyrouth, sur la liste de « Koullouna Watani », un collectif qui se présente dans plusieurs circonscriptions dans la région du Mont-Liban, sous l'étiquette d'une soi-disant « société civile ». Dans la capitale cette liste regroupe Lucien Bourjeily, Paula Yacoubian, Joumana Haddad, Yorghi Teyrouz, etc.

La journaliste l'interrompt et lui demande: « Alors, si je comprends bien, les 66 candidats de 'Koullouna Watani' sont d'accord sur le principe de la résistance (Hezbollah)? » Sûr de lui, l'ancien membre du Courant patriotique libre et grand défenseur du Document d'entente signé entre Michel Aoun et Hassan Nasrallah, reprend ses esprits et la formulation : « Nous sommes d'accord sur une stratégie de défense qui repose en partie sur le triptyque peuple-résistance(hezbollah)-armée ». La messe est dite, les masques sont tombés. Libre à Ziad Abs de fumer une moquette de mauvaise qualité, mais on voit bien que certains candidats de cette soi-disant société civile, ne sont au mieux que des « idiots utiles » d'un parti-milicien qui constitue une « anomalie » du Machreq au Maghreb.

Beyrouth. 8 mars 2005 ("Merci à la Syrie des Assad", place Riyad el-Solh) vs. 14 mars 2005 ("Syrie dehors", place des Martyrs)

Malgré certains éléments déroutants, les tendances générales sont parfaitement prévisibles. La société civile n'a aucune chance de percer dans les élections législatives libanaises. L'effet Macron au Liban? Il fera pschitt. Ses candidats sont au mieux immatures sur le plan politique, Paula Yacoubian compris, au pire, des « idiots utiles » du Hezbollah, comme Ziad Aabs. Pas de prix d'excellence pour les candidats politiques non plus. Des prestations politiques décevantes aux alliances électorales incongrues, il n'y a rien pour motiver les foules ce dimanche.

Et pourtant, les électeurs des grands partis voteront dans leur majorité sans surprise ni hésitation pour leurs parti, zaïm et candidat, malgré les réserves des uns et des autres, concernant telle ou telle décision :

. les électeurs du CPL ne tiendront pas compte du fiasco des ministres Bassil et Abi Khali dans le secteur électrique, de la mise à l'écart des candidats historiques du parti au profit des hommes d'affaires aux gros chéquiers, ni de l'enterrement de la hache de guerre avec le Futur, accusé pendant des années d'avoir surendetté et ruiné le Liban, ni des alliances avec el-Hebz el-Qawmé el-Souré, toujours aussi fier de l'assassinat de Bachir Gemayel, et al-Jamiaa el-Islamiyé, des islamistes dénoncés pendant des années pour leur extrémisme ;
. les électeurs FL ne tiendront pas compte du soutien sans contrepartie de Geagea à Aoun, accusé il y a peu de temps d'aligner les Chrétiens sur l'axe Damas-Téhéran ;
. les électeurs du Futur ne tiendront pas compte de l'appel de Hariri à voter pour Bassil, ni de la rupture de l'ancienne alliance avec les FL au profit de la nouvelle alliance avec le CPL, qui a pendant longtemps attaquer les Hariri, père et fils ;
. les électeurs du Hezb ne tiendront pas compte de l'erreur historique du parti-milicien d'avoir plongé la communauté chiite libanaise dans la guerre civile syrienne, qui lui a couté plus de mille cinq morts et une blessure avec la communauté sunnite qui mettra des siècles à cicatriser ;
. les électeurs des Kataeb, d'Amal, du Parti socialiste progressiste et de tous les autres feront de même.

La surprise de ces élections viendra d'ailleurs.

• Primo, de l'ampleur des mécontentements internes des partisans des uns et des autres, des découragements des fidèles non affiliés du 8-Mars et du 14-Mars, et de la mobilisation de cette majorité silencieuse qui ne vote pas d'habitude, notamment à Beyrouth (plus de la moitié des électeurs inscrits).

• Secundo, de cette loi électorale proportionnelle elle-même, compliquée et imprévisible, qui sera testée pour la première fois in vivo, le 6 mai.

• Tertio, du clivage 8-Mars / 14-Mars que certains sont allés vite en besogne pour l'enterrer. Dimanche, beaucoup d'électeurs se prononceront essentiellement sur « l'anomalie » que constitue le Hezbollah au Liban, qui entrave sa prospérité et l'édification d'un état de droit au pays du Cèdre, et sur le retour en force des candidats « Merci à la Syrie des Assad », une tyrannie qui n'en finit pas de martyriser les Syriens et les Libanais.

*

Réf.

Trilogie électorale, premier volet : que penser du millésime 2018 ? Au sujet des 976 candidats aux élections législatives au Liban et des alliances politiques (Art.519)

Au sujet des tactiques du Futur, du CPL et des FL, et d'une autre « mère de toutes les batailles législatives », celle de Batroun-Zgharta-Koura-Bcharré. Trilogie électorale, deuxième volet (Art.521)

Le Hezbollah lance la mère de toutes les batailles législatives du temple de Bacchus, le dieu romain du vin! Et c'est de très mauvais augure (Art.517)

Kesrouane et Jbeil méritent-t-ils Chamel Roukoz ? Et surtout, vice versa ! (Art.522)

Wlak weiniyé hal kahraba el charm**** 24/24 ya Gebrane, where is this fu***** electricity 24 hours a day ya Bassil, non mais, où est cette pu***** d'électricité 24h/24 ya Gebrane Bassil? (Art.523)

mercredi 25 avril 2018

Kesrouane et Jbeil méritent-t-ils Chamel Roukoz ? Et surtout, vice versa ! (Art.522)


On dit que le diable se cache dans les détails. Ils ne croient pas si bien dire. L'affaire Juan Hobeiche nous en apporte la preuve et nous conduit vers une épreuve électorale majeure dans ce qui sera sans doute une autre mère de toutes les batailles législatives. 



 1  Le président de la Fédération des municipalités du Kesrouane remet la clé de la région à Hassan Nasrallah


Le jour de Seigneur, dimanche. Ah non, c'était plutôt samedi. Pour l'histoire ça aurait été mieux. Weekend dernier. Nous sommes dans le Kesrouane. Le chef de la Fédération des municipalités du caza et président du conseil municipal de Jounieh, remet à travers le candidat chiite du Hezbollah aux élections législatives dans la circonscription de Kesrouane-Jbeil, la clé de la région, à Hassan Nasrallah. Bien que symbolique, le geste a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. Donner la clé d'une région maronite à un homme politico-religieux chiite, a de quoi indigner beaucoup de monde.

Le dossier est accablant pour Juan Hobeiche. Sur la vidéo, on le voit bien remettant le boitier à Hussein Zéïater. Sur les images qui circulent, on peut lire son nom ainsi que celui de l'organisme qu'il représente. En plus, il est réputé être « aouniste » et proche de Chamel Roukoz en particulier, le candidat du Courant patriotique libre, le parti qui a signé un document d'entente avec le Hezbollah un 6 février 2006. Accusé de « dhimitude », Juan Hobeiche dénonce aussitôt une machination.


 2  Si, Juan Hobeiche a probablement été piégé par le Hezbollah, et c'est même ce dernier qui aurait fabriqué la clé du Kesrouane


Et pourtant, trois éléments sèment le doute, un à charge, deux à décharge.

. Primo, le lieu où se déroule la cérémonie, le village de Maaïsra, une commune du Kesrouane limitrophe du caza de Jbeil, où réside depuis longtemps une communauté chiite, fidèle dans sa majorité au Hezb, comme la majorité de ses coreligionnaires libanais, bien intégrée dans la région maronite, et bien déterminée à préserver son héritage culturel, cultuel et communautaire, comme le montre la vidéo ci-jointe.

. Secundo, sur la vidéo de la remise du Prix qui circule, on s'aperçoit qu'au moment précis où Juan Hobeiche remet la clé à Hussein Zéaïter, un homme traverse la scène en background, et tout d'un coup, change de direction, se précipite sur le micro, bafouille et improvise une annonce: cheikh Juan Hobeiche, remet à cheikh Hassan Nasrallah, via cheikh Hussein Zéaïter, blablabla. Vive les machéyikh ! Cette mise en scène semble imprévue. Hobeiche dit qu'on lui a demandé de remettre un « bouclier » et non une « clé », notez l'importance de la nuance, reprise par son ami Chamel Roukoz d'ailleurs. Mais il est plausible qu'on lui ait demandé une chose, et qu'on ait fait autre chose. Dans tous les cas, Hobeiche ne réagit pas sur place, et finit par sourire à son interlocuteur chiite, comme un signe d'acquiescement. Son communiqué n'a été publié que 24 heures après le tollé provoqué sur les réseaux sociaux.

. Tertio, la fonte, la police pardi. Regarder bien la phrase « Cheikh Juan Hobeiche, président de la Fédération des municipalité du Kesrouane, s'honore... », cette fonte n'est typiquement ni arabe, ni libanaise, ni chrétienne ou ni kesrouanaise. L'autocollant comme le boitier tout entier ont été probablement fabriqués dans une officine graphique de la banlieue-sud de Beyrouth, fief du Hezbollah.

 3  Chamel Roukoz vole au secours de son ami Juan Hobeiche 


Juan Hobeiche était pressenti pour être candidat aux législatives de 2018 sur la liste de Chamel Roukoz. Ce dernier avait même oeuvré à l'élection du premier à la tête de la Fédération au printemps 2016, contrairement à ce que voulait Gebrane Bassil. Mais le deal ne s'est pas fait, l'offre était écrasée par une forte demande, le gâteau parlementaire suscitant beaucoup de vocations et de convoitise. Venant à la rescousse de son ami, Chamel Roukoz reprend la thèse de la manipulation de Hobeiche, surtout la nuance. On prévoyait un bouclier et non une clé, waouh. Il se permet même d'ajouter son grain de sel: « L'exploitation électorale du sujet a commencé. Je crois que personne n'est plus Kesrouanais que Hobeiche et Hassan Nasrallah n'est pas Israélien ». N'étant pas un ennemi, il sous-entend donc qu'on peut remettre la symbolique clé de la région du Kesrouane à Hassan Nasrallah.

C'est incroyable comme un non-événement se révèle être au fond, au centre d'une autre mère de toutes les batailles électorales. Est-ce que Kesrouane-Jbeil méritent-t-ils Chamel Roukoz et vice versa? Surtout, vice versa!

 4  Le Courant patriotique libre au centre d'une autre mère de toutes les batailles électorales, celle de Kesrouane-Jbeil 


Avec celles de Baalbek-Hermel et de Batroun, que j'ai abordées récemment, la bataille de Kesrouane-Jbeil ne manque pas de peps et d'enjeux. Plusieurs listes sont en compétition. La liste qu'on dit favorite est justement celle formée par le Courant patriotique libre autour de Chamel Roukoz, « lebnan elqawi » (le Liban fort). Elle comprend outre, GG, le gendre du général, sur lequel je reviendrai, trois noms célèbres qui s'illustrent tous les trois, chose rare, et croyez-moi je ne voudrais surtout pas leur manquer de respect, par la vacuité de leurs candidatures politiques.

. Mansour el-Bonn, l'homme de l'ombre, ex-député, « fils de » aussi, d'un ex-député, qu'on a dépoussiéré, rasé, coiffé, habillé, parfumé les joues à l'eau de Cologne et remis dans le circuit électoral. Wou na3iman lal nakhibinn el kiram! Même si tout le monde entend parler de lui, depuis des lustres, personne ne peut certifier qu'il ne soit pas un produit périmé. Le consommateur-électeur est averti! Malgré une apparence léthargique, on dit que c'est un infatigable homme de terrain. Sa popularité justement, il l'a doit à son assiduité aux mariages et aux enterrements dans la région. El-Bonn en un mot, le gouvernement devrait le cloner et l'installer dans tous les cazas, car c'est un homme de grande conviction. Quand el-Bonn se met à l'exercice de la sagesse de haute voltige, cela donne ceci: « le montage d'une liste électorale, c'est comme du bricolage ». Heida moustawa, heida kalem, heida za3im ! Mansour el-Bonn est l'archétype du néo-féodal, incapable d'aligner trois réflexions élaborées sur un sujet, mais qui ne semble guère être dérangé par le fait d'user et d'abuser de « l'argent électoral » et des « services » qu'il rend aux électeurs. Député de la région sous la pax syriana, il a été délogé par Michel Aoun. Contre le CPL autrefois, sur la liste CPL aujourd'hui. Pas de doute, Mansour el-Bonn est un grand bricoleur ma foi!

. Neemat Frem, l'énième richissime businessman qui se lance en politique. On ne peut pas parler de reconversion dans son cas, il est toujours homme d'affaires et son business est florissant, le PQ, papier-cul, entre autres. Le groupe Indevco, c'est une soixantaine d'entreprises présentes dans une soixantaine de pays, dont le Liban, l'Arabie saoudite, l'Egypte et les Etats-Unis, spécialisées dans la fabrication de cartons ondulés, plastique et papier d'emballage, produits jetables, tissus, papier, serviettes en papier, papier-toilette, papier kraft, machines, meubles, chaudières, chauffe-eau, etc. Et nous y voilà, c'est d'ailleurs l'une des particularités de la démocratie bananière libanaise. Les Anglais ont leurs gentlemen-farmers, les Libanais ont leurs businessmen-lawmakers. Conflits d'intérêt, what else! Et alors? Tant que les électeurs se prennent pour des moutons de Panurge, les poules n'auront pas de dents. On dit de Neemat Frem, « fils de » l'ancien ministre Georges Frem, que c'est un homme de principes. Justement, il a passé le plus clair de son temps à Meerab, afin que les FL l'adoptent, en vain. Il voulait la certitude de faire le plein des voix FL et l'engagement que les FL le nomme ministre, mais être dispensé de soutenir les positions des FL. A défaut, il a rappliqué du côté du CPL. Un chiffre à retenir, 3 000 $, l'enveloppe de ses aides financières. Il paraît qu'il dépense sans compter, c'est la planche à billets qui tourne à fond la caisse, pendant que Chamel Roukouz fustige l'achat de voix dans le Kesrouane ! Son mode opératoire, il se pointe dans les écoles privées pour régler les impayés des familles en difficulté. Les mauvaises langues parlent d'achats de voix. Non mais, je vous assure! Au passage, entre Hobeiche et Frem, le courant ne passe pas, pas plus qu'entre Frem et Bonn d'ailleurs. C'est pour dire, Chamel Roukoz est un grand cuistot.

. Ziad Baroud, le chouchou des chochottes, des fleurs-bleues et des belles-mères. Il était pressenti la moitié d'un quart de seconde pour la présidence de la République. Malgré sa popularité, il a été recalé à cause de sa petite taille, d'envergure voyons. Ziad Baroud a bâti toute sa réputation sur trois éléments: le désintéressement (se présentant comme un militant engagé plutôt qu'un homme politique), la compétence (se considérant comme un technocrate qu'un politicien) et l'indépendance (se voulant à égale distance du 14-Mars et du 8-Mars). Pour cela, il était souvent cité par la société civile, comme exemple suprême du candidat idéal. Mari idéal peut être! En rejoignant la liste de Chamel Roukoz, un « aouniste » pur et dure, toute l'édification s'écroule. Il n'est pas si désintéressé que ça et il n'est surement pas indépendant. Il avait suffisamment de notoriété pour être élu sur une liste apolitique. La société civile lui reproche d'ailleurs ce choix partisan, qui est loin d'être anodin. Quant à sa compétence, sa plus importante mission au sein de l'Etat est celle assumée en tant ministre de l'Intérieur entre 2008 et 2011. Ces deux dates clés du CV de Ziad Baroud délimitent merveilleusement bien l'homme politique qu'il est : il est l'homme d'entre les crises. Il est venu bien après la tempête du 7-Mai (invasion de Beyrouth et du Mont-Liban par la milice chiite du Hezbollah et du Parti social nationaliste syrien, avec qui le parti de Chamel Roukoz est allié électoralement aujourd'hui) et il est reparti en pleine tempête du 11-Janvier (coup de force du Hezbollah qui a fait tomber le gouvernement de Saad Hariri et donner le plein pouvoir au Hezbollah pendant trois ans). Il est là quand il fait beau, à l'abri au moindre avis de tempête ! Une affaire lui collera à la peau, jusqu'à la fin des temps. C'est sous son ministère qu'un citoyen libanais s'est volatilisé. Joseph Sader a disparu de la circulation, le 12 février 2009, sans laisser de traces, à deux pas de l'un des sites les plus surveillés du Liban, l'aéroport de Beyrouth. Le Hezbollah est soupçonné d'avoir enlevé cet employé de la MEA. Neuf ans plus tard, on ne connait toujours pas son sort. Dans un pays normal, ce genre de cas conduirait le ministre de l'Intérieur, en charge de la sécurité des citoyens, à disparaître de la scène politique. Mais le Liban n'est pas un pays normal.

Un dernier petit mot sur le candidat de la liste de Chamel Roukoz pour le siège chiite à Jbeil. C'est le dénommé Rabih Awad. Son slogan de campagne résulte d'un jeu de mots en arabe très révélateur de son allégeance au duo chiite, le mouvement Amal et le Hezbollah : « L'espoir d'un changement résistant au printemps 2018 ».


 5  Les listes concurrentes des partis des Forces libanaises, des Kataeb, des ex-14 Mars, des néo-Hezb et des indépendants


Parmis les listes concurrentes, il y a en premier celle formée par des personnalités indépendantes, « al-teghyir el-akid » (le changement assuré), soutenue par le parti des Forces libanaises, avec des noms connus comme Chaouki Daccache (Kesrouane ; ancien des FL et militant anti-occupation syrienne, reconverti en homme d'affaires spécialisé dans la fabrication de serres agricoles), Patricia Elias (Kesrouane ; avocate franco-libanaise spécialisée dans le droit international ; candidate aux élections législatives françaises de 2012 pour la 10e circonscription des Français de l'étranger) et Ziad Houwat (Jbeil ; ancien président du conseil municipal de la ville avant sa démission afin de se porter candidat aux législatives de 2018).

En lice aussi, une liste patchwork « nous avons la décision », formée avec Chaker Salameh (Kataeb), Farès Souaïd (ex-pilier du 14-Mars), Gilberte Zouein (ex-CPL) et Farid Heikal el-Khazen (l'homme qui ne savait plus quoi faire pour concourir, envisageant même le soutien du Hezbollah) ; la liste du Hezb et d'ex-FL, ah si!, « la solidarité nationale » ; et enfin, une liste prétendue société civile, « tous ma patrie », qui n'a aucune chance sérieuse de décrocher un siège, tellement la bataille politique sera dure.

Les pronostics sont fifty-fifty. Quatre députés pour la liste de Chamel Roukoz, quatre députés pour les autres listes.

 6  Chamel Roukoz : il n'est pas le seul, mais bon, c'est un grand promoteur de la démocratie bananière


On pourrait être tenté par dire, vive la démocratie libanaise et que le meilleur gagne. Mais il n'est pas sûr que ça sera le cas au Liban, dans la circonscription de Kesrouane-Jbeil en particulier.

Originaire du Batroun, la logique aurait dû pousser ce général à la retraite, à se présenter dans ce caza. Mais face au gendre prodige, Gebrane Bassil, qui contrôle le parti fondé par Michel Aoun depuis 2015, le gendre militaire, Chamel Roukoz, n'a rien pu faire. Maigre consolation, il est candidat dans la région qui a fait de Michel Aoun l'homme politique qu'il est devenu. Son ambition est de suivre les pas de son beau-père. Pour cela il faut non seulement qu'il décroche le siège du Kesrouane, mais aussi, avec le meilleur score. C'est loin d'être gagné, même si son siège est réservé.

Comme beaucoup de Libanais, j'avais une grande estime pour lui. Je l'avais intégré à un plan politique, le 24 mai 2014 svp (la veille de l'expiration du mandat de Michel Sleimane,  un peu moins de deux ans avant l'accord de Meerab. Celui-ci prévoyait que le 14-Mars élise Michel Aoun comme président de la République et nomme Chamel Roukoz commandant de l'armée libanaise, à une condition : que Chamel Roukoz conduise Michel Aoun et Samir Geagea à l'église Mar Mikhael, afin que le général déchire devant les caméras, le « Document d'entente » qu'il a signé avec le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Hélas, on ne m'a pas écouté et on l'a payé cher : près de 1 000 jours de vacance du pouvoir présidentiel, pour rien. Le 14-Mars a fini par élire Michel Aoun et lui a même permis de garder sa précieuse alliance avec le parti-milicien chiite.

Aujourd'hui et depuis que Chamel Roukoz s'est reconverti en politique, c'est la grande déception. Comme il est « ghrib » (étranger) à la politique et à la région, comme on dit au Kesrouane, nous sommes dans l'obligation de lui rappeler quelques évidences qu'il semble méconnaitre, ou s'obstine à ignorer, là réside toute la nuance.

Les démocraties bananières, auxquelles appartient le Liban, se caractérisent par plusieurs tendances : l'héritage politique (ex. Michel Aoun cédant la présidence du CPL à son premier gendre, Gebrane Bassil, et son siège parlementaire à son deuxième gendre, Chamel Roukoz), la reconversion des militaires en hommes politiques (ex. Chamel Roukoz), la confusion des genres entre hommes politiques et hommes d'affaires (ex. Neemat Frem), l'immixtion des hommes religieux dans la vie politique (ex. Hassan Nasrallah), et j'en passe et des meilleures. Une majorité de Libanais se sont tellement habitués à ces incongruités démocratiques, qu'ils ne se posent plus de questions, 3adé. Eh ben, non, ce n'est pas normal. Si on veut sortir le Liban du statut bananier dans lequel il est plongé depuis des lustres, il va falloir travailler hardiment pour mettre un terme à ces dérives malsaines à la démocratie. Hélas, ce n'est certainement pas Chamel Roukoz qui le fera, il est le promoteur de la démocratie bananière

L'esprit démocratique, l'intelligence politique, l'honnêteté intellectuelle, la capacité de rassemblement, la diplomatie et la finesse d'esprit sont des qualités indispensables pour élever la pratique de la politique en un art et exercer celui-ci avec noblesse. Or qui suit la campagne législatives de 2018 dans le Kesrouane, qui a commencé avec les municipales de 2016, ne peut que conclure que ces qualités ne sont pas les points forts de Chamel Roukoz. Sous son air de gentilhomme, l'homme excelle plutôt dans le populisme méchant. « Prenez garde des voleurs de la politique (...) Ils volent votre avenir et l'avenir de vos enfants, ainsi que vos aspirations et vos rêves. Ils sont protégés par les services de sécurité ». Soit pour le début, mais comment ça « protégés par les services de sécurité »?  « Accorder le droit de résidence aux étrangers qui sont propriétaires d'un appartement au Liban (loi de finances, art. 49, j'y reviendrai dans un autre article), est une question existentielle. Je regrette son élaboration par le Parlement et le gouvernement, afin qu'il se transforme en une plate-forme pour l'implantation (des réfugiés syriens et palestiniens au Liban) ». L'amnésie du général-retraité lui a fait oublier que son parti, le Courant patriotique libre, est dans toutes les sphères de l'Etat, il a élaboré et approuvé l'article 49 de la loi de finances : la commission des finances et du budget est présidée par une éminence grise du CPL, Ibrahim Kanaan, le parrain et grand défenseur de l'article 49 ; la part globale du CPL dans le gouvernement, qui est à l'origine de la loi, est de huit ministres, soit 28% du Conseil (trois ministres proprement CPL et cinq ministres, la part du Président) ; le CPL contrôle 18 députés au Parlement, soit 14% de l'Assemblée nationale qui a voté la loi. Rajouter à tout cela que Michel Aoun, ex-chef du CPL et actuellement président de la République, a signé et promulgué et la loi et l'article en question! Il est temps de se réveiller mon général.


 7  Le dilemme de Chamel Roukoz : oublier le passer ou y revenir sans cesse


On pourra multiplier les exemples à l'infini sans changer pour autant l'impression générale d'un iota : la prestation de Chamel Roukoz en politique est particulièrement décevante. Le plus grave dans son cas, est son insistance maladroite à revenir sur une époque peu reluisante pour lui. D'un côté, il déclare qu'il faut « oublier le passé » et qu'il est important de « tourner les pages douloureuses », et de l'autre côté, il y revient dès que l'occasion se présente.

. « Qui échoue dans l'achat de voix, œuvre pour mettre la pression sur les gens via le communautarisme et à travers des slogans qui placent les citoyens en confrontation avec les autres. C'est une logique milicienne. Qui a été milicien durant la guerre ne changera pas aujourd'hui ». Là aussi, l'amnésie semble frapper le général-retraité de plein fouet. Il ferait mieux de balayer devant sa porte, et pour l'achat de voix et pour la logique milicienne. Etrange qu'il ne voit pas ce que font les Frem, Bonn et Azar de sa liste, et qu'il ait oublié qu'il est resté lui-même pendant de très longues années de la guerre civile libanaise, milicien des Noumour el-Ahrar (les Tigres libres, la milice du Parti national libéral, de Camille et Dany Chamoun), et qu'il n'a rejoint l'armée libanaise qu'en 1985.


. Et puisqu'on y est, à propos de la faute grave de son ami Juan Hobeiche: « La réaction dans la rue relève de la surenchère électorale bon marché. Ils s'érigent en ligne de défense des Chrétiens, alors qu'ils les ont tués dans le passé ». Ah bon, parce que durant les quinze années de la guerre, il égrenait peut-être le chapelet et priait le rosaire en boucle dans Deir Mar Roukoz à Kleiat et à Dekwéneh ?

. On lui attribue aussi une déclaration prononcée dans un meeting électoral à Daraya, où il aurait affirmé que le 9 février 1990, il avait attaqué les positions des FL à Kleiat et qu'il avait la possibilité de tuer tout le monde sur le front, mais ce sont les lignes rouges qui l'en ont empêché.

Alors qu'il se trouve en l'an de grâce 2018 et en plein campagne électorale, 28 à 43 ans après les faits (selon à quelle période il fait référence), Chamel Roukoz revient sur un passé douloureux pour tout le monde.

. Pas pour reconnaître que la « guerre d'Elimination » (7arb el elgha2), programmée et lancée par le général Michel Aoun le 31 janvier 1990, alors qu'il se trouvait légalement en situation de « rébellion » (depuis l'élection de René Mouawad le 5 novembre 1989, président de la République), fut la plus grave erreur de la carrière militaire de l'actuel président de la République. Celle-ci faisait suite à une autre guerre lancée et perdue par ce dernier, contre les Syriens, la « guerre de Libération » (7arb el ta7rir). Ces deux guerres, totalement inutiles, ont détruit le Liban, martyrisé les Libanais, affaiblit le camp chrétien et conduit à sa défaite. La première a pavé la route à l'accord de Taëf qui a dépossédé le président chrétien de la majorité de ses prérogatives, la seconde à l'extension de l'occupation syrienne aux régions chrétiennes libres, à la prorogation de l'occupation du Liban de 15 ans (1990-2005), à l'exil de Michel Aoun, à l'emprisonnement de Samir Geagea et à la persécution des fidèles des deux hommes.

. Pas pour regretter sa participation à cette guerre fratricide chrétienne, particulièrement meurtrière et destructrice. Mille cinq morts, plusieurs milliers de blessés, des centaines de milliers de déplacés et de migrants, des milliards de dollars de dégâts et de pertes économiques.

. Pas pour reconnaitre d'avoir bataillé neuf mois pour rien, absolument rien! Michel Aoun avait déclenché cette guerre afin de dissoudre la milice chrétienne des Forces libanaises, alors qu'il n'avait aucun plan pour s'attaquer aux milices musulmanes, aux milices palestiniens et aux troupes étrangères israéliennes, iraniennes et syriennes. Si le Hezbollah est aujourd'hui armée jusqu'aux dents, c'est parce qu'en 1990, il n'y avait plus de contrepoids, pour exiger son désarmement. Au cours de la guerre d'Elimination, des unités de l'armée libanaise qui étaient commandées par Michel Aoun, se trouvaient du côté du Metn. Elles n'ont pas réussi à percer les lignes de défense des Forces libanaises commandées par Samir Geagea, qui contrôlaient les régions de Kesrouane et Jbeil, la circonscription électorale où se présente le général-retraité, ainsi qu'Achrafieh. La guerre d'Elimination, comme la guerre de Libération, furent des échecs. A l'époque Chamel Roukoz, était chargé du front Kleïat (armée) - Reifoun/Aachkout (FL).

. Et surtout, pas pour souligner l'importance de la réconciliation interchrétienne entre Michel Aoun et Samir Geagea.

Parce que Chamel Roukoz était partie prenante des différents conflits qui ont ensanglanté le Liban en général, le Kesrouane en particulier, en tant que milicien comme en tant qu'officier, il devait se garder de revenir sur les blessures de la guerre civile. Ses réflexions sont indécentes. Sa démarche est décevante. Etant donné que l'amnésie sélective revêt toujours un caractère pandémique au Liban et parce que tous ceux qui sont nés après 1980 ne connaissent pas tout ce pan de l'histoire libanaise, il était de mon devoir national de rappeler les faits.

 8  Les grandes lignes du programme électorale de Chamel Roukoz


Il est inutile de revenir sur les batailles militaires récentes dans lesquelles s'est illustré Chamel Roukoz et dont les principales sont la bataille de Nahr el-Bared (2007, contre le groupe terroriste libano-palestinien Fateh el-Islam), l'opération de Saïda (2013, contre le groupuscule de cheikh Ahmad el-Assir) et la bataille d'Arsal (2014, contre les groupes terroristes syriens al-Nosra et Daech). Dans ces trois batailles, il y a la partie glorieuse et une partie sombre. L'armée libanaise est d'un grand professionnalisme et a une puissance de feu redoutable. En comparaison, le Hezbollah n'est qu'une guérilla illégale, totalement inefficace dans une guerre conventionnelle. Les critiques concernant notre armée nationale, sur telle ou telle bataille ou dans telle ou telle situation, sont souvent non justifiées et déplacées. Elles sont entièrement à mettre sur le compte des déficients politiciens libanais. On l'oublie trop souvent, l'armée libanaise ne prend pas d'initiatives. Ça serait une violation de la Constitution d'ailleurs. Elle a des missions à accomplir. Elle est soumise aux ordres du ministre de la Défense, du Conseil des ministres, du Premier ministre et du président de la République, commandant en chef des forces armées libanaises. Les critiques déplacées contre l'armée libanaise font surtout le jeu du Hezbollah, la seule entité libanaise qui œuvre de toutes ses forces, via sa propagande et ses miliciens, à présenter l'armée libanaise comme une institution défaillante incapable de protéger le pays du Cèdre et les Libanais, une condition sine qua non pour justifier et pérenniser l'anomalie que constitue la milice chiite au Liban. Hélas, beaucoup de leaders libanais, Chamel Roukoz compris, tombent dans ce piège.

Celui qui demande la confiance des Kesrouanais et des Jbeilotes, ignore non seulement les menaces qui pèsent sur eux, mais aussi leurs préoccupations. Zappons ses palabres de campagne sur l'électricité et l'eau, 2aret 7aké éntikhébé, law badda tchatté ghayamit (s'il devait pleuvoir, le ciel se serait couvert de nuages). Le général-retraité est encore amnésique sur ce point. Ce ministère est entre les mains de son parti depuis une décennie. L'actuel chef du Courant patriotique libre, l'autre gendre, Gebrane Bassil, a passé 4 ans et des poussières au ministère de l'Energie et de l'Eau. A coup de pubs, payées par les contribuables, il avait annoncé aux Libanais le service 24h/24 pour 2015, c'était la campagne « Leban(off)on ». Tragicomique ce bonhomme.


Toujours est-il que Chamel Roukoz est pour le rétablissement du service militaire obligatoire, qu'importe si ce n'est pas la tendance des pays développés. Raison invoquée, la mixité sociale et communautaire. Il faut le comprendre, c'était tellement efficace. Les combattants de la première heure de la guerre civile libanaise, étaient tous passés par la mythologie du service militaire. A ce propos, son projet inclura les filles. Quel avant-gardiste! Il est tellement pour l'égalité des genres qu'il n'est pas très chaud pour les quotas féminins aux élections. Ah si mesdames, comprenne qui pourra. Sa position conservatrice n'est pas sans rappeler, un des slogans du Courant patriotique libre de la campagne 2009, « Sois-belle et vote ». Et tais-toi d'ailleurs!


Sur la Syrie, Chamel Roukoz a déjà déclaré la fin des opérations et qu'il est grand temps d'en tirer profit. « La croissance économique au Liban peut se concentrer sur les investissements à l'étranger, en Syrie spécialement, avec le début de sa reconstruction ». Et la guerre et les morts et le gazage de la population et la tyrannie des Assad? C'est pas notre problème! Il n'est pas sans rappeler l'empressement du chef de son parti, l'autre gendre, Gebrane Bassil, à organiser le salon « Rebuild Syria » il y a quelques mois.

En tout cas, ce qu'il pense du Hezbollah est tellement grave, que le sujet mérite d'être abordé à part.


 9  Le Hezbollah ne mérite pas la clé des Kesrouanais, qualifiés par Hassan Nasrallah « d'envahisseurs » de l'Empire byzantin, et Chamel Roukoz n'est ni à la hauteur de la tâche ni digne de la région


Ce qui frappe dans la bataille électorale menée actuellement par Chamel Roukoz, l'héritier du général Aoun, c'est ce contraste qui existe entre l'idée que beaucoup de Libanais avaient jadis du chef du régiment des Rangers et la triste réalité des choses de nos jours. Le général-commandant a jeté le confortable uniforme de l'héros pour porter l'étroit costard du retraité-candidat aux élections législatives dans la première circonscription du Mont-Liban, Kesrouane-Jbeil. Il devait savoir, en tant que militaire et plus que quiconque, que la fin ne justifie pas les moyens. Hélas, sa prestation civile manque cruellement de maturité politique.

Chamel Roukoz a raison, « Hassan Nasrallah n'est pas Israélien ». Il est pire, et de ce fait, il ne mérite pas la clé du Kesrouane, que Juan Hobeiche, le président de la Fédération des municipalités du Kesrouane lui a décerné, bon ou malgré lui. Son parti-milicien représente une menace existentielle pour le Liban en général et pour la région du Kesrouane-Jbeil en particulier.

De 1982 à 2018, rien n'a changé, à part le décor et la tactique. Pour le Liban, le Hezbollah ne cesse de répéter, que son projet politico-idéologique reste l'établissement d'un « Etat islamique », chiite bien entendu. La première fois, les Libanais l'ont entendu de la la bouche de Hassan Nasrallah en 1982. « Le premier et unique projet d'unification dans cet univers est le projet de l'Etat islamique. Le projet de l'Etat islamique est plus unificateur que certains ne pensent, ce n'est pas un projet de partition... Nous parlons d'un Etat islamique. » La dernière fois, c'est de la bouche de Naïm Kassem en 2016. « Nous restons attacher à ce qui a figuré dans la Lettre ouverte à propos de l'Etat islamique », lettre datant de1985 où le Hezb affirme obéir aux ordres de wali el-fakih et appelle à l'établissement d'une république islamique chiite au Liban (17:14-20:10). Mais encore, « en tant qu'islamiste, je ne peux pas dire que je suis islamiste et je propose l'islam, et je n'appelle pas à établir un Etat islamique car cela fait partie du projet auquel nous croyons sur les plans idéologique et culturel... Nous croyons que l'application de l'islam est la solution aux problèmes des êtres humains, en tout temps et en tout lieux... Moi je leur propose l'islam (aux non-musulmans)... C'est une solution pour tout le monde » (32:26-36:55). Le danger pour le Kesrouane vient de Daech n'est-ce pas?

Tout aussi grave, à la création du Hezbollah en 1982, Hassan Nasrallah avait spécialement mis en garde les Kesrouanais et les Jbeilotes. « Nous ne pardonnerons pas à ceux qui érigeront un canton chrétien à Beyrouth-Est, Kesrouane et Jbeil, car ce sont des régions musulmanes et les chrétiens y sont venus comme des envahisseurs. C'est l'Empire byzantin qui les a amené afin de planter une épine dans le flanc de la nation (islamique) ». Il sous-entendait que les Kesrouanais et les Jbeilotes n'avaient le choix qu'entre se tourner vers la Mecque ou d'aller se faire voir chez les Grecs !

Sur le Hezbollah, Chamel Roukoz a commencé sa campagne par ironiser sur l'attaque des adversaires du Hezbollah à propos de son attachement à Wilayat el-Fakih (la tutelle du Guide suprême de la République islamique chiite d'Iran, Ali Khamenei) au cours de la campagne électorale de 2009 : « le Hezbollah est présent dans l'équation libanaise, les Libanais sont conscients de cette réalité ». Et alors? Il avouera deux mois plus tard, « l'alliance stratégique avec le Hezbollah continue ». Mais la déclaration la plus grave de cet ancien haut gradé de l'armée libanaise, il l'a dite il y a une douzaine de jours : « Face à Israël, il faut réaliser l'équilibre de la terreur, à défaut de l'équilibre stratégique, avec tout ce dont nous disposons, que ce soit à travers l'armée ou du peuple libanais, comprenant bien sûr, le concept de la résistance ». Rou7 ya batal!


L'équilibre par la terreur, les Libanais l'ont bien vu à l'oeuvre en juillet 2006. C'était tellement redoutable qu'Israël n'a pas pu bombarder le Liban que 33 jours, qu'il n'a pas pu tuer qu'un peu plus d'un millier de Libanais, qu'il n'a pas pu blesser que quelques milliers de citoyens, qu'il n'a pas pu déplacer que plusieurs centaines de milliers de personnes, qu'il n'a pas pu provoquer qu'une dizaine de milliards de dollars de dollars de dégâts et de pertes économiques et qu'il n'a pas pu faire perdre au Liban que l'équivalent de 50% de son PIB de l'époque. Quelle « victoire divine » mon général !

 10  Aoun : « Chamel, c'est moi. Et moi, c'est Chamel », Gebrane Bassil et ses fans sont prévenus, ils savent ce qui leur reste à faire!


Après une longue réflexion, Chamel Roukoz a fait savoir au journal al-Akhbar, à propos de la remise de la clé du Kesrouane à Hassan Nasrallah, que « l'histoire est simple et ordinaire ». Sachant que « Sayyed Hassan Nasrallah est une personnalité nationale », il s'est demandé « où est le déshonneur si on lui remet un bouclier? » Ne pas comprendre que lorsqu'on remet la clé, un bouclier ou un gland de chêne, qu'importe et n'importe quel truc symbolique de la région où siège le patriarcat maronite d'Antioche et de tout l'Orient, « A qui la gloire du Liban a été donnée », comme dit la légende, au chef d'un parti-milicien classé terroriste par la majorité des pays arabes, européens et américains, accusé et jugé pour l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, qui projette d'instaurer un « Etat islamique » chiite au Liban et a sous-entendu un jour qu'il voulait expulser les « envahisseurs » Kesrouanais de leurs terres ou les islamiser, c'est être vraiment à côté de la plaque.

Si Chamel Roukoz ignore ces faits ou n'y a pas pensé, alors qu'il réclame la confiance des électeurs de Kesrouane et de Jbeil, c'est qu'il n'est pas à la hauteur de la tâche. S'il ne les ignore pas, y a pensé mais n'en a pas parlé, c'est qu'il n'est pas digne de l'être. En tout cas, les électeurs de la première circonscription du Mont-Liban savent un peu plus à qui ils ont affaire : un militaire opportuniste qui vise sa reconversion civile en député, dans la perspective, il faut le dire!, de la prochaine élection présidentielle, à terme en 2022 ou anticipée, bien avant. De Lahoud à Roukoz, en passant par Sleimane et Aoun, le Liban n'en a pas fini avec le règne des généraux. A moins que les Kesrouanais et les Jbeilotes ne décident de mettre leur grain de sel.

En tout cas, Gebrane Bassil et ses partisans sont prévenus. Le danger viendra de l'arrière. Ils ont intérêt à faire tomber Chamel Roukoz au Kesrouane le 6 mai, s'ils veulent ouvrir la voie à leur poulain. Idem pour Chamel Roukouz et ses partisans, ils devraient faire tomber Gebrane Bassil au Batroun, afin que leur poulain puisse courir sans obstacle vers le palais de Baabda.


Michel Aoun a peut être fait son choix. En coulisse il a fait savoir aux cadres du CPL, « Chamel, c'est moi... Et moi, c'est Chamel », un soutien précieux repris avec beaucoup de fierté par l'intéressé dans un tweet publié au début de la semaine. A moins qu'il ne pense à Roukoz pour 2022 et à Bassil pour 2028. Décidément, le pays du Cèdre mérite bien un autre surnom en ce moment : « le pays d'entre les deux gendres ». C'est pour dire que les résultats de Kesrouane-Jbeil comme ceux de Batroune-Zgharta-Koura-Bcharré, seront déterminants pour la suite. Et certains se mettent déjà à espérer de voir les deux gendres tomber en ballotage difficile.